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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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Mercurio eut l’impression d’un loup qui montrait les dents. Il se sentit glacé.

« Alors, pouilleux, tu me réponds pas ? », dit l’homme, posant comme par distraction la main sur le pommeau d’une épée qu’il portait à la taille, maintenue par une large ceinture vert vif, éclatante au milieu de tout ce noir. Il était debout à la proue. Il semblait n’avoir aucun mal à garder l’équilibre.

Derrière lui se tenaient quatre hommes bien moins sous-alimentés et rustres que ceux de Zarlino, qui était devenu tout pâle.

« Salut, Scarabello, dit Zarlino d’une voix rendue sourde par l’inquiétude. Qu’est-ce que tu fais dans les parages ? »

La barque noire glissa silencieusement jusqu’à insérer sa proue effilée entre les deux embarcations. Scarabello, un pied sur sa barque, posa l’autre avec fermeté sur celle du pêcheur. « La bonne question, c’est : qu’est-ce que tu fais dans ma zone, pouilleux ?

— Ben, voilà, tu vois… ces deux-là, ils me devaient de l’argent et moi… ben, je suis venu le récupérer et… bref, on était en train de plaisanter avec la fille… Elle est mignonne, non ? », enchaîna Zarlino sans reprendre son souffle.

Scarabello le fixait en silence, sans accorder un seul regard aux autres, comme s’ils n’existaient pas. Puis, toujours en silence, il tendit la main, paume ouverte. Il avait les doigts couverts de bagues de toutes formes.

Zarlino ricana, embarrassé. Il haussa les épaules, s’éclaircit la voix, se massa la gorge et finit par faire un signe à son comparse qui avait l’argent. L’autre posa sans hésiter le paquet dans la paume de Scarabello.

« Combien ? demanda Scarabello sans regarder.

— Dix-sept sols, répondit Zarlino. D’argent.

— Et quelle sorte de service peut rendre un pouilleux comme toi pour se faire payer dix-sept pièces d’argent ? demanda Scarabello.

— C’est des étrangers, et je les aidais à aller à Venise. »

Scarabello toisa Mercurio rapidement sans manifester d’intérêt. Puis fixa de nouveau Zarlino. « Même pour s’asseoir à côté du doge sur le Bucentaure, personne ne paierait jamais une somme pareille.

— La somme convenue était un sol d’argent, dit Mercurio. Et on lui a déjà donné.

— Mais ça ne t’a pas suffi, hein, pouilleux ? » Scarabello ne quittait pas Zarlino des yeux. Il avait une voix calme mais qui faisait descendre une chape de glace.

« Non, Scarabello… écoute…

— Eux je m’en fiche, le coupa Scarabello. Mais que tu viennes dans ma zone et que tu penses y faire tes petites affaires, ça me dérange. Tu comprends ça ?

— Écoute… je suis désolé, mais…

— Tu comprends ? Oui ou non ?

— Oui…, dit Zarlino en baissant les yeux.

— Oui », répéta doucement Scarabello.

Mercurio observait la scène en silence. Il était fasciné par la force de Scarabello. Et par sa froideur. Par sa capacité à se contrôler et à contrôler les événements. Aucune trace de colère. Il aurait aimé être comme lui.

« Et qu’est-ce que tu me suggères de faire ? demanda Scarabello.

— S’il te plaît…

— J’ai compris. Tu es tellement bête que tu n’as même pas une idée à me suggérer pour te faire bien entrer dans la tête que tu ne peux pas venir sur mon territoire et t’en tirer comme ça, fit Scarabello. C’est moi qui vais devoir y réfléchir, comme d’habitude. Jamais personne pour m’aider, soupira-t-il théâtralement.

— Enfonce-lui une rame dans le cul, dit Benedetta. Ou plutôt, laisse-moi le faire moi-même.

— Personne t’a demandé ton avis, petite pute, fit Scarabello.

— Excuse-la », dit Mercurio.

