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L'Homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? » Ça amuse les Parisiens. Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles qui surgissent à la nuit, tracés en bleu sur les trottoirs de la ville. Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
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Au cours de la semaine, Charles avait continué à arborer de sales expressions sur son beau visage, et Clémence n’était pas revenue comme elle l’avait promis. Les diapositives en cours de classement traînaient sur la table. C’est Charles le premier qui dit que c’était inquiétant, mais que ce ne serait pas une mauvaise chose si la vieille avait suivi n’importe quel homme dans un train et s’était fait trucider. Mathilde en fit un court cauchemar. Et vendredi soir, ne voyant toujours pas revenir la musaraigne, elle s’était presque décidée à chercher et appeler la couturière.

Et puis Clémence rappliqua. « Merde », dit Charles, qui s’était installé sur le canapé de Mathilde en effleurant du bout des doigts un livre en braille. Mathilde fut tout de même soulagée. Mais en les regardant tous les deux envahir sa pièce, lui, magnifique et étalé sur son divan, sa canne blanche posée sur le tapis, elle, se défaisant de son manteau nylon tout en tenant son béret sur la tête, Mathilde se dit que quelque chose ne tournait pas rond dans sa maison.

*

Adamsberg vit Danglard débarquer dans son bureau à neuf heures du matin, un doigt pressé sur le front, mais dans un réel état d’excitation. Il laissa tomber son grand corps dans le fauteuil et respira à longs coups.

— Excusez-moi, dit-il, je souffle, j’ai couru pour venir. J’ai pris le premier train à Marcilly, ce matin. Impossible de vous joindre, vous ne dormiez pas chez vous.

Adamsberg écarta les mains comme pour dire :

« Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse, on ne choisit pas toujours les lits où on se retrouve. »

— La géniale vieille dame chez qui j’ai logé, dit Danglard entre deux halètements, avait bien connu votre bon docteur. Si bien connu qu’il lui faisait des confidences. Ça ne m’étonne pas, une femme vraiment subtile. Gérard Pontieux s’était engagé, comme elle dit, auprès d’une fille de pharmaciens plutôt moche et plutôt riche. Il avait besoin de fric pour monter son cabinet. Et puis à la dernière minute, il s’est dégoûté lui-même. Il s’est dit que s’il commençait comme ça, dans la turpitude, ce n’était pas la peine d’espérer faire une juste carrière de médecin. Alors il a reculé et il a laissé tomber la fille le lendemain de ses fiançailles, en lui adressant lâchement une petite lettre. Bref, pas bien grave, n’est-ce pas ? Pas bien grave, sauf le nom de la fille.

— Clémence Valmont, dit Adamsberg.

— Exact, dit Danglard.

— Accompagnez-moi là-bas, dit Adamsberg en écrasant sa cigarette à peine fumée dans le cendrier.

Ils furent devant la porte du 44 rue des Patriarches vingt minutes plus tard. C’était samedi et il n’y avait aucun bruit. Personne ne répondit à l’interphone chez Clémence.

— Essayez chez Mathilde Forestier, dit Adamsberg, pour une fois presque tendu d’impatience.

« Jean-Baptiste Adamsberg, dit-il à l’interphone. Ouvrez-moi, madame Forestier. Grouillez-vous.

Il courut jusqu’au Grondin volant, au deuxième étage, et Mathilde leur ouvrit la porte.

— Il me faut une clef d’au-dessus, madame Forestier. Une clef de chez Clémence. En avez-vous un double ?

Mathilde partit sans poser de question chercher un trousseau portant l’étiquette « Épinoche ».

— Je vous accompagne, dit-elle, la voix plus rauque encore le matin que dans la journée. Je me fais du sang noir, Adamsberg.

Ils entrèrent tous les trois chez Clémence. Il n’y avait plus rien. Ni trace de vie, ni vêtement au porte-manteau, ni papiers sur les tables.

— Ordure, elle a filé, dit Danglard.

