L'Homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #1
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878580761
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
— Cette fois, dit Danglard, il n’y aura pas non plus de témoin. C’est encore un coin sans cinéma et sans bistrot proche ouvert le soir. Et un coin où les gens ont tendance à se coucher tôt. Il se fait discret, l’homme aux cercles.
Jusqu’à midi, Danglard garda un doigt pressé sur le front. Ça allait un peu mieux après le déjeuner. Il put s’occuper tout l’après-midi avec Adamsberg d’organiser les surcroîts d’effectifs qui devaient sillonner Paris cette nuit. Danglard secouait la tête, se demandant l’utilité de tout cela. Mais il reconnaissait qu’Adamsberg avait vu juste pour le cercle de ce matin.
Vers huit heures du soir, tout était en place. Mais le territoire de la ville était si grand que les mailles de la surveillance étaient bien entendu trop larges.
— S’il est habile, dit Adamsberg, il y échappera, c’est évident. Et bien sûr qu’il est habile.
— Au point où on en est, on devrait surveiller la maison de Mathilde Forestier, non ? demanda Danglard.
— Oui, répondit Adamsberg. Mais qu’ils ne se fassent pas repérer, par pitié.
Il attendit que Danglard soit sorti pour appeler chez Mathilde. Il lui demanda simplement de se tenir à carreau ce soir et de ne pas tenter d’escapade ou de filature.
— Service à me rendre, précisa-t-il. Ne cherchez pas à comprendre. Au fait, Reyer est chez lui ?
— Sans doute, dit Mathilde. Il n’est pas à moi, je ne le surveille pas.
— Et Clémence est avec vous ?
— Non. Comme toujours, Clémence est partie en riant sous cape à un rendez-vous prometteur. Ça se déroule d’une manière invariable. Soit elle attend le type jusqu’à point d’heure dans une brasserie sans voir personne, soit le type repart aussi sec dès qu’il l’aperçoit. Dans un cas comme dans l’autre, elle revient délabrée. Fichue perspective. Elle ne devrait pas faire ça le soir, ça lui colle le bourdon.
— Bien. Restez tranquille jusqu’à demain, madame Forestier.
— Vous craignez quelque chose ?
— Je ne sais pas, répondit Adamsberg.
— Comme d’habitude, dit Mathilde.
Adamsberg ne se décida pas à quitter le commissariat cette nuit-là. Danglard choisit de rester avec lui. Le commissaire griffonnait en silence sur ses genoux, les jambes allongées, calées sur la corbeille à papier. Danglard mastiquait des vieux caramels qu’il avait trouvés dans le tiroir de Florence, pour tenter de s’empêcher de boire.
Un agent de faction marchait sur le boulevard de Port-Royal, entre la petite gare et le coin de la rue Bertholet. Un collègue faisait la même chose à partir des Gobelins.
Depuis dix heures du soir, il avait eu le temps de faire onze fois l’aller et retour et ça l’agaçait de ne pas pouvoir s’empêcher de compter. Quoi faire d’autre ? Depuis une heure, il n’avait plus rencontré grand monde sur le boulevard. Juillet avait commencé, Paris s’était déjà en partie vidé.
Maintenant, une jeune femme en blouson de cuir le croisait d’une démarche un peu irrégulière. Elle était belle, elle rentrait peut-être chez elle. On approchait de une heure quinze du matin et l’agent eut envie de lui dire de presser le pas. Elle lui paraissait vulnérable et il eut peur pour elle. Il courut pour la rattraper.
— Mademoiselle, est-ce que vous allez loin ?
— Non, dit la jeune femme. Vers le métro Raspail.
— Raspail ? Ça ne me plaît pas trop, dit l’agent. J’ai envie de vous accompagner un peu. Mon collègue suivant n’est posté qu’au secteur Vavin.
La fille avait les cheveux coupés sur la nuque. La ligne du maxillaire était nette et troublante. Non, il n’avait pas envie qu’on l’abîme. Mais cette fille avait l’air tranquille dans la nuit. La nuit de la ville, elle semblait connaître ça.
