La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Lia eut encore un sixième fils, qui reçut le nom de Zabulon, et une fille, appelée Dina, sans que la Genèse nous dise à quelle occasion Jacob vainquit de nouveau la répugnance qu’il avait pour elle. Quant à Rachel, il faut croire que les mandragores produisirent leur effet ou que Jéhovah se décida à ouvrir sa vulve; elle finit par devenir grosse à son tour; et le fils de Jacob et de Rachel fut nommé Joseph.
Toutefois, il ne faudrait pas s’imaginer que Jacob avait avalé en douceur ses quatorze années de frottage et de lavage de vaisselle; la Bible nous montre qu’il garda à Laban un chien de sa chienne.
D’abord, Jacob joua à son oncle beau-père un tour de sa façon: il lui demanda de lui donner tous les agneaux et tous les cabris de ses troupeaux qui naîtraient avec des taches vertes; Laban y consentit, pleinement convaincu que Jacob attendrait longtemps. Il avait compté sans l’esprit rusé de son gendre. Celui-ci, d’après l’Ecriture Sainte, prit des branches de peuplier, de coudrier et de châtaignier, dont il ôta les écorces, et il plaça ces branches ainsi dépouillées dans les auges et les abreuvoirs où les brebis et les chèvres de Laban venaient boire; le résultat fut que, dès lors, presque tous les agneaux et cabris naissant dans les troupeaux du beau-père étaient bigarrés étrangement, avaient des taches vertes. Laban n’en revenait pas, et il y avait de quoi! mais il était obligé, par sa promesse, de faire cadeau à Jacob de tout ce bétail extraordinaire. Nous recommandons cette recette aux amateurs, qui, éprouvant quelque difficulté à se procurer des merles blancs, désireraient s’offrir le luxe d’avoir des moutons verts. Cette mirifique recette et les détails de son succès, garanti par le divin pigeon, s’il vous plaît, sont tout au long dans la sublime Genèse, chapitre 30, versets 25 à 43.
Ensuite, le roublard Jacob, non content d’avoir, par ce truc, dépouillé Laban des neuf dixièmes de ses troupeaux, fila un beau matin sans le prévenir, emmenant sa petite famille, déjà nombreuse. Lia et Rachel, prenant parti pour lui contre leur père, l’avaient approuvé, dès qu’il leur confia ses projets de fugue; Rachel même, en s’en allant, chipa à son père toutes ses idoles, qu’elle emporta, sans en rien dire.
Voilà notre Laban désolé; il se met à la poursuite de son gendre et de ses filles; il parvient à rejoindre la caravane. Malgré toute son éloquence, il ne put décider Jacob à revenir sur ses pas. «Au moins, rends-moi mes dieux! lui dit-il; pourquoi m’as-tu dérobé mes dieux?» Jacob ne sait ce que cela veut dire. Il invite Laban à visiter les bagages de la famille. Pendant que son père inspecte les effets de Lia, Rachel fourre les idoles dans le bât d’un chameau et s’assied dessus; puis, elle prie Laban de l’excuser, si elle ne peut se lever: «Mon père, dit-elle, j’ai en ce moment mes règles» (textuel). Laban eut beau fouiller, il ne trouva pas ses idoles. Enfin, après une scène assez vive de part et d’autre, le gendre et le beau-père se séparèrent définitivement, non sans avoir mis des pierres en tas, afin que ces cailloux fussent témoins de leur promesse de ne pas chercher désormais à se nuire l’un à l’autre. Le départ de Jacob, sa poursuite par Laban, et le traité final tiennent tout le chapitre 31.
Les deux chapitres suivants sont consacrés à la suite du voyage de Jacob, retournant au pays de Canaan. Il rencontre Esaü, et une touchante réconciliation a lieu entre eux. Mais un passage qui vaut la peine d’être reproduit, c’est celui où l’auteur nous raconte une nouvelle farce de Jéhovah: papa Bon Dieu faisant le revenant, voulant battre Jacob, et ne réussissant qu’à recevoir une rossée, malgré sa toute-puissance.
Le mari de Lia, Rachel, Zelpha et Béla, venait de faire passer à sa caravane le gué de Jabbok; c’était la nuit.
