Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Et pourquoi en êtes-vous donc si convaincu ?
Le Dr Fastolfe croisa les jambes et soupira.
— Monsieur Baley, dit-il, jusqu’à présent, j’ai en général rencontré deux types de New-Yorkais : des émeutiers et des politiciens. Votre chef nous est utile, mais c’est un politicien. Il nous dit ce que nous désirons entendre, il s’efforce de savoir nous prendre : vous voyez ce que je veux dire. Or, voilà que vous entrez en scène, vous venez nous voir, et, courageusement, vous nous accusez de crimes abominables, que vous tentez de prouver. J’ai eu beaucoup de plaisir à assister à votre démonstration, et j’ai estimé qu’elle permet de fonder de sérieux espoirs sur notre collaboration.
— Eh bien, vous n’êtes pas difficile ! s’écria Baley, sarcastique.
— Oh ! si, oh ! si, reprit l’autre, calmement. Vous êtes un homme avec lequel je peux jouer cartes sur table. La nuit dernière, monsieur Baley, R. Daneel s’est mis en communication avec moi, par radio, car il a, sur lui, un appareil émetteur-récepteur ; il m’a fait son rapport, et certains renseignements qu’il m’a donnés sur vous m’ont vivement intéressé : par exemple, la composition de votre bibliothèque.
— Ah ? Qu’est-ce qu’elle a donc d’extraordinaire ?
— Un bon nombre de vos livres filmés traitent d’histoire et d’archéologie. Cela prouve que vous vous intéressez aux questions sociales, et que vous avez quelques connaissances sur l’évolution de la société humaine.
— Même un policier peut passer ses loisirs à lire si cela lui plaît…
— Entièrement d’accord, et je suis heureux précisément que vous ayez de tels goûts, car cela va m’aider à mener à bien mon entreprise. En premier lieu, je désire vous expliquer, ou essayer de vous faire comprendre, l’exclusivisme des hommes des Mondes Extérieurs. Ainsi, nous vivons ici, à Spacetown, sans jamais pénétrer dans la Cité ; et nous ne fréquentons les New-Yorkais que selon des règles extrêmement strictes. Nous respirons à l’air libre, mais nous portons des filtres dans nos narines ; j’en ai sur moi en ce moment, mes mains sont gantées, et je suis tout à fait résolu à ne pas approcher de vous plus que cela n’est indispensable pour m’entretenir avec vous. Quelle est, à votre avis, la cause de tout cela ?
— Rien ne sert de jouer à la devinette ! grommela Baley, bien décidé cette fois à laisser parler son interlocuteur.
— Si vous vous laissiez aller à deviner, comme le font certains de vos compatriotes, vous diriez que nous méprisons les Terriens, et que nous croirions déroger si nous laissions, ne fût-ce que leur ombre, nous atteindre. Or, c’est faux. La vraie réponse est, en fait, l’évidence même. L’examen médical et les précautions sanitaires dont vous avez été l’objet ne sont pas des mesures arbitraires et sans signification. Elles ont été dictées par une impérieuse nécessité.
— La maladie ?
— Oui, la maladie. Mon cher monsieur Baley, les Terriens qui ont colonisé les Mondes Extérieurs se sont trouvés dans des planètes absolument vierges de virus et de bactéries. Il va sans dire qu’ils y ont apporté les leurs, mais, en même temps, ils disposaient des plus modernes techniques médicales et micro-biologiques. Ils ont eu seulement à lutter contre une petite communauté de micro-organismes, sans parasites intermédiaires. Il n’y avait là ni moustiques propageant le paludisme, ni limaces véhiculant la schistosomiase. On supprima donc les porteurs de germes de maladie, et l’on cultiva systématiquement en symbiotes les bactéries. Ainsi, graduellement, les Mondes Extérieurs devinrent absolument libres de toute maladie. Et, naturellement, à mesure que le temps passait, la réglementation touchant les immigrations des Terriens devint de plus en plus rigoureuse, attendu que les Mondes Extérieurs pouvaient de moins en moins risquer d’introduire chez eux des germes nocifs.
