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L'Homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? » Ça amuse les Parisiens. Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles qui surgissent à la nuit, tracés en bleu sur les trottoirs de la ville. Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
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Danglard jeta un regard à Adamsberg qui ne disait rien, et qui lui fit signe avec les yeux de continuer.

— Son dernier meurtre nous a menés droit à l’homme aux cercles, comme elle l’avait prévu. Mais Clémence Valmont a l’esprit à la fois tortueux et simple. Être l’homme aux cercles en même temps que l’assassin de sa femme, c’était trop justement. C’était impossible, à moins d’être un dément. Le Nermord a été libéré. Elle l’a appris ce soir par la radio. Le Nermord disculpé, tout pouvait changer. Son plan idéal se cassait la gueule. Elle avait encore le temps de filer. Elle l’a fait.

Atterré, le regard de Mathilde allait de l’un à l’autre. Adamsberg la laissait prendre conscience. Il savait que ça pouvait prendre un certain temps, qu’elle allait se débattre.

— Mais non, dit Mathilde, elle n’aurait jamais eu la force physique ! Vous vous souvenez quand même du maigre bout de femme qu’elle est ?

— Il y a mille façons de contourner l’obstacle, dit Danglard. On peut faire la malade sur un trottoir, attendre qu’un passant inquiet se penche sur vous, et l’assommer. Toutes les victimes ont d’abord été assommées, rappelez-vous, Mathilde.

— Oui, je me rappelle, dit Mathilde, relevant vingt fois ses cheveux noirs qui tombaient en mèches raides sur son front. Et pour le docteur, comment a-t-elle pu s’y prendre ?

— Très simplement. Elle l’a fait venir à l’endroit souhaité.

— Pourquoi est-il venu ?

— Voyons ! Une amie de jeunesse qui vous appelle, qui a besoin de vous ! On oublie tout, on y court.

— Bien sûr, dit Mathilde. Vous devez avoir raison.

— Et les nuits des meurtres, était-elle là ? Vous en souvenez-vous ?

— À vrai dire, elle disparaissait presque tous les soirs, pour des rendez-vous, disait-elle, comme l’autre nuit. Elle m’a joué une foutue sacrée comédie ! Pourquoi ne dites-vous rien, commissaire ?

— J’essaie de réfléchir.

— Et ça donne quoi ?

— Rien. Mais je suis habitué.

Mathilde et Danglard échangèrent un regard. Un peu désolés. Mais Danglard n’était pas d’humeur à critiquer Adamsberg. Clémence avait disparu, certes. Mais tout de même, Adamsberg avait su comprendre, et avait su l’envoyer à Marcilly.

Adamsberg se leva sans prévenir, eut un geste inutile et nonchalant, remercia Mathilde pour le café et demanda à Danglard d’envoyer le labo dans l’appartement de Clémence Valmont.

— Je vais marcher, ajouta-t-il, pour ne pas partir sans rien dire, pour leur donner une explication, pour ne pas les blesser.

Danglard et Mathilde restèrent encore longtemps ensemble. Ils ne pouvaient plus s’arrêter de parler de Clémence, d’essayer de comprendre. Le fiancé parti, l’enchaînement dévastateur des petites annonces, la névrose, les dents pointues, les sales impressions, les ambiguïtés. De temps en temps, Danglard montait voir où en étaient les types du labo, et il redescendait en disant : « Ils en sont à la salle de bains. » Mathilde reversait du café rallongé avec de l’eau tiède. Danglard était bien. Il serait volontiers resté là toute sa vie, accoudé à la table où nageaient les poissons, sous l’éclairage du visage brun de la Reine Mathilde. Elle parla d’Adamsberg, elle demanda comment il avait fait pour comprendre.

— Je n’en ai aucune idée, dit Danglard. Pourtant je l’ai vu faire, ou parfois ne rien faire. Parfois insouciant et superficiel comme s’il n’avait jamais été flic de sa vie, parfois le visage tordu, serré, préoccupé au point de ne plus rien entendre autour de lui. Mais préoccupé par quoi ? C’est la question.

— Il n’a pas l’air satisfait, dit Mathilde.

— C’est vrai. C’est parce que Clémence a filé.

— Non, Danglard. C’est autre chose qui tracasse Adamsberg.

