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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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— C’est un rêve de chute, dit Luet.

— Non, je ne suis pas tombée. J’ai mis le pied dehors et d’un seul coup, je me suis retrouvée debout sur le sol. Et en me promenant dans les bois et les prairies, je me suis aperçue qu’en fait, beaucoup des plantes de mon jardin seraient indispensables. Alors j’ai levé la main et celles dont j’avais besoin se sont mises à pleuvoir sur moi – oui, à pleuvoir – sous forme de graines. Je les ai plantées et elles ont poussé sous mes yeux. À ce moment, j’ai pris conscience que beaucoup de mes animaux avaient aussi leur place ici : ce monde avait perdu tous ses oiseaux, il n’y en avait plus un seul ; il ne restait que quelques reptiles, mais aucune bête de somme ni de boucherie. Pourtant, les milliards d’insectes de ce monde pouvaient nourrir les oiseaux et les reptiles, de même que les pâtures et les prairies suffisaient amplement aux ruminants. Alors j’ai de nouveau levé les mains vers les nuages, et les embryons des animaux demandés ont plu sur moi ; je les ai arrosés et ils ont aussitôt poussé grands et forts. Les oiseaux se sont envolés, le bétail et les moutons se sont égaillés vers les ruisseaux et dans les prés, les serpents et les lézards ont disparu dans l’herbe. Et j’ai entendu ces mots comme si quelqu’un me les disait à l’oreille : “Personne n’a jamais eu un jardin comme le tien, Shedemei, ma fille !” Mais ce n’était pas la voix de ma mère ni celle de mon père ; et j’ignorais si elle parlait de mon jardin des nuages ou de ce nouveau monde où je réintroduisais une flore et une faune disparues depuis bien longtemps. »

C’était là son rêve, tel qu’elle se le rappelait.

D’abord, tous restèrent silencieux. Puis Luet prit la parole. « Je me demande comment tu savais que les plantes et les animaux que tu faisais tomber des nuages correspondaient à la flore et à la faune qui avaient vécu là avant de disparaître.

— Je l’ignore. Mais je sentais que c’était ainsi. Non, je le savais, plutôt. Je ne les introduisais pas dans ce milieu : je les y ramenais.

— Et tu ne peux pas dire si la voix était masculine ou féminine ? demanda Hushidh.

— Je ne me suis pas posé la question. Elle me faisait penser à mes parents, avant que je ne m’aperçoive que ce n’était pas leur voix. Mais masculine ou féminine, je n’ai pas pensé à le noter. Et même maintenant, je n’en sais rien. »

Luet, Hushidh et Nafai se mirent à discuter entre eux, tout en parlant assez fort pour que Shedemei les entende ; leur but n’était pas de l’exclure. « Il y avait un voyage dans son rêve, disait Nafai. Ça concorde avec ce qui m’a été dit ; et on réintroduisait la flore et la faune. Pour moi, il s’agit de la Terre et de rien d’autre.

— En tout cas, ça indique cette direction, intervint Luet.

— Mais les nuages ! objecta Hushidh. Qu’est-ce que vous en faites ? Les nuages se déplacent peut-être d’un continent à l’autre, mais jamais d’une planète à l’autre !

— Même les rêves de Surâme n’arrivent pas tout emballés, répondit Nafai. La vérité coule dans notre esprit, mais ensuite notre cerveau puise dans sa bibliothèque mentale pour y trouver des images propres à exprimer ces idées. Un grand voyage dans les airs. Elemak a vu une espèce de maison bizarre ; Shedemei un nuage ; et moi, ça m’est venu à travers la voix de Surâme qui me disait qu’il fallait aller sur Terre.

— Sur Terre ! répéta Shedemei.

— Père n’a pas entendu la même chose que moi, ni Issib. Mais j’en suis aussi certain que de ma propre vie : Surâme a l’intention de retourner sur Terre.

