Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— Qui était chef d’équipe cette nuit ? demanda Quentin.
— Vous avez vu Denis Jantet dans la soirée, répondit Chatel, il a été remplacé à vingt heures par Marc Bonnier jusqu’à ce que Francis Mollex prenne la relève à quatre heures.
— Je les ai entendus tous les trois, intervint Courtay. Ils tombaient des nues. Aucun n’a vu ou entendu quoi que ce soit. Nous n’avons aucun indice qui puisse préciser l’heure du vol.
— Imaginez, dit Quentin, que le cambrioleur ait refermé le coffre et toutes les portes derrière lui. Ni vu, ni connu, le pot aux roses n’aurait été découvert que demain matin ou même mardi…
— En attendant, soupira Chatel, nous risquons l’émeute. Tous ceux qui devaient venir chercher leur argent mardi vont défiler à partir de demain. En temps ordinaire, c’est déjà la pagaille, mais cette fois ce sera la révolution. Vous n’avez pas idée ! Je vais devoir annoncer cela à ma hiérarchie et je ne m’attends pas à des félicitations.
— Vous devrez aussi affronter la presse, intervint Quentin. J’y ai eu droit hier et, comme les nouvelles vont vite, attendez-vous à un appel.
— Je vous remercie, messieurs, nous verrons demain, conclut Courtay.
Quentin discuta un moment avec Chatel devant sa voiture, puis les deux hommes se séparèrent. Le policier se hâta de rentrer à l’hôtel pour rapporter ce nouvel incident à Gradenne.
Le commissaire était dans son fauteuil et bavardait avec le capitaine Maurice Ledran. Calme et posé, tout le contraire d’un baroudeur, celui-ci avait la réputation d’un homme de réflexion et parlait peu. Fin limier, il aurait pu passer commissaire ou au moins commandant s’il en avait eu l’ambition, mais il exécrait les responsabilités administratives et ne se plaisait que sur le terrain à la recherche de la vérité.
— Salut, Bruchet. Alors, il paraît que tu fais des étincelles ? Gradenne ne tarit pas d’éloges sur toi.
Quentin, bien que flatté par le compliment, se sentit un peu gêné. Ledran, à un an ou deux de la retraite, l’avait tutoyé dès son arrivée dans la brigade. En revanche, lui n’y parvenait pas, en raison de la différence d’âge et sans doute aussi à cause du prestige de l’homme.
— Je croyais que vous ne deviez arriver que demain, répondit-il.
— J’ai préféré rouler tranquillement et me mettre au courant dès ce soir. Comme ça, on pourra attaquer sans perdre de temps.
— Que vous voulaient nos amis de la maréchaussée ? demanda Gradenne.
Quentin sourit et regarda tour à tour ses deux collègues sans dire un mot. Il fit attendre sa réponse pour produire son petit effet.
— Figurez-vous, lâcha-t-il enfin, que Polybois a été cambriolé cette nuit.
Quentin fournit à ses collègues stupéfaits tous les détails qu’il connaissait.
— Décidément, il s’en passe des choses bizarres dans cette usine, dit Ledran, même si je ne vois pas de relation entre ce vol et le meurtre. Quelqu’un a voulu probablement profiter du flottement dans l’organisation de l’entreprise. Mais le vol est surtout lié au remplissage du coffre deux fois par an.
— Vous ne nous avez pas encore raconté votre escapade de ce matin, coupa Gradenne.
— C’est vrai. J’ai au moins fait une bonne promenade. Je ne comprends pas ce qui pouvait attirer madame Verdoux dans un coin aussi isolé.
À l’intention de Ledran, il expliqua les raisons de sa curiosité, pourquoi il avait entrepris cette randonnée matinale à ski, et sa surprise de trouver une cabane habitée en pleine forêt au milieu de l’hiver.
— Il n’y a peut-être aucun rapport avec ce qui nous concerne, mais je comprends parfaitement ce qui intrigue Bruchet. J’envie aussi sa jeunesse, car ce n’est pas moi qui serais allé dans les bois ce matin.
