Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Et tout en s’éloignant de la fontaine derrière Issib, Nafai entendit les murmures continuer. « Surâme était au milieu de nous, aujourd’hui. »
À la porte qui donnait sur le Ventricule d’Expulsion, Nafai vit son chemin bloqué par un homme qui franchissait la porte en sens inverse. Comme il avait la tête inclinée, il ne vit que les pieds de l’homme. Avec sa chemise tachée du sang de la prière, Nafai aurait dû avoir préséance, mais l’autre ne paraissait pas vouloir s’écarter.
« Meb ! » souffla Issib.
Nafai leva les yeux. C’était Mebbekew, en effet. Durant un instant de perception intense, Nafai eut l’impression de voir son frère dans sa globalité. Celui-ci ne portait plus le costume flamboyant qui avait longtemps été son image de marque ; il était maintenant vêtu en négociant, et ses habits devaient avoir coûté une somme considérable. Mais Nafai ne s’intéressait pas à sa tenue, ni à la provenance mystérieuse de tout cet argent – car cela n’avait rien d’un mystère. Non, en observant le visage de Mebbekew, Nafai sut – il sut d’une façon où ni les mots ni la raison n’avaient de part – qu’à présent, Mebbekew était l’homme de Gaballufix. Peut-être cela tenait-il à son expression : au lieu du petit sourire effronté qu’il avait toujours, de l’habituelle étincelle de malice dans ses yeux, il affichait un air sérieux, important et vaguement effrayé de… de quoi ? De lui-même, oui. De l’homme qu’il était en train de devenir.
Et aussi de l’homme à qui il appartenait. Rien dans son expression ni dans son vêtement ne le désignait comme la créature de Gaballufix, mais Nafai le savait. Ça doit se passer comme ça pour Hushidh, songea-t-il : elle voit les relations entre les gens. La raison n’intervient pas, mais le doute non plus.
« Pourquoi est-ce que tu priais ? demanda Mebbekew.
— Pour toi », répondit Nafai.
D’inexplicables larmes montèrent aux yeux de Mebbekew, mais son visage et sa voix refusèrent de trahir les sentiments, quels qu’ils fussent, qui les faisaient naître. « Prie plutôt pour toi-même, dit-il, et pour notre cité.
— Et pour Père », ajouta Nafai.
Les yeux de Mebbekew s’agrandirent, un peu, à peine, mais Nafai sut qu’il avait frappé juste.
« Écarte-toi », dit une voix basse mais lourde de colère derrière lui, peut-être celle d’un des méditants. Celle d’un inconnu, en tout cas. « Fais place au jeune homme à la prière généreuse. »
Mebbekew recula dans l’ombre profonde du temple. Nafai passa devant lui et rejoignit Issib, qui attendait dans le couloir juste derrière Meb.
« Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire ici ? demanda Issib, quand ils furent hors de portée de voix.
— Il y a peut-être des choses qu’on ne peut pas faire sans en parler d’abord à Surâme, répondit Nafai.
— À moins qu’il n’ait jugé utile de se donner une image de dévot. » Issib eut un petit rire. « C’est d’abord un comédien, tu sais, et on dirait bien que quelqu’un lui a fourni un nouveau costume. J’aimerais savoir quel rôle il se prépare à jouer. »
8. L’avertissement
Quand Nafai et Issib rentrèrent chez leur père, Trujnisha était encore là. Elle avait passé la journée à cuisiner et à remplir le congélateur de repas tout prêts, mais elle n’avait rien prévu de chaud pour ce soir. Père n’était pas homme à laisser sa gouvernante gâter ses fils.
Naturellement, Trujnisha vit tout de suite que Nafai était déçu. « Tu es drôle ! Comment pouvais-je savoir que vous veniez dîner ce soir ?
— Parce que ça nous arrive, parfois !
— Alors, il faudrait que je dépense l’argent de votre père pour faire des courses, puis que je prépare de bons petits plats, tout ça pour que personne ne vienne les manger ? Voilà ce qui se passe le plus souvent, et après, mes plats sont bons à jeter ; quand je veux les congeler, je les prépare autrement.