— Ça concorde avec ton rêve, Shedemei, dit Luet. L’humanité a quitté la Terre il y a quarante millions d’années ; le terrible hiver qui s’est abattu sur la planète a peut-être tué la plupart des espèces de reptiles et tous les oiseaux. Seuls les poissons, les amphibiens et quelques petits animaux à sang chaud ont dû survivre.

— Mais il s’est écoulé quarante millions d’années depuis ! rétorqua Shedemei. La Terre a dû se guérir depuis longtemps ! Le temps n’a pas manqué pour une nouvelle spéciation.

— Oui, mais combien de temps la Terre est-elle restée prise dans la glace ? demanda Nafai. À quelle vitesse la glace a-t-elle reculé ? Comment les masses continentales se sont-elles déplacées depuis lors ?

— D’accord, je comprends, dit Shedemei. En effet, c’est possible.

— Moi, ce qui me chiffonne, intervint Hushidh, c’est ce tour de magie où tu lèves les mains pour faire tomber du ciel ce qu’il te faut, et où tu arroses des embryons – des embryons ! – pour les faire pousser !

— À vrai dire, j’ai compris cela du premier coup ; dans mon domaine de recherches, pour stocker les échantillons, on cristallise à sec les semences et les embryons. Disons pour aller vite que ça bloque tous les processus physiques à l’instant même de la cristallisation ; on stocke ensuite les spécimens sous forme totalement déshydratée et, quand on en a besoin, il suffit d’y injecter de l’eau distillée et les cristaux se dissolvent dans une réaction en chaîne très rapide mais non explosive. À cause de sa taille très réduite, l’organisme retrouve toutes ses fonctions en une fraction de seconde. Naturellement, pour les embryons, il faut pouvoir les placer dans une solution de croissance liquide et les brancher sur des vitellus ou des placentas artificiels, de façon à pouvoir en réactiver un grand nombre en même temps.

— Alors, si tu devais emporter assez d’échantillons pour reconstituer une bonne partie de la flore et de la faune disparues de la Terre, quelle quantité d’équipements est-ce qu’il te faudrait ? demanda Nafai.

— Quelle quantité ? Beaucoup – énormément, même. Toute une caravane.

— Mais si tu étais obligée de ne choisir que les spécimens essentiels – les oiseaux les plus utiles, par exemple, les animaux les plus importants, les plantes dont nous avons le plus besoin pour nous abriter et nous nourrir ?

— Alors, la quantité ne compte plus. Il suffit de définir les priorités : si on ne dispose que d’un chameau pour transporter le matériel, eh bien, on n’en prend pas plus, c’est-à-dire deux caissons secs par chameau. Plus une bête par jeu d’équipements et de matériaux de reconstitution.

— Donc, ce serait réalisable ! s’écria Nafai, triomphant.

— Parce que vous croyez vraiment que Surâme va vous envoyer sur Terre ? demanda Shedemei.

— Nous croyons même que c’est ce qui se passe de plus important sur Harmonie en ce moment, répondit Nafai.

— Tu parles de mon rêve ?

— Ton rêve en fait partie, dit Luet. Le mien aussi, je pense. » Et elle raconta à Shedemei sa vision d’anges et de bêtes fouisseuses.

« Ça se tient, comme symbole d’un monde où de nouvelles formes de vie sont apparues, répliqua Shedemei. Mais ce que vous oubliez, c’est que si ce rêve provient bien de Surâme, il ne peut pas être exact dans le détail.

— Et pourquoi pas ? » demanda Luet. Elle avait l’air un peu vexée.

« Eh bien, comment Surâme pourrait-elle savoir ce qui se passe en ce moment sur Terre ? Comment obtiendrait-elle une image précise des espèces qui s’y trouvent ? La Terre est à des milliers d’années-lumière. On n’a jamais mis au point un signal électromagnétique assez compact et défini pour convoyer des transmissions importantes sur une telle distance. Si Surâme t’a réellement envoyé ce rêve, elle l’a fabriqué de toutes pièces.

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