La fille alluma une cigarette. Elle n’était pas très à l’aise en sa compagnie.
— Mais quoi ? Il se passe quelque chose ? demanda-t-elle.
— Il paraît que la nuit n’est pas saine. Je vous fais un bout de conduite sur cinquante mètres.
— Comme vous voudrez, dit la fille.
Mais c’était clair qu’elle aurait autant aimé être seule, et ils marchèrent en silence.
Quelques minutes plus tard, l’agent la laissait au tournant de sa rue et revenait sur ses pas en direction de la petite gare de Port-Royal. Il longea une fois encore le boulevard jusqu’à ce qu’il croise la rue Bertholet. Douzième fois. À parler et à raccompagner cette femme, il avait perdu au plus dix minutes dans sa ronde. Mais ça lui semblait aussi faire partie de son boulot.
Dix minutes. Mais ça avait suffi. Quand il jeta un œil dans la rue Bertholet, longue et droite, il vit la forme sur le trottoir.
Ça y est, pensa-t-il avec désespoir, c’est pour moi.
Il s’approcha en courant. Si ça pouvait n’être qu’un tapis roulé. Mais du sang coulait jusqu’à lui. Il posa sa main sur le bras étendu au sol. C’était tiède, ça venait de se faire. C’était une femme.
Son récepteur grésillait. Il contacta ses collègues postés aux Gobelins, à Vavin, à Saint-Jacques, à Cochin, Raspail et Denfert pour leur demander de transmettre la nouvelle, de ne pas quitter leur poste et d’interpeller tous les passants qu’ils rencontreraient. Mais si le meurtrier était parti en voiture par exemple, c’était certain qu’il échapperait. Il ne se sentait pas coupable de s’être éloigné de sa trajectoire le temps d’accompagner cette jeune femme. Il avait peut-être sauvé cette fille au joli maxillaire.
Mais il n’avait pas sauvé celle-là. À quoi ça tient, la vie. Du maxillaire de la morte, d’ailleurs, on ne distinguait plus rien. Seul, écœuré, l’agent détourna sa lampe, alerta ses supérieurs et attendit, la main sur son pistolet. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas été aussi impressionné par la nuit.
Quand le téléphone sonna, Adamsberg leva son visage vers Danglard mais il ne sursauta pas.
— C’est arrivé, dit-il.
Et puis il décrocha, en se mordant la lèvre.
— Où ? Répétez où, dit-il après une minute. Bertholet ? Mais tout le 5e devait être truffé d’hommes ! Il devait y en avoir quatre sur la seule longueur de Port-Royal ! Qu’est-ce qui s’est passé, bon Dieu ?
La voix d’Adamsberg avait monté. Il brancha le micro pour que Danglard puisse entendre les réponses de l’agent.
— On n’était que deux sur Port-Royal, commissaire. Il y a eu cet accident de métro à Bonne-Nouvelle, deux rames en collision vers vingt-trois heures quinze. Pas de blessés graves mais pas mal d’hommes ont dû y aller.
— Mais il fallait délester les secteurs périphériques et envoyer les hommes vers le 5e ! J’avais dit de serrer les rues du 5e ! Je l’avais dit !
— Je n’y peux rien, commissaire. Je n’ai pas eu d’instructions.
C’était la première fois que Danglard voyait Adamsberg presque hors de lui. C’est vrai, ils avaient été alertés de l’accident à Bonne-Nouvelle, mais ils avaient tous deux pensé que les hommes du 5e et du 14e ne seraient pas touchés. Il avait dû y avoir des ordres contradictoires, ou bien le réseau souhaité par Adamsberg n’avait pas été jugé si indispensable en haut lieu.
— De toute façon, dit Adamsberg en secouant la tête, il l’aurait fait. Dans cette rue ou dans cette autre, à cette heure ou à une autre, il aurait fini par arriver à le faire. C’est un monstre. On n’y pouvait rien, ce n’est pas la peine de s’énerver. Venez, Danglard, on file là-bas.