Scarabello regarda de nouveau Zarlino. « Remonte sur ton rafiot », ordonna-t-il. Et tandis que Zarlino et ses comparses obtempéraient, il se tourna vers ses hommes, qui lui passèrent aussitôt une hache d’abordage. Avec une grâce de danseur, Scarabello sauta sur la barque de ses concurrents, leva la hache très haut et l’abattit avec force sur le fond.

« Non, je t’en supplie… », pleurnicha Zarlino.

Scarabello donna deux autres coups précis autour de la première fente. L’eau saumâtre commença d’entrer abondamment dans la coque. Scarabello prit les deux rames et les lança au loin. Puis, d’un bond, il retourna dans son embarcation. « Tu as de la chance, pouilleux. Pense à tout ce que tu aurais pu perdre. Une main, un bras, ta langue, tes yeux… Continue la liste pendant que tu nages. » Il poussa la barque vers le milieu du canal. Puis se tourna vers le pêcheur. « Et maintenant, à nous deux. Combien il t’a donné pour faire quelque chose que tu aurais dû me demander, à moi ?

— Un demi-sol, monsieur.

— Alors je me contenterais de deux sols » Et comme le pêcheur ne bougeait pas, il hurla : « Maintenant ! »

L’autre fouilla ses poches et tendit la somme.

« Bien, fit Scarabello, vous pouvez y aller. » Puis il se tourna vers Mercurio et Benedetta : « J’imagine que vous deviez être dans la corbeille, vu que vous puez comme des merlans pourris. Retournez-y. Mais avant, dites-moi au moins merci.

— Et notre argent ? », demanda Mercurio.

Benedetta lui donna un coup de coude.

Scarabello rit. « T’as un sacré toupet, toi, dis donc !

— D’accord, garde-le, dit Mercurio avec insolence.

— Tu me donnes la permission, mon garçon ? », demanda Scarabello, qui ne savait s’il fallait s’amuser ou mettre un terme à l’offense.

« Garde-les comme paiement pour notre affiliation, continua Mercurio.

— Affiliation ? demanda Scarabello, étonné.

— Oui. Prends-nous dans ta bande. Comme escroc je suis très fort et elle, elle fait très bien le guet », dit Mercurio.

Scarabello semblait se divertir du tour que prenait la conversation. « D’où venez-vous, toi et ta petite amie ?

— De Rome, répondit Mercurio. Et ce n’est pas ma petite amie, c’est ma sœur.

— Bizarre, on dirait que vous avez le même âge.

— Je suis plus jeune de presque deux ans, intervint Benedetta. Mon frère s’est toujours occupé de moi. Et il m’a enseigné tout ce qu’il sait de la rue. »

Mercurio se dit que Benedetta était une bonne comparse.

« Et pourquoi vous êtes partis de Rome ?

— Pour des questions de “confort”, répondit Mercurio.

— Tu as volé sa tiare au pape ?

— Peut-être. »

Scarabello sourit, en l’évaluant. Puis il se tourna vers le pêcheur. « Emmène-le à Rialto et explique-lui où est l’auberge de la Lanterna Rossa. » Il regarda Mercurio. « Prends-y une chambre. C’est de la merde, mais avec deux sols d’argent tu ne peux guère te permettre plus pendant quelques semaines.

— Je n’ai pas deux sols d’argent. »

Scarabello fit voler en l’air les deux pièces que Mercurio attrapa au vol. « Je viendrai peut-être te chercher », lui dit-il. Il repoussa la barque et disparut silencieusement dans le dédale de fins roseaux d’où il avait surgi.

« Salaud, j’espère que tu vas te noyer ! », hurla Benedetta à Zarlino dont la barque avait coulé et qui essayait de rejoindre la rive à la nage avec ses comparses.

« Je savais rien, dit le pêcheur tout bas.

— Crève donc, espèce de lâche », lui dit Mercurio en le foudroyant du regard. Il fit accroupir Benedetta près de lui et ordonna au pêcheur de les cacher à nouveau dans la grande corbeille en osier.

« Je suis désolé, dit Mercurio à Benedetta quand la barque bougea. Excuse-moi.

— Tu savais que ça se passerait comme ça, hein ? », fit-elle d’un air sombre.

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