«Alors, Jacob, étant demeuré seul sur le chemin, fut attaqué par un fantôme de forme humaine, qui lutta contre lui jusqu’au lever de l’aube. — Et ce fantôme, ne pouvant le terrasser, lui toucha l’endroit de l’emboîture de sa hanche, qui fut aussitôt démise; mais la lutte avec le spectre continua. — Or, le spectre dit à Jacob: J’en ai assez, laisse-moi; car l’aurore monte. Mais Jacob lui répondit: Je ne te lâcherai point, que tu ne m’aies béni. — Quel est ton nom? demanda le fantôme. Il répondit: Jacob. — Le spectre dit alors: Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël; car, puisque tu as pu combattre contre Dieu, combien seras-tu plus fort contre les hommes! — Et Jacob l’interrogea, disant: Je t’en prie, apprends-moi ion nom. Et le fantôme lui répondit: Pourquoi me demandes-tu mon nom? Et alors il le bénit là. — Et Jacob nomma ce lieu Péniel; car, dit-il, c’est là que j’ai vu Dieu face à face et que mon âme a été délivrée. — Et le soleil se leva, aussitôt qu’il eût quitté Péniel; et Jacob était boiteux d’une hanche.» (32:24-31)
Les critiques ont fait remarquer que le nom d’Israël, donné par le divin fantôme à Jacob, était le nom d’un ange dans la mythologie des Chaldéens. La tradition juive prétend que ce nom signifie fort contre Dieu; toutefois, Philon, juif très savant, soutient que le nom est vraiment chaldéen, et non hébreu, et qu’il signifie voyant Dieu. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas sans un doux sourire qu’on lit le récit de cette aventure. Je ne crois pas qu’aucune mythologie représente un homme quelconque assez robuste pour flanquer une pile à un dieu; et encore Jacob tint bon et eut le dessus, même après que le spectre lutteur lui eût démis la hanche!…
Passons à une autre aventure. Le lecteur a vu que Lia accoucha sept fois et que son septième enfant fut une fille, Dina. D’autre part, nous avons le compte exact du temps passé par Jacob chez Laban; lors de sa dispute au moment de la fuite, il dit à l’oncle beau-père: «Je t’ai servi ces vingt ans passés dans ta maison, quatorze ans pour tes deux filles, et six ans pour tes troupeaux.» (31:41) La naissance de Ruben, l’aîné, n’a donc pu avoir lieu que dans la huitième année; et si l’on n’oublie pas que Lia resta au moins deux ans sans avoir d’enfants, temps pendant lequel elle prêta sa servante Zelpha à Jacob, la chronologie place la naissance de Dina à la seizième année du séjour chez Laban. Dina avait donc quatre ans tout au plus, lorsque Jacob lâcha son oncle beau-père. Cette remarque était nécessaire, attendu que la Genèse nous montre Dina inspirant une violente passion au fils d’un roi, dès les premiers jours de son arrivée avec sa famille au pays de Canaan, c’est-à-dire aussitôt après la lutte contre le fantôme et la réconciliation d’Esaü et Jacob.
«Jacob arriva en bonne santé à la ville de Salem, au pays de Canaan, venant de Paddan-Aram (pays de Laban), et il dressa ses tentes devant la ville. — Ensuite, il acheta aux enfants d’Hémor, pour cent pièces d’argent, une partie du champ où il campait; Hémor était le père du jeune prince Sichem.» (ch. 33, v. 18-19)
C’est ce prince Sichem qui tomba subitement amoureux de la petite Dina, âgée de quatre ans!
«Or, Dina, fille de Lia, eut la curiosité de voir les femmes du pays, et elle sortit du camp. — Et le prince Sichem, fils d’Hémor, roi du pays, la vit, l’entraîna et la fit coucher avec lui. — Son cœur étant fortement attaché à Dina, il aima la petite fille, lui prodigua de grandes caresses et lui parla selon son cœur. — Sichem parla aussi à Hémor et lui dit: Mon père, je t’en conjure, obtiens-moi que j’aie cette petite fille pour femme.» (34:1-4)
Le roi Hémor se rendit donc auprès de Jacob et fit la démarche désirée par son fils. En vérité, le prince Sichem avait à s’excuser d’être allé un peu trop vite; mais il était décidé à passer par toutes les exigences de Jacob pour avoir son pardon. La Bible laisse comprendre que Jacob était dans d’assez bonnes dispositions; par contre, les frères de Dina ne voulaient pas entendre parler d’un mariage pour réparer la faute du prince Sichem.