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Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]

Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:

Vous êtes un programmeur scientifique et très réaliste.
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
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Nous nous regardions avec des sourires hésitants. Roman, pensif, jouait avec l’oumklaïdet qu’il tenait dans la main. Stella, tremblante, chuchotait : « Que va-t-il se passer ? Sacha, j’ai peur. » Quant à moi, je bombais le torse, je fronçais les sourcils et luttais contre une envie terrible de téléphoner à Modeste Matvéievitch. J’aurais voulu être déchargé de mes responsabilités. Modeste m’apparaissait maintenant sous un tout autre jour. J’étais persuadé qu’il lui suffirait de crier : « Je vous prie de cesser, camarade Vybegallo ! » pour être obéi du monstre sur-le-champ.

— Roman, dis-je négligemment, je pense que tu es capable de le dématérialiser en cas de malheur ?

Il rit et me tapota l’épaule.

— N’aie pas peur, ce ne sont que des jouets. Simplement, je n’ai pas envie d’avoir des histoires avec Vybegallo. Ce n’est pas celui-ci qui doit te faire peur, c’est l’autre, là-bas. — Il montra le coin où le second incubateur cliquetait paisiblement.

Le troup s’agita. Stella poussa un petit cri et se serra contre moi. Le troup ouvrit les yeux, se pencha pour regarder dans la cuve et remua les seaux vides. Il resta quelques instants immobile. L’expression de contentement de son visage cédait la place à un amer dépit. Il se leva, huma l’air de ses narines frémissantes, sortit une longue langue rouge et lécha les débris de nourriture restés sur la table.

— Préparons-nous, les enfants, murmura-t-on dans la foule.

Le troup sortit le bac de la cuve, l’examina et en croqua un bout avec précaution. Ses sourcils se levèrent douloureusement, son visage bleuit, comme sous le coup d’une vive irritation, ses yeux devinrent humides, mais il mangea tout le bac. Pensif, il se passa les doigts sur les dents, puis promena lentement son regard sur l’assistance figée. Il avait un regard déplaisant, celui de quelqu’un qui jauge, qui fait son choix. Volodia Potchkine ne put retenir un : « Hé, hé, du calme, toi là-bas … ». Les yeux transparents se posèrent sur Stella qui poussa un hurlement, celui-là même que nous avions entendu Roman et moi, quatre étages en dessous. Je frémis. Le troup fut troublé, lui aussi, car il baissa les yeux et tambourina nerveusement sur la table.

On entendit du bruit à la porte, les gens se retournèrent : Vybegallo se frayait un passage à travers les curieux tout en arrachant les glaçons collés à sa barbe. Le vrai Vybegallo. Il sentait la vodka, la peau de bique et le froid.

— Ma chère ! s’écria-t-il. Que se passe-t-il, hein ! Quelle setuatien ![14] Stella, à quoi penses-tu voyons !.. Où est le hareng ? C’est qu’il a des besoins !.. Des besoins croissants !.. Il faut lire mes ouvrages !

Il s’approcha du troup qui le renifla avidement. Vybegallo lui donna sa peau de bique.

— Il faut satisfaire ses besoins ! disait-il tout en manipulant les leviers du convoyeur. Pourquoi ne lui as-tu pas donné tout de suite les harengs ? Ah ! les femmes, les femmes[15] ! Qui a dit qu’il ne marchait pas ? Il n’est pas du tout en panne, il est ensorcelé. Je ne veux pas que n’importe qui s’en serve, n’est-ce pas, parce que des besoins, tout le monde en a, mais le hareng, c’est pour le prototype …

Un guichet s’ouvrit dans le mur, le convoyeur pétarada, et un flot odorant de têtes de hareng se déversa sur le plancher. Les yeux du troup étincelèrent. Il se mit à quatre pattes, s’approcha au petit trot du guichet et se mit à l’œuvre. Vybegallo battait des mains, poussait des cris de joie et de temps en temps, sous le coup de l’émotion, grattait le troup derrière l’oreille.

