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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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« Finis de manger d’abord, dit Issib.

— Il n’a pas dit que c’était urgent, ajouta Trujnisha.

— Il n’a pas dit le contraire non plus », répliqua Nafai. Il se leva et sortit.

De la cuisine, Issib lui cria : « Dis-lui que j’arrive dans une seconde ! »

Dans la cour, Nafai passa devant le portail et pénétra dans le salon d’audience de son père. Celui-ci n’y était pas, mais à la bibliothèque, en train de lire un livre sur le terminal ; Nafai reconnut sans hésiter le Testament de Surâme, le texte sacré qui passait pour le plus ancien de tous ; il remontait à une époque si reculée qu’en ce temps-là, disait-on, les hommes et les femmes n’avaient qu’une seule et même religion.

« Elle vient à toi dans les ombres du sommeil, dit Nafai en lisant la première ligne de l’écran.

— Elle murmure à ton oreille dans les peurs de ton cœur, répondit Père.

— Dans la lumineuse conscience de tes yeux et dans la sombre stupeur de ton ignorance, là réside sa sagesse, continua Nafai.

— Dans son silence seul, tu es seul. Dans son silence seul, tu erres. Dans son silence seul, tu dois désespérer. » Père soupira. « Tout est là, n’est-ce pas, Nafai ?

— Surâme n’est ni homme ni femme, dit Nafai.

— C’est vrai, j’oubliais : tu sais tout sur Surâme, maintenant. »

Père avait un ton si las que Nafai jugea inutile de discuter théologie avec lui ce soir. « Vous vouliez me voir ?

— Toi, et Issib aussi.

— Il arrive tout de suite. »

Comme répondant à un signal, Issib passa la porte, la bouche encore pleine de pain de fromage.

« Je te remercie d’apporter des miettes dans ma bibliothèque, dit Père.

— Pardon », répondit Issib ; il fit demi-tour vers la porte.

« Non, reste, dit Père. Les miettes ne me gênent pas. »

Alors Père en vint au fait.

« Tout Basilica ne parle plus que de vous deux. »

Nafai échangea un regard avec Issib. « On a juste fait quelques recherches à la bibliothèque.

— Les femmes disent que Surâme ne s’adresse plus qu’à vous.

— Peut-être, mais on ne peut pas dire qu’on reçoive des messages très clairs de sa part, dit Nafai.

— Nous avons surtout monopolisé son attention en l’obligeant à provoquer chez nous des réflexes d’aversion, renchérit Issib.

— Mmm, fit Père.

— Mais nous avons arrêté, reprit Issib. C’est pour ça que nous sommes rentrés.

— On ne voulait pas le gêner, ajouta Nafai.

— Mais Nafai a quand même prié en chemin, dit Issib. C’était quelque chose ! »

Père soupira. « Ah, Nafai, si mes leçons ont laissé quelques traces en toi, pourquoi n’as-tu pas retenu que se blesser et tout éclabousser de sang n’a rien à voir avec une prière à Surâme ?

— Bien, bien ! dit Nafai. Et celui qui me dit ça, c’est l’homme qui a eu la vision d’un pilier de feu au-dessus d’un rocher. Nous sommes à égalité.

— Je ne me suis pas fait saigner pour avoir ma vision, rétorqua Père. Mais peu importe. J’espérais que vous aviez reçu de Surâme quelque chose qui pourrait m’aider. »

Nafai secoua la tête.

« Non, dit Issib. Ce qu’on a surtout reçu de lui, c’est la stupeur habituelle. Il essayait de nous empêcher d’avoir des pensées interdites.

— Alors tout est fini, soupira Père. Je suis tout seul.

— Tout seul vis-à-vis de quoi ? demanda Issib.

— Gaballufix m’a contacté par le biais d’Elemak aujourd’hui ; apparemment, la situation actuelle de Basilica ne lui plaît pas plus qu’à moi. S’il avait su que cette affaire de chariots de guerre déclencherait une telle polémique, il ne s’y serait jamais lancé. Il désire que je lui ménage une entrevue avec Roptat. En fait, tout ce qu’il veut à présent, c’est un moyen de battre en retraite sans perdre la face, et il lui suffit, dit-il, que Roptat fasse machine arrière lui aussi ; ainsi, nous ne passerons d’alliance avec aucun autre pays.