Leclerc, un type du labo, entrait dans la pièce.

— C’est à propos des empreintes, inspecteur. Il n’y en a aucune. Elle a tout essuyé, ou bien elle portait des gants tout le temps. Jamais vu ça. Mais il y a la salle de bains. J’ai trouvé une goutte de sang séché sur le mur, derrière le tuyau du lavabo.

Danglard remonta rapidement derrière lui.

— Elle a dû laver quelque chose, dit-il en se relevant. Les gants peut-être, avant de les jeter. On ne les a pas retrouvés près de Delphine. Faites analyser ça d’urgence, Leclerc. Si c’est le sang de Mme Le Nermord, elle est cuite, Clémence.

L’analyse le confirma quelques heures plus tard, le sang était celui de Delphine Le Nermord. La chasse à Clémence commença.

À cette nouvelle, Adamsberg resta morne. Danglard repensa aux trois choses qui chiffonnaient le commissaire. Le Dr Pontieux. Mais il avait réglé ça. Restait la revue de mode. Et la pomme pourrie. Il se faisait certainement du souci avec la pomme pourrie. Qu’est-ce que ça pouvait bien foutre à présent ? Danglard pensa qu’Adamsberg avait une façon différente de la sienne de se gâcher l’existence. Il lui semblait qu’en dépit de ses comportements nonchalants, Adamsberg avait une manière efficace de ne jamais trouver le repos.

*

La porte entre le bureau du commissaire et le sien restait la plupart du temps ouverte. Adamsberg n’avait pas besoin de s’isoler pour être seul. Ce qui fait que Danglard allait et venait, déposait des dossiers, lui lisait une note, repartait, ou bien s’asseyait pour parler un moment. Il arrivait alors, encore plus souvent depuis la fuite de Clémence, qu’Adamsberg ne soit réceptif à rien et qu’il continue sa lecture sans lever les yeux vers lui, mais sans que cette inattention soit blessante puisqu’elle n’était pas volontaire. D’ailleurs, jugeait Danglard, c’était plus de l’absentéisme que de l’inattention. Car attentif, Adamsberg l’était. Mais à quoi ? Il avait d’ailleurs une curieuse manière de lire, généralement debout, les bras serrés sur le torse, et le regard penché vers les notes étalées sur sa table. Il pouvait rester ainsi debout pendant des heures. Danglard, qui se sentait chaque jour le corps fatigué et les jambes peu portantes, se demandait comment il pouvait tenir ainsi. En ce moment, Adamsberg était debout, regardant un petit calepin aux pages vides, ouvert sur son bureau.

— Ça fait seize jours, dit Danglard en s’asseyant.

— Oui, dit Adamsberg.

Et cette fois, son regard abandonna sa lecture pour se porter vers Danglard, mais il n’y avait, c’est vrai, rien à lire sur le petit calepin.

— Ce n’est pas normal, reprit Danglard. On aurait dû la retrouver. Il faut bien qu’elle se déplace, qu’elle mange, qu’elle boive, qu’elle dorme quelque part. Et son signalement est dans tous les journaux. Elle ne peut pas échapper à nos recherches. Surtout avec un physique pareil. Et pourtant, le fait est là : elle y échappe.

— Oui, dit Adamsberg. Elle y échappe. Il y a quelque chose qui cloche.

— Je n’aurais pas dit ça, dit Danglard. J’aurais dit qu’on met trop de temps à la retrouver, mais qu’on y parviendra. Mais elle sait être discrète, la vieille. À Neuilly, elle n’était pas très connue. Qu’en ont dit les voisins ? Qu’elle n’était pas dérangeante, qu’elle était indépendante, pas jolie, toujours avec ce foutu béret sur la tête, et droguée aux petites annonces. Rien à tirer de plus. Elle est restée vingt ans là-bas, et personne ne sait si elle avait des amis quelque part, personne ne lui connaît un point de chute quelconque, et personne ne se rappelle quand au juste elle est partie. Il semble qu’elle n’allait jamais en vacances. Il y a des gens comme ça qui passent dans la vie sans que personne ne les remarque. Ce n’est pas étonnant qu’elle en soit arrivée au meurtre. Mais c’est une question de jours. On la retrouvera.

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