La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Depuis quand est-elle partie ?
— Deux jours.
Halden émit un sifflement désagréable.
— Pourquoi as-tu attendu pour m’appeler ?
— Nous pensions qu’elle était chez Evra.
— Je t’avais dit que Mélanie n’était pas heureuse.
Ryton commençait à perdre son sang-froid.
— Nous savions tous qu’elle n’était pas heureuse, Halden. Mais que pouvait-on y faire ? Je ne t’ai pas appelé pour que tu me donnes une leçon sur la manière d’éduquer les enfants.
Halden hocha la tête.
— Tu as raison, James. Ça ne sert à rien de mettre ça sur le tapis pour le moment. Tu y crois à cette histoire de boulot ?
— Comment savoir ?
— Je vais passer le mot. Tu es bien conscient que ça ne va pas être facile de la retrouver, surtout elle, sans pouvoir ?
— Oui, oui, fit Ryton qui se sentait gagné par l’impatience. Je suis pleinement conscient des limites de l’efficacité d’un filet télépathique. Même nous avons nos limites.
— Sans compter que le dysfonctionnement de Mélanie agit quasiment comme un écran sonore.
— En ce cas, dirige tes recherches sur une masse vide qui repousse nos tentatives de localisation. Ça devrait correspondre tout à fait à Mélanie.
Ryton entendit près de lui la respiration sifflante de Sue Li, qui voulait exprimer par là toute l’horreur que son commentaire avait provoquée en elle. Halden fit la grimace.
— James, je comprends que tu sois soumis à une énorme tension, mais si c’est ainsi que tu parles de ta fille, je ne suis pas autrement surpris qu’elle soit partie sans vous en aviser plus que ça.
— Je suis désolé, Halden. Tout ça m’inquiète beaucoup. Ce n’est qu’une enfant.
— Vous connaissez quelqu’un à Washington ?
— Non. Attends, oui, au bureau de Jacobsen.
— Je te suggère de l’appeler dès demain matin. Je te tiens au courant dès que j’apprends quelque chose.
L’écran s’éteignit. Ryton se tourna vers les siens. Sue Li pinçait les lèvres d’une façon qui augurait d’une dispute à venir. Michael avait le visage rouge et renfrogné.
— Tu les cherches, papa.
— Que veux-tu dire ?
Michael hocha la tête.
— L’oncle Halden a raison. Merde, tu es incroyable.
— N’emploie pas ce langage avec moi.
Les voix dans la tête de Ryton reprirent leurs litanies. Il se massa le front d’un air accablé.
— Je parie que tu te soucies moitié moins de savoir si Mélanie est en sécurité que de l’effet que cela produira au rassemblement d’été du clan.
— Michael ! s’exclama Sue Li d’un ton visiblement choqué.
Ryton avait le crâne qui battait. Ce n’était qu’une voix de plus venue s’ajouter au tapage qui le mettait à la torture.
— Ne sois pas ridicule.
— Michael, reprit Sue Li. Ton père souffre terriblement. Tu sais bien qu’il a ses crises mentales quand il est perturbé.
— Oui, je sais. Mais je sais aussi que ma sœur est quelque part dans le pays, peut-être en difficulté, et tout ce que tu trouves à faire c’est te lamenter auprès de l’oncle Halden.
— Michael, ça suffit ! s’écria Sue Li.
Ryton les abandonna tous les deux et se dirigea vers la salle de bains. Il devait prendre quelque chose pour faire cesser le vacarme, juguler la douleur.
Les lumières déclinèrent dans la salle tandis que reprenait le programme publicitaire. Sur l’écran, passèrent les images, désormais familières, de la station lunaire. Cela faisait déjà trois fois que Mélanie les voyait. Elle aurait pu réciter le commentaire par cœur. Un endroit plutôt tentant à visiter, cette station lunaire. Les petits dômes ; les gens dans leurs tenues bleu moiré, tout souriants. Quant aux engins qu’ils conduisaient, ils n’en étaient pas moins étranges, insolites. Peut-être que sur la lune les mutants ne dérangeaient personne. Pourquoi n’irait-elle pas là-bas un jour ?