— Ainsi donc, vous n’avez jamais été malade, docteur Fastolfe ?
— Jamais par l’action d’un microbe parasite, monsieur Baley. Nous sommes tous sujets à des maladies dues à la dégénérescence, bien entendu, par exemple, à l’artériosclérose, mais je n’ai jamais eu ce que vous appelez la grippe. Si j’attrapais la grippe, je pourrais fort bien en mourir, car je n’ai en moi-même aucune capacité de résistance à l’action de ce microbe. Voilà quel est notre point faible, à nous autres Spaciens. Ceux d’entre nous qui viennent habiter Spacetown courent un très grand risque. La Terre est une fourmilière de maladies contre lesquelles nous n’avons aucun moyen de nous défendre ; j’entends aucune défense naturelle. Vous-même, vous êtes porteur des germes d’à peu près toutes les maladies actuellement connues. Vous ne vous en rendez pas compte, parce que, la plupart du temps, vous réussissez à en contrôler l’évolution, grâce aux anticorps qui, d’année en année, se sont développés dans votre organisme. Mais moi, je n’ai pas d’anticorps. Dans ces conditions, vous étonnez-vous de ce que je ne m’approche pas plus de vous ? Croyez-moi, monsieur Baley, je ne me tiens à distance que par mesure d’auto-défense.
— S’il en est ainsi, dit Baley, pourquoi ne pas faire connaître ce fait aux Terriens ? Je veux dire, pourquoi ne pas expliquer ouvertement que les Terriens ne vous dégoûtent pas, mais que vous devez prendre vos précautions contre un réel danger physique ?
— Ce n’est pas si simple que cela, répliqua Fastolfe en secouant la tête. Nous sommes peu nombreux, et, en tant qu’étrangers, on ne nous a guère en sympathie. Nous arrivons à garantir notre sécurité, grâce à un prestige assez fragile, celui d’une race supérieure. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre la face, en reconnaissant ouvertement que nous avons peur d’approcher d’un Terrien ; nous ne le pouvons pas, en tout cas, tant qu’une meilleure compréhension n’aura pas été instaurée entre Terriens et Spaciens.
— Il ne pourra y en avoir de meilleure sur les bases actuelles, docteur Fastolfe, car c’est précisément à cause de votre prétendue supériorité que… nous vous haïssons.
— C’est un dilemme. Et ne croyez pas que nous ne nous en rendions pas compte !…
— Est-ce que le commissaire principal est au courant de cet état de choses ?
— Nous ne le lui avons jamais exposé carrément, comme je viens de le faire avec vous. Cependant, il se peut qu’il l’ait deviné ; c’est un homme très intelligent.
— S’il l’avait deviné, il aurait dû me le dire, murmura Baley, songeur.
— Ah ! fit le Spacien dont les sourcils se dressèrent. Et s’il vous avait averti, vous n’auriez jamais envisagé la possibilité que R. Daneel fût un Spacien, n’est-ce pas ?
Baley haussa légèrement les épaules, et ne jugea pas utile de continuer à discuter sur ce point. Mais son interlocuteur reprit :
— Voyez-vous, c’est pourtant la vérité. Toutes difficultés psychologiques mises à part, telles que le terrible effet que nous produisent vos foules et les bruits de la Cité, un fait capital demeure, c’est que, pour n’importe lequel d’entre nous, pénétrer dans New York équivaut à une condamnation à mort. Voilà pourquoi le Dr Sarton a lancé son projet de robots humanoïdes. Il comptait les substituer à nous autres hommes, pour les envoyer à notre place parmi vous.
— Oui, R. Daneel m’a expliqué cela.
— Et désapprouvez-vous un tel plan ?
— Ecoutez ! répliqua Baley. Du moment que nous nous parlons si librement, laissez-moi vous poser une question très simple : pourquoi, vous autres Spaciens, êtes-vous donc venus sur Terre ? Pourquoi ne pouvez-vous pas nous laisser tranquilles ?
— Permettez-moi à mon tour de répondre par une question, fit le Dr Fastolfe, manifestement très surpris. Etes-vous réellement satisfait de l’existence que vous menez sur Terre ?