La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
On ne m’accusera pas d’être de ceux qui affectent de résumer un ouvrage et qui, sous ce prétexte, le travestissent. Au contraire, il se trouvera peut-être des lecteurs qui penseront qu’il vaudrait mieux relater chaque épisode de la façon la plus succincte et développer la critique. Mais, étant donnée la nature de l’œuvre qui est l’objet de cette analyse, j’estime que le résumé a uniquement sa raison d’être lorsqu’il s’agit d’épisodes dont les détails importent peu; d’autre part, quand l’Écriture Sainte contient des passages dans le genre de cette aventure de Thamar, il devient nécessaire de citer tout au long. C’est l’esprit divin qui a dicté cela! on ne saurait donc mettre trop en lumière les perles de ce texte sacré. Voilà bien le cas où le critique ne doit pas exposer ses lecteurs à s’entendre dire par un curé qu’ils ont été trompés et qu’on a calomnié la Bible.
Toutes les saletés de l’histoire de Thamar font donc réellement partie du livre de foi; elles y figurent crûment, et l’Eglise les déclare authentiques, malgré leur invraisemblance.
Car c’est une chose bien singulière que Thamar, ayant eu si peu de chance avec ses deux premiers maris, veuille se livrer à leur père, parce qu’il a oublié de lui donner son troisième fils, qu’il avait promis! «Elle prend un voile pour se déguiser en fille de joie, a fait remarquer Voltaire; mais, au contraire, le voile était et fut toujours le vêtement des honnêtes femmes. Il est vrai que, dans les grandes villes, où la débauche est fort connue, les filles de joie vont attendre les passants dans de petites rues, comme à Londres, à Paris, à Venise, à Rome; mais il n’est pas vraisemblable que le rendez-vous des filles de joie, dans le misérable pays de Canaan, fût à la campagne, au carrefour des routes. Il est bien étrange, en outre, qu’un patriarche fasse l’amour en plein jour avec une fille de joie sur le grand chemin, et s’expose à être pris sur le fait par tous les passants. Le comble de l’impossibilité est que Juda, étranger dans Canaan, et n’ayant pas la moindre possession, ordonne qu’on brûle sa belle-fille, dès qu’il sait qu’elle est grosse, et que sur-le-champ on prépare un bûcher, comme s’il était le juge et le maître du pays.
Cette histoire a quelque rapport avec celle de Thyeste qui, rencontrant sa fille Pélopée, coucha avec elle sans la connaître. Les critiques disent que les Juifs écrivirent fort tard, et qu’ils copièrent beaucoup d’histoires grecques qui avaient cours dans toute l’Asie Mineure. Josèphe et Philon, historiens juifs, avouent que les livres juifs n’étaient connus de personne, et que les livres grecs étaient connus de tout le monde.»
Après l’histoire de Thamar, la Genèse revient à Joseph, et nous avons ici un épisode dont la ressemblance avec l’histoire de Thésée, Phèdre et Hippolyte, est des plus frappantes. L’auteur sacré nous apprend que Putiphar, cet eunuque richard qui avait acheté Joseph, était marié, et que, bien que n’adorant pas le dieu de Joseph, il ne tarda pas à reconnaître que ce dieu faisait prospérer toutes les affaires de son esclave.
«Putiphar vit que l’Eternel était avec Joseph et que l’Eternel faisait prospérer toutes choses entre ses mains.» (39:3)
Cette constatation ne poussa nullement notre eunuque à se convertir à la religion juive;
«mais il remit tout ce qui était à lui entre les mains de Joseph, si bien qu’il ne s’informait plus de rien, sinon des ragoûts qui étaient servis à la table. Or, Joseph avait la taille bien prise et était tout-à-fait beau à voir. — Il arriva donc que la femme de Putiphar remarqua les agréments de Joseph, et elle lui dit un jour: Couche avec moi. — Mais il refusa et répondit à la femme de son maître: Voici, mon maître m’a confié tout ce qui lui appartient et il ne s’occupe plus de ce qui se passe chez lui. — Personne n’est au-dessus de moi dans sa maison, et il ne m’a rien interdit que toi, parce que tu es sa femme. Comment donc ferais-je ce mal et pécherais-je contre Dieu? — Et bien qu’elle en parlât tous les jours à Joseph, celui-ci ne voulut point l’écouter; refusant de coucher avec elle, il évita même de se trouver en sa compagnie. — Mais il arriva qu’un jour il vint à la maison, à un moment où tous les domestiques étaient absents. — Alors, elle le prit par son manteau et lui dit encore: Allons, couche avec moi. Mais lui, il se dégagea, et, lui laissant son manteau entre les mains, il s’enfuit hors du logis.» (Versets 6 à 12)
Au retour de Putiphar, sa femme lui raconta les choses tout à rebours.
«Cet esclave hébreu que tu as amené ici a tenté de me déshonorer; mais j’ai crié, et il s’est enfui; tiens, voici son manteau, qu’il a laissé dans la chambre.» (39:17-18)
Putiphar, en apprenant le prétendu attentat, fut tellement furieux, qu’il ne voulut entendre aucune explication de Joseph et le fit aussitôt jeter dans un étroit cachot de la grande prison où le roi faisait enfermer ses prisonniers. Or, le gardien-chef prit le bel esclave hébreu en affection; bientôt il adoucit son infortune en le chargeant de la direction de tous les autres prisonniers, de sorte que, dans la prison, rien ne se faisait sans les ordres de Joseph.
Plus tard, en un temps que l’auteur sacré ne précise pas, le panetier et l’échanson du roi tombèrent en disgrâce et devinrent les compagnons de captivité du fils de Jacob; d’après la Bible, ces personnages étaient encore deux eunuques. Un matin, Joseph, leur trouvant le visage triste, leur en demanda la raison. Ils répondirent: