L'Homme aux cercles bleus
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #1
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878580761
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
Là-bas, il y avait les gyrophares, les projecteurs, la civière, le médecin légiste, pour la troisième fois autour d’un corps égorgé bien circonscrit dans les limites de son cercle bleu.
— Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? murmura Adamsberg.
Il regarda la nouvelle victime.
— Tailladée d’une aussi terrible manière que l’autre, dit le médecin. On s’est acharné au couteau sur les vertèbres cervicales. L’instrument n’était pas assez puissant pour les sectionner, mais l’intention y était, je vous le garantis.
— D’accord, docteur, vous nous écrirez tout ça, dit Adamsberg qui voyait Danglard en sueur. Le crime vient de se faire, c’est bien ça ?
— Oui, et entre une heure cinq et une heure trente-cinq, si l’agent est exact.
— Votre itinéraire, dit Adamsberg en se tournant vers l’agent, c’était d’ici à la place de Port-Royal ?
— Oui, commissaire.
— Que vous est-il arrivé ? Vous ne pouviez pas mettre plus de vingt minutes à faire l’aller et retour.
— Non, c’est vrai. Mais une fille est passée seule quand j’arrivais pour la onzième fois à la petite gare. Je ne sais pas, appelez ça un pressentiment, j’ai voulu l’accompagner jusqu’au coin de sa rue. Ce n’était pas loin. Je pouvais voir Port-Royal tout le long du chemin. Je ne cherche pas à me disculper, commissaire, je prends cet écart sous ma responsabilité.
— Laissons tomber, dit Adamsberg. Il l’aurait fait, de toute façon. Vous n’avez aperçu personne qui corresponde à ce qu’on cherche ?
— Personne.
— Et ceux du secteur ?
— Ils n’ont rien signalé.
Adamsberg soupira.
— Vous avez remarqué le cercle, commissaire ? dit Danglard. Il n’est pas rond. C’est incroyable, il n’est pas rond. Le trottoir était trop étroit dans cette rue, il a dû le faire ovale.
— Oui, et ça a dû le contrarier.
— Mais pourquoi ne pas le faire sur le boulevard où il avait toute la place ?
— Trop de flics quand même, Danglard. Qui est la dame ?
Il y eut à nouveau la lecture des papiers, la fouille du sac à la lueur des lampes.
— Delphine Le Nermord, née Vitruel, elle avait cinquante-quatre ans. Et ça, c’est une photo d’elle, il me semble, continua Danglard en vidant avec soin le contenu du sac à main sur un plastique. Elle a l’air jolie, un peu surfaite. L’homme qui la tient par l’épaule, ça doit être le mari.
— Non, dit Adamsberg, c’est impossible. On ne lui voit pas d’alliance, mais à elle si. C’est peut-être son amant, un type plus jeune. Ça expliquerait qu’elle ait cette photo avec elle.
— Oui, j’aurais dû remarquer.
— Il fait noir. Venez, Danglard, on va au camion.
Adamsberg savait que Danglard n’en pouvait plus de voir des cous ouverts.
Ils s’assirent chacun sur une banquette opposée à l’arrière du fourgon. Adamsberg feuilletait une revue de mode qu’il avait trouvée dans le sac de Mme Le Nermord.
— Ça me dit quelque chose, ce nom de Le Nermord, dit-il. Mais je n’ai pas de mémoire. Cherchez dans son carnet d’adresses le prénom du mari, et puis leur adresse.
Danglard en tira une carte de visite usée.
— Augustin-Louis Le Nermord. Il y a deux adresses, l’une au Collège de France, l’autre rue d’Aumale, dans le 9e arrondissement.
— Ça me dit toujours quelque chose, mais je ne vois toujours pas quoi.
— Moi oui, dit Danglard. On a parlé de ce Le Nermord il y a peu de temps comme candidat à un siège à l’Académie des inscriptions et belles-lettres. C’est un byzantiniste, affirma-t-il encore après un moment, un spécialiste de l’Empire de Justinien.
