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La Bible amusante

Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:

Donnant les citations textuelles de l’écriture sainte et reproduisant toutes les réfutations opposées par Voltaire, Fréret, lord Bolingbroke, Toland & autres critiques.
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«Nous avons fait chacun un songe cette nuit, et nous sommes bien ennuyés de n’avoir personne pour nous les expliquer. Joseph leur répliqua que, grâce à son dieu, il était en mesure d’interpréter ce qu’ils avaient rêvé. — Dans mon songe, dit alors l’échanson, j’ai vu une vigne qui avait trois branches, lesquelles ont produit des boulons, des fleurs et des raisins mûrs; je tenais dans ma main la coupe du roi; j’ai pressé les raisins dans la coupe, et j’ai donné à boire au roi. — Ceci veut dire, fit Joseph, que dans trois jours tu seras libre et que tu reprendras tes fonctions auprès de Pharaon; te prie donc de te souvenir alors de moi et de faire connaître mes malheurs au roi, afin que je sorte enfin de cette prison.

Le panetier narra à son tour son songe: il s’était vu avec trois paniers de farine sur la tête, et des oiseaux étaient venus manger toute cette farine. — Cela signifie, dit Joseph, que dans trois jours tu sortiras de prison, toi aussi; mais, au lieu de la liberté, c’est une potence que le roi te donnera; tu seras pendu, et les oiseaux te mangeront.

Le troisième jour étant l’anniversaire de la naissance de Pharaon, il y eut donc grand festin à la cour.» (40:8-19).

Les prédictions de Joseph se réalisèrent à la lettre; mais, par malheur pour lui, l’échanson veinard l’oublia complètement.

Deux années se passèrent. Le roi d’Egypte eut aussi un songe qui l’intrigua d’une manière violente. Il crut être sur le bord d’un fleuve, d’où sortirent sept vaches grasses et belles, puis sept vaches maigres et laides; et les vaches maigres dévorèrent les vaches grasses. S’étant réveillé, il se rendormit, et