Le public, soulagé, s’anima. Vybegallo avait amené avec lui deux reporters d’un journal du cru. Nous les connaissions, c’étaient G. Pronitsatelny et B. Pitomnik. Ils sentaient la vodka, eux aussi. Tandis que l’un prenait des photos au flash, l’autre notait les déclarations du professeur. G. Pronitsatelny et B. Pitomnik étaient des journalistes scientifiques. Le premier s’était rendu célèbre par cette phrase : « Oort fut le premier à regarder le ciel étoilé et à remarquer que la Voie lactée tourne. » Il était également l’auteur d’une transcription littéraire du récit de Merlin sur la tournée d’inspection avec le président du raïsoviet et d’une interview d’un double de Oïra-Oïra ( ce qu’il ignorait ). L’article s’intitulait : « Un Homme avec un grand H » et commençait par ces mots : « Comme tous les véritables savants, il n’était pas loquace ». B. Pitomnik, lui, s’était spécialisé sur Vybegallo. Ses reportages à sensation sur la chaussure qui s’enfile toute seule, la carotte qui s’arrache toute seule et d’autres projets du professeur étaient très connus dans la région ; son « Magicien de Solovets » avait même paru dans une grande revue.

Quand le troup atteignit de nouveau au summum du contentement et qu’il somnola, les aides de Vybegallo, arrachés à leur gueuleton de fin d’année, et pour cette raison, fort maussades, l’habillèrent en hâte d’un costume noir et l’assirent sur une chaise. Les journalistes placèrent Vybegallo à ses côtés et lui dirent de poser les mains sur ses épaules. Tandis qu’on le mitraillait d’éclairs de magnésium, Vybegallo continua son exposé :

— L’essentiel, c’est quoi ? commença-t-il avec empressement. L’essentiel, c’est que l’homme soit heureux. Remarquons entre parenthèses que le bonheur est une notion humaine. Qu’est-ce que l’homme, philosophiquement parlant ? L’homme, camarades, est un Homo sapiens qui peut et qui veut. Qui peut, n’est-ce pas, tout ce qu’il veut, et veut tout ce qu’il peut. N’est-ce pas camarades ? Si donc il peut tout ce qu’il veut, et veut tout ce qu’il peut, alors il est heureux. C’est ainsi que nous le définirons. Qu’avons-nous en face de nous, camarades ? Nous avons un prototype. Mais ce prototype, camarades, veut, et c’est beau. Excellent, exquis, charmant ! pour ainsi dire. Et il peut également, comme vous pouvez le constater, camarades. Et c’est encore mieux, parce que dans ce cas-là, alors, n’est-ce pas, il est heureux. Nous constatons un passage métaphysique du malheur au bonheur, ce qui ne doit pas nous étonner, puisqu’on ne naît pas heureux mais qu’on le devient, quoi. Voilà qu’on se réveille maintenant … Regardez-le. On veut, et pour cette raison on est encore malheureux. Mais on peut, et au moyen de ce « on peut », c’est un bond dialectique qui se produit. Oh ! Oh !.. Regardez ! Vous avez vu comme il peut ? Ah ! le brave, le gentil garçon !.. Oh ! Oh ! Voilà comme il peut ! Pendant un quart d’heure environ. Camarade Pitomnik, mettez de côté votre appareil de photo, prenez plutôt votre caméra, car nous sommes ici les témoins d’un processus … Tout est mouvement, ici ! Le repos, comme il se doit, est relatif chez nous, le mouvement est absolu. Voilà. Maintenant qu’il a pu, il parvient dialectiquement au bonheur. Au contentement, c’est-à-dire. Vous voyez, il a fermé les yeux. Il jouit. Il se sent bien. Je vous affirme scientifiquement que je suis prêt à prendre sa place. Au moment présent, bien entendu … Camarade Pitomnik, notez tout ce que je vous dis, et passez-moi votre texte après. J’arrangerai tout ça et je mettrai les références … Le voilà qui somnole maintenant, mais ce n’est pas tout. Nos besoins doivent croître en profondeur et en étendue. C’est, n’est-ce pas, le seul processus exact. On dit que Vybegallo est contre l’esprit. C’est une étiquette qu’on m’a collée, camarades. Il serait grand temps, camarades, de nous défaire de ce genre d’habitudes dans les discussions scientifiques. Nous savons tous que la matière va de l’avant et que l’esprit recule. Satur ventur, non studit libentur. Ce qui, dans le cas présent, peut être traduit ainsi : ventre affamé n’a pas d’oreilles.

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En français dans le texte.

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