Adamsberg marcha dans la pièce, plus lentement que jamais, regardant ses pieds, puis ouvrant un placard vide, un tiroir, marchant à nouveau. « Il ne pense à rien », se dit Danglard, exaspéré, surtout exaspéré de leur échec. Il aurait voulu qu’Adamsberg explose de colère, agisse et réagisse, s’agite, donne des ordres et rattrape ce gâchis d’une manière ou d’une autre, mais ce n’était pas la peine d’espérer qu’il fasse quoi que ce soit de ce genre. Au contraire, il accepta avec un beau sourire le café que leur proposa Mathilde, effarée.

Adamsberg appela le commissariat de chez elle et détailla Clémence Valmont aussi précisément que possible.

— Donnez ce signalement à toutes les gares, les aéroports, les postes-frontières, et toutes les gendarmeries. Enfin, organisez la traque habituelle. Et envoyez un homme de garde ici. L’appartement doit rester surveillé.

Il raccrocha sans bruit et but son café comme si rien de grave n’était arrivé.

— Il faut vous réconforter. Vous n’avez pas l’air bien, dit-il à Mathilde. Danglard, essayez d’expliquer tout ce qui se passe à Mme Forestier, en la ménageant. Excusez-moi de ne pas le faire moi-même. Je trouve que je m’explique mal.

— Vous avez lu dans les journaux que Le Nermord a été disculpé des meurtres, et qu’il était l’homme aux cercles ? commença Danglard.

— Parfaitement, dit Mathilde, j’ai même vu sa photo. C’est bien l’homme que j’ai suivi, et c’est bien l’homme qui mangeait dans ce petit restaurant de Pigalle, il y a huit ans. Inoffensif ! Je me suis usée à le répéter à Adamsberg ! Humilié, frustré, tout ce que vous voudrez, mais inoffensif ! Je l’avais dit, commissaire !

— Oui, vous l’avez dit. Et moi pas, dit Adamsberg.

— Exactement, appuya Mathilde. Mais la musaraigne, où est-elle passée ? Pourquoi la cherchez-vous ? Elle est revenue hier soir de la campagne, retapée, pimpante. Je ne comprends pas pourquoi elle a à nouveau foutu le camp.

— Elle vous a déjà parlé de ce fiancé qui l’avait lâchée sans crier gare ?

— Plus ou moins, dit Mathilde. Ça ne l’avait pas marquée autant qu’on aurait pu le croire. Vous n’allez pas vous lancer dans ce genre de psychanalyse à la noix, tout de même ?

— Obligatoire, dit Danglard. Gérard Pontieux, la deuxième victime, c’était lui. C’était son fiancé il y a cinquante ans.

— Vous déraillez, dit Mathilde.

— Non, j’en viens, dit Danglard, de leur bled natal à tous les deux. Elle n’est pas de Neuilly, Mathilde.

Adamsberg nota au passage que Danglard appelait Mme Forestier « Mathilde ».

— La rage et la folie ont fait du chemin en cinquante ans, poursuivit Danglard. Parvenue au terme d’une vie qu’elle jugeait ratée, elle a finalement basculé du côté de l’envie du meurtre. L’occasion, ce fut l’homme aux cercles. C’était le moment ou jamais de réaliser son projet. Elle n’avait jamais perdu la trace de Gérard Pontieux, l’objet de toutes ses hantises. Elle savait où il habitait. Elle a quitté Neuilly, et pour trouver l’homme aux cercles, elle s’est adressée à vous, Mathilde. Vous seule pouviez la conduire à lui. Et aux cercles. Elle a d’abord assassiné cette grosse femme qu’elle ne connaissait pas, pour amorcer une « série ». Puis elle a égorgé Pontieux. Ça lui a fait tellement de bien qu’elle s’est acharnée sur lui. Enfin, craignant que l’enquête ne découvre pas assez vite l’homme aux cercles et qu’elle ne s’attarde sur le cas du docteur, elle a saigné la propre femme de l’homme aux cercles, Delphine Le Nermord. Cohérence oblige, elle l’a tailladée autant que Pontieux, pour qu’aucune différence ne signale le docteur à notre attention. À part que c’était un homme.

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