— C’est vrai : tout est trop cuit, dit Issib.
— Pour que les aliments soient doux et moelleux à tes faibles mâchoires », répondit-elle.
Issib lui adressa un grondement venu du fond de la gorge, à la manière d’un chien. C’était leur façon de jouer ensemble. Trujya était la seule à pouvoir s’amuser avec lui en exagérant ses faiblesses ; et ce n’était qu’avec Trujya qu’Issib se laissait aller à grogner ou à gronder, en parodiant une force virile qu’il ne posséderait jamais.
« Sérieusement, tes trucs congelés sont très bons quand même, dit Nafai.
— Ah, merci ! C’est vraiment trop gentil ! » répondit-elle.
À son ton ironique, Nafai comprit qu’il l’avait vexée ; pourtant, il avait sincèrement voulu lui faire un compliment. Pourquoi est-ce que tout le monde prenait ses attentions pour des moqueries ou des insultes ? Il faudrait un jour qu’il essaye de découvrir ce que les gens croyaient déceler dans ses paroles et qui leur donnait l’impression d’être agressés.
« Votre père est aux écuries, mais il veut vous parler à tous les deux.
— Séparément ? demanda Issib.
— Comment est-ce que je le saurais ? Vous voulez peut-être que je vous colle en file indienne devant sa porte ?
— Tiens, ce serait une bonne idée ! » dit Issib. Puis il fit claquer ses mâchoires, comme s’il voulait la mordre. « Ah ! si tu n’étais pas une vieille chèvre aussi minable !…
— Écoutez qui me traite de minable ! » répliqua-t-elle en riant.
Nafai regardait la scène, sidéré. Issib pouvait insulter Trujnisha, elle s’en amusait ; mais si Nafai lui faisait compliment de sa cuisine, elle prenait ses paroles pour une insulte. « Je ferais mieux de me perdre dans le désert et de me faire Sauvage », songea-t-il. Sauf qu’évidemment, seules les femmes pouvaient devenir Sauvages, protégées de tout préjudice par la coutume et par la loi. Mieux encore : dans le désert, une Sauvage était mieux traitée que dans la cité ; les gens du désert n’osaient jamais lever la main sur ces saintes femmes, et ils leur laissaient de l’eau et de la nourriture quand ils les apercevaient. Mais un homme qui voudrait vivre seul dans le désert aurait toutes les chances de se faire dépouiller et tuer dans la journée. D’ailleurs, se dit Nafai, je n’ai pas la moindre idée de la façon dont on survit dans le désert. Elemak et Père y arrivent, eux, mais seulement parce qu’ils emportent des masses de provisions. La différence avec moi, c’est qu’ils seraient drôlement étonnés de mourir en plein désert, parce qu’ils croient savoir comment y survivre.
« Tu dors, Nafai ? demanda Issib.
— Mm ? Non, bien sûr.
— Alors, tu attends que ta bouffe se mette à faire le beau en remuant la queue ? »
Nafai baissa les yeux et vit que Trujya avait glissé devant lui une assiette pleine. « Merci, dit-il.
— Pour ce que tu apprécies ma cuisine, je pourrais aussi bien la déposer sur les tombes de tes ancêtres ! jeta Trujya.
— Mes ancêtres ne diraient pas merci, rétorqua Nafai.
— Oh, merveille : il a dit merci ! grommela-t-elle.
— Eh bien quoi ? Qu’est-ce qu’il faut dire ?
— Rien, mange, dit Issib.
— Je veux savoir ce qu’il y a de mal à dire merci !
— Mais elle plaisantait ! Elle s’amusait ! Tu n’as aucun sens de l’humour, Nyef. »
Nafai prit une bouchée et la mâcha avec colère. Ah, vraiment, elle plaisantait ! Mais comment diable pouvait-il le savoir ?
Le portail tourna sur ses gonds. Il y eut un bruissement de sandales, puis une porte s’ouvrit et se referma aussitôt. C’était Père : seul de la famille, il pouvait accéder à sa chambre sans passer devant la porte de la cuisine. Nafai voulut se lever.