— Mais comment vous savez ça, Danglard ? dit Adamsberg en levant la tête de sa revue, sincèrement étonné.
— Bon. Disons que je connais des trucs sur Byzance.
— Mais pourquoi ?
— J’aime bien savoir, c’est tout.
— Sur l’Empire de Justinien aussi, vous aimez savoir ?
— Faut croire, soupira Danglard.
— C’était quand, ça, Justinien ?
Adamsberg n’était jamais embarrassé de demander quand il ne savait pas, même à propos de ce qu’il aurait dû savoir.
— Au VIe siècle.
— Après Jésus-Christ ou avant ?
— Après.
— L’homme m’intéresse. Venez, Danglard, on va lui annoncer la mort de sa femme. Pour une fois qu’une de nos victimes a de la famille proche, il faut en profiter pour le regarder réagir.
La réaction d’Augustin-Louis Le Nermord fut simple. Après les avoir écoutés, mal réveillé, le petit homme ferma les yeux, mit les mains sur son ventre, et devint blanc tout autour des lèvres. Il courut hors de la pièce et Danglard et Adamsberg l’entendirent vomir quelque part dans la maison.
— Au moins, c’est clair, dit Danglard. Il est secoué.
— Ou il a pris un vomitif après qu’on a sonné à l’interphone.
L’homme revint en marchant avec précaution. Il avait enfilé une robe de chambre grise par-dessus son pyjama et il s’était passé la tête sous l’eau.
— Nous sommes désolés, dit Adamsberg. Si vous préférez ne répondre à nos questions que demain…
— Non… non… Allez, je vous écoute, messieurs.
Ce petit type voulait avoir de la dignité, et il en avait, nota Danglard. Sa pose était droite, son front grand, et son regard d’un bleu moche était tenace et ne lâchait pas celui d’Adamsberg. Il alluma une pipe en leur demandant si ça ne les dérangeait pas, en disant qu’il en avait besoin.
La lumière était faible, la fumée lourde, la pièce envahie de bouquins.
— Vous travaillez sur Byzance ? demanda Adamsberg en jetant un regard à Danglard.
— C’est vrai, dit Le Nermord un peu surpris. Comment le savez-vous ?
— Moi je ne le sais pas. Mais mon collègue vous connaît de nom.
— Merci, c’est gentil de le dire. Mais pourriez-vous me parler d’elle, je vous prie ? Elle… Qu’est-il arrivé, comment ?
— Nous vous donnerons des détails quand vous serez plus fort pour les entendre. C’est déjà assez douloureux de savoir qu’elle a été assassinée. On l’a retrouvée dans un cercle de craie bleue. C’était rue Bertholet, dans le 5e arrondissement. C’est assez loin d’ici.
Le Nermord hochait la tête. Les traits de son visage s’affaissaient. Il faisait très vieux. Il n’était pas agréable à regarder.
— Victor, triste sort, pourquoi es-tu dehors ? C’est ça ? interrogea-t-il à voix basse.
— À peu près, pas tout à fait, dit Adamsberg. Vous êtes donc au courant des activités de l’homme aux cercles ?
— Qui ne l’est pas ? La recherche historique ne met à l’abri de rien, monsieur, même si on le souhaite. Et c’est incroyable, on a parlé de ce maniaque avec Delphie — Delphine, ma femme —, la semaine dernière.
— Pourquoi en avez-vous parlé ?
— Delphie avait tendance à prendre sa défense, mais moi, cet homme me dégoûtait. Un faiseur. Mais les femmes ne se rendent pas compte.
— C’est loin, la rue Berthollet. Votre femme était-elle chez des amis ? reprit Adamsberg.
L’homme réfléchit longtemps. Au moins cinq ou six minutes. Danglard se demanda même s’il avait bien entendu la question ou s’il n’allait pas s’endormir. Mais Adamsberg lui fit signe d’attendre.
Le Nermord gratta une allumette pour raviver le fourneau de sa pipe.
— Loin de quoi ? demanda-il enfin.
— Loin de sa maison, dit Adamsberg.