À moitié endormie, Mélanie remonta sa jaquette autour de ses épaules. À présent, la salle était pratiquement vide. Qu’est-ce qui l’empêchait d’y rester toute la nuit ? Le marathon du film Hyde Ryder devait durer jusqu’au lendemain midi. Elle prendrait une décision à ce moment-là. Peut-être se risquerait-elle à contrefaire le numéro de compte de son père pour prendre le monorail de Denver. Ou peut-être qu’elle trouverait du travail. En tout cas, il n’y avait personne pour lui dicter ce qu’il fallait faire ni comment le faire. Elle tomba dans un sommeil léger et rêva qu’elle flottait sous un dôme, des rubans roses attachés à ses chevilles, comme si elle était un ballon.
10
Les feuillets jaunes des rapports concernant le collecteur solaire s’étalaient en demi-cercle sur le bureau de James Ryton. Mais il avait beau avoir les yeux fixés dessus, il ne les voyait pas, aveuglé qu’il était par l’angoisse et la culpabilité. Pourquoi Mélanie avait-elle quitté la maison ? Ils avaient fait tout ce qu’ils pouvaient pour elle, non ? C’était une jeune fille naïve, innocente, vulnérable. Il se refusait à imaginer les périls qui la guettaient. L’univers de Mélanie, c’était la maison, là où des gens s’intéressaient à elle, ne demandaient qu’à prendre soin d’elle.
C’était cette angoisse qui l’avait amené à tenir devant Halden des propos sévères à l’égard de sa fille, l’angoisse et ces terribles crises mentales. Ce matin, Sue Li lui avait préparé une mixture à base d’herbes calmantes, et il ne restait de ces crises, grâce au ciel, que de faibles échos. Lorsqu’il avait appelé la police, Ryton se sentait de nouveau maître de lui et il portait cette maîtrise comme une armure.
Ils s’étaient montrés polis, bien sûr. Les policiers étaient toujours polis avec les gens. Un brin cavaliers, mais courtois.
— On va mettre un enquêteur sur la piste de votre fille, lui avait promis le sergent Mallory. Vous savez, après la remise des diplômes, c’est toujours pareil. D’ici une semaine ou deux, elle sera de retour.
Après qu’il eut raccroché, les flics avaient dû bien rigoler à l’idée que les mutants avaient droit eux aussi au conflit de générations. Et les normaux, ils s’en sortaient mieux ? se demandait Ryton.
Ryton cessa de tambouriner sur le bureau en plastibois gris. Il n’était pas dans ses habitudes de faire appel aux non-mutants ; pourtant, il y en avait une qui s’était montrée compréhensive et coopérative lorsqu’il avait eu besoin de son aide. Une qui, en plus, occupait le poste qui convenait le mieux à la situation. Ryton se tourna vers son écran et sollicita le numéro d’Andréa Greenberg. Celle-ci répondit à la quatrième sonnerie, et ne parut pas particulièrement étonnée.
— Monsieur Ryton ? Vous avez eu mon message au sujet du budget assigné à la base martienne ?
Il confirma d’un signe de tête.
— Oui, et je vous remercie de votre aide à ce propos. Nous avons été très satisfaits des résultats du vote.
— Je le pensais bien. Mais que puis-je pour vous aujourd’hui ?
— Madame Greenberg, j’ai un problème.
— Encore les règlements de la N.A.S.A. ?
— Non. C’est… personnel.
Il s’interrompit, la voix soudain étreinte par la honte. Comment pouvait-il mêler à ses problèmes un non-mutant qu’il connaissait à peine ?
— Oui ?
Avait-il détecté de l’impatience dans sa voix ? Il lui faisait perdre son temps. Mais lui, qu’avait-il à perdre ? Le désespoir lui redonna courage.
— C’est ma fille. Elle a fait une fugue. Du moins, je le crois. Elle a laissé un message comme quoi elle avait trouvé un emploi à Washington.