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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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— Ce n’est peut-être qu’une simple conjecture de sa part, dit Hushidh.

— Peut-être aussi qu’il ne fait qu’estimer les besoins de Shedemei en semences et en embryons, intervint Nafai. Mais il faut quand même obéir au rêve. Shedemei doit réunir son matériel et se préparer à l’emporter sur Terre avec nous. »

Shedemei le regarda, abasourdie. « Mais je suis venue ici pour raconter un rêve à tante Rasa, pas pour abandonner ma carrière en m’engageant dans un voyage délirant ! Comment pensez-vous aller sur Terre ? Sur un nuage ?

— Surâme a dit qu’on partait, dit Nafai. Le moment venu, il nous indiquera comment.

— Mais c’est absurde ! s’exclama Shedemei. Je suis une scientifique, moi ; je sais que Surâme existe parce que nos théories sont souvent relayées jusqu’à des ordinateurs dans des cités lointaines et que ça ne peut pas s’expliquer autrement. Mais pour moi, Surâme n’a jamais été qu’un ordinateur qui commande à une armée de satellites de communication. »

Nafai jeta un coup d’œil consterné à Luet et à Hushidh. « Quand je pense qu’on a dû se crever, Issib et moi, pour comprendre ça, alors que Shedemei le savait depuis le début !

— Vous n’aviez qu’à me poser la question.

— On n’aurait jamais osé seulement t’adresser la parole ; tu es la célèbre Shedemei, quand même !

— Bah ! un professeur comme les autres chez ta mère, répondit la savante.

— Oui, de même que le soleil est une étoile comme les autres dans le ciel », répliqua Nafai.

Shedemei éclata de rire en secouant la tête. Elle n’avait jamais imaginé que les jeunes puissent la tenir en telle révérence. Cela lui fit plaisir – c’était agréable de se savoir admirée – mais elle se sentit en même temps effarouchée, comme mise à nu. Il lui fallait se conformer à l’image qu’ils avaient d’elle, alors qu’elle n’était qu’une chercheuse acharnée qu’un rêve avait troublée.

« Shedemei, dit Hushidh, que ça te semble possible ou non, Surâme nous demande de nous préparer à ce voyage. Il ne nous serait jamais venu à l’idée de t’inviter, mais Surâme t’a menée jusqu’à nous.

— Disons plutôt une coïncidence !

— Coïncidence, c’est le terme qu’on utilise quand on n’a pas encore découvert la cause d’un phénomène, intervint Luet. C’est une illusion de l’esprit, une façon de dire : “J’ignore pourquoi ça s’est passé comme ça et je n’ai pas envie de le savoir.”

— Je parlais dans un contexte différent, objecta Shedemei.

— Tu as fait ce rêve, coupa Nafai ; tu as senti qu’il était important et ça t’a poussée à le venir raconter à Mère. C’est nous, pas elle, qui étions ici à ton arrivée ; mais nous aussi, nous avons été réunis par Surâme. Alors, tu ne vois pas que tu as été invitée ? »

Shedemei secoua la tête. « C’est ici qu’est mon travail ; je n’ai rien à faire dans un voyage dément dont la destination se trouve à mille années-lumière d’ici !

— Ton travail ? dit Hushidh. Mais que vaut ton travail à côté de cette mission : réintroduire des espèces disparues sur Terre ? Tu as fait un travail remarquable jusqu’à présent, mais devenir le jardinier d’une planète…

— Si tout ça est vrai ! coupa Shedemei.

— Ah, dit Nafai, on a tous affronté le même problème : si tout ça est vrai… Personne ne peut résoudre la question à ta place ; alors, quand tu te seras décidée, préviens-nous. »

Shedemei acquiesça, mais en son for intérieur elle résolut d’éviter à tout prix de revoir ces jeunes gens. Ils étaient trop étranges ; ils faisaient de son rêve un événement hors de toute proportion. Ils exigeaient d’elle un trop grand sacrifice.

« Elle a décidé de ne pas nous aider, dit Luet.

— Pas du tout ! » s’écria Shedemei. Mais elle se demanda avec un sentiment de culpabilité : Comment le sait-elle ?

« Même si tu décides de ne pas nous accompagner, dit Nafai, est-ce que tu acceptes de réunir un bon échantillonnage de graines et d’embryons – mettons, de quoi charger deux chameaux ? Et le matériel pour les réactiver ? Et aussi d’apprendre à certains d’entre nous à l’utiliser ?

— Oh, avec joie ! répondit Shedemei. Je devrais en trouver le temps dans les mois à venir.

— On ne dispose pas de plusieurs mois, répliqua Nafai. Il ne nous reste que quelques heures ; quelques jours, peut-être.

— Allons, ne me faites pas rire ! Quel genre de jardin puis-je préparer en quelques heures, voulez-vous me le dire ?

— Il n’y a pas des bio-bibliothèques ici, à Basilica ? demanda Hushidh.

— Ma foi, si ; c’est là que je me fournis pour mes échantillons d’origine.

— Eh bien, tu ne pourrais pas taper dedans pour obtenir la plus grande partie de ce qu’il te faut ?

— Pour charger deux chameaux, je devrais pouvoir tout y trouver. Mais le matériel de réactivation, surtout pour les embryons animaux… Le seul équipement dont je dispose, c’est le mien, et il faudrait des mois pour en fabriquer d’autres.

— Si tu viens avec nous, dit Luet, tu apportes ton matériel. Et dans le cas contraire, tu auras plusieurs mois pour t’en fabriquer un nouveau.

— Vous me demandez de vous donner mon matériel à moi ?

— Pour Surâme.

— Oui, enfin, c’est ce que vous croyez.

— Pour le fils de tante Rasa », renchérit Hushidh.

Évidemment : une déchiffreuse doit savoir comment me toucher au cœur, songea Shedemei. « Si tante Rasa me le demande, dit-elle, je le ferai. »

Une lueur s’alluma dans l’œil de Nafai. « Et si Mère te demandait de nous accompagner ?

— Elle ne ferait jamais ça.

— Et si tante Rasa elle-même venait avec nous ? demanda Luet.

— Impossible !

— C’est ce que Mère elle-même prétend, dit Nafai, mais on verra bien.

— Bon, qui d’entre vous va apprendre à se servir du matériel ? demanda Shedemei.

— Hushidh et moi, répondit vivement Luet.

— Alors, venez chez moi cet après-midi pour commencer.

— Tu vas nous donner ton équipement ? » s’exclama Hushidh.

Était-ce de la joie ou simplement de la surprise ?

« J’y réfléchirai. Pour l’instant, je vais vous apprendre à le faire fonctionner ; ça ne me coûtera que du temps. »

Là-dessus, Shedemei se leva et sortit de sous l’auvent de toile. Elle chercha des yeux le trou par lequel elle était arrivée, mais Luet devait avoir replacé la grille et elle ne s’en rappelait pas l’emplacement.

Elle n’eut cependant pas à se renseigner, car Luet, ayant sans doute remarqué son hésitation, l’y conduisit tout droit. La grille n’avait pas été remise en place, elle se trouvait simplement hors de vue, cachée par le toit. « Je connais le chemin à partir d’ici, dit Shedemei. Tu n’es pas obligée de m’accompagner.

— Shedemei, j’ai rêvé de toi, une fois. Il n’y a pas très longtemps.

— Ah ?

— Je sais que tu auras du mal à me croire et que tu penseras que je ne dis ça que pour te convaincre de venir, mais ce n’est pas une coïncidence. J’étais dans les bois, il faisait nuit et j’avais peur. Alors, j’ai vu plusieurs femmes : tante Rasa, Hushidh, Eiadh, Dol ; et puis toi. Je t’ai vue, toi.

— Ce n’était pas moi. Je ne vais jamais dans les bois.

— Je sais ; je te l’ai dit, c’était un rêve, même si je ne dormais pas.

— J’avais compris ; mais je te le répète, je ne vais jamais dans les bois. Je ne vais jamais au lac. Je suis convaincue que ce que vous faites, c’est très bien et très important, mais ça n’a rien à voir avec ma vie. Ça n’a rien à voir avec ma vie !

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