— Il faut absolument savoir à qui appartient cette cabane, intervint Gradenne.
Ledran, qui avait sans doute été averti par le commissaire, insista pour préciser son rôle dans leur collaboration :
— Bien entendu, je laisse l’initiative de l’enquête à Bruchet. Je suis là pour donner un coup de main, pas pour commander. J’ai passé l’âge de prétendre à un avancement.
— Je vais descendre dîner avec vous, affirma Gradenne d’un ton énergique. Au diable mon infirmière ! Je me sens mieux et je me ramollis ici.
Installés devant le feu de bois, ils firent honneur au repas tout en échangeant leurs idées sur l’affaire. Ledran affinait ses notes en posant les questions qui lui permettraient de compléter son information.
— Si Bruchet n’y voit pas d’inconvénient, je le laisse poursuivre son intuition. Le flair est quelque chose de très personnel et, jusqu’à présent, nous n’avons pas à nous plaindre du sien. Je vais entendre les personnes qu’il m’indiquera et, par ailleurs, je vais m’attacher à étayer le dossier.
— C’est-à-dire… ? demanda Quentin.
— Je vais tout simplement recouper les différents témoignages pour déceler d’éventuelles incohérences. C’est la routine…
En revenant dans sa chambre, Quentin trouva la lettre qu’il avait écrite à Chloé et qu’il avait oublié de poster, trop pris par l’action. « Peu importe, songea-t-il, il n’y a pas de levée le dimanche ». Il la plaça bien en vue avec l’intention de la confier le lendemain à l’aubergiste pour qu’il la donne au facteur.
Le lendemain matin, Bruchet et Ledran arrivèrent tôt à l’usine. Chatel était déjà là et semblait tendu.
— J’ai envoyé un mail à Lambard, sans dire de quoi il s’agissait, pour qu’il me rappelle de toute urgence. Je n’attends pas de réponse avant neuf heures.
— Pourrions-nous disposer de la salle de réunion pour que mon collègue puisse entendre les différents témoins ?
— Mais certainement, sans problème.
— J’ai établi une liste des personnes à interroger. Nous voulons éviter de perturber votre production, aussi je souhaiterais que vous convoquiez le personnel en équipe afin qu’il vienne en dehors des heures de travail.
— Je comprends et je m’en occupe.
— Je vais faire visiter l’usine à mon collègue, si vous le permettez.
Quentin, qui connaissait désormais les lieux, fit faire à Ledran le tour de l’usine et lui présenta Marc Bonnier, le chef de l’équipe A qui était désormais du matin. Ensuite, ils allèrent dans l’atelier-pilote rencontrer Guardac. Ledran examina longuement la scène de crime et demanda à Quentin de lui décrire ce qu’il avait vu dans le magasin qui était toujours condamné par les scellés. Ledran estima qu’il n’était pas nécessaire de l’ouvrir pour lui.
— Tu as été perspicace, admira Ledran. Sans toi, on passait complètement à côté.
Dans le bureau de Quentin, ils se mirent d’accord sur les points essentiels à éclaircir. Après quoi, Ledran alla s’installer dans la salle de réunion. Il avait l’intention d’entendre d’abord la comptable, madame Nortout, et ensuite la responsable administrative, mademoiselle Daudet. Quentin, lui, s’était réservé le responsable maintenance et les techniciens du labo.
Mandrez entra avec l’air maussade.
— Vous nous portez la poisse, dit-il en préambule. Déjà que les finances n’étaient pas brillantes ! Après un coup pareil, l’usine va en crever.
— Depuis quand êtes-vous ici ?
— Depuis trois ans. Avant j’étais au siège, je m’occupais de tous les investissements industriels.
— Vous vous entendiez bien avec monsieur Verdoux ?
L’autre hésita et fit la moue.
— Comme tout le monde, répondit-il d’un ton vague. Sous le prétexte qu’il avait été dans toutes les usines du groupe, il croyait tout savoir.
— Vous dirigez combien de personnes ?