— Alors, vous avez obtenu un rendez-vous avec Roptat ?

— Oui, dit Père. À l’aube, près de la serre froide à l’est de la porte du Marché.

— On dirait que Gaballufix a fini par se rendre aux idées du parti de la Cité, remarqua Nafai.

— C’est ce qu’on dirait, oui.

— Mais vous n’y croyez pas », dit Issib.

Père haussa les épaules.

« Je n’en sais rien. Il a choisi la seule position raisonnable et intelligente. Mais depuis quand Gaballufix se conduit-il de manière raisonnable ou intelligente ? Je le connais depuis des années, depuis sa jeunesse, à vrai dire, avant l’époque où il s’est mis à intriguer pour parvenir à la tête du clan, et il ne fait jamais rien qui ne soit destiné à l’élever. Il y a deux façons d’arriver à ce but : en se hissant à la force du poignet ou en éliminant ses concurrents. Au bout de bien des années, j’ai fini par comprendre que Gaballufix a une préférence certaine pour la deuxième méthode.

— Donc, dit Nafai, vous pensez qu’il se sert de vous pour se débarrasser de Roptat.

— Oui ; peu importe comment, mais il trahira Roptat et l’abattra, acquiesça Père. Et au bout du compte, je m’apercevrai qu’il s’est servi de moi pour parvenir à ses fins. Ce n’est pas nouveau.

— Mais pourquoi est-ce que vous l’aidez, alors ? demanda Issib.

— Parce qu’il y a toujours une chance pour qu’il soit sincère. Si je refuse d’intervenir entre eux et que les choses empirent à Basilica, ce sera ma faute. Je suis donc bien obligé de lui faire confiance, n’est-ce pas ?

— Vous ne pouvez faire que de votre mieux, dit Nafai, reprenant la phrase favorite de son père.

— Et garder les yeux ouverts, ajouta Issib en citant une autre expression de Père.

— Oui, dit celui-ci. Vous avez raison. »

Issib hocha la tête d’un air entendu.

« Père, reprit Nafai, est-ce que je pourrai vous accompagner demain matin ? » Père fit un signe de dénégation, mais Nafai insista. « Je veux y aller ! Je verrai peut-être quelque chose qui vous aura échappé pendant que vous parlerez ou que vous ferez Surâme sait quoi ; je peux observer les gens et leurs réactions, et vous être utile, vraiment !

— Non, répondit Père. Je ne serai pas crédible comme médiateur si on m’accompagne. »

Mais ce n’était pas la vraie raison, Nafai le savait. « En réalité, vous avez peur qu’il se passe quelque chose de grave et vous ne voulez pas que j’y assiste. »

Père haussa les épaules. « J’ai mes inquiétudes. Je suis un père, après tout.

— Mais je n’ai pas peur, moi, Père !

— Alors, c’est que tu es plus bête que je ne le craignais. Allez vous coucher maintenant, tous les deux.

— Mais il est beaucoup trop tôt ! s’insurgea Issib.

— Alors, n’allez pas vous coucher. »

Père se retourna face à l’écran.

C’était un congédiement clair et net, mais Nafai ne put s’empêcher de poser une question. « Si Surâme ne vous parle pas directement, Père, pourquoi espérer trouver de l’aide dans ses paroles d’autrefois, mortes aujourd’hui ? »

Père soupira sans rien dire.

« Nafai, intervint Issib, laisse Père méditer en paix. »

Nafai suivit son frère qui sortait de la bibliothèque. « Pourquoi est-ce que personne ne veut jamais me répondre ?

— Parce que tu n’arrêtes pas de poser des questions, répliqua Issib, et surtout dans les moments où il est évident que personne ne connaît les réponses.

— Et comment savoir que personne ne connaît les réponses si je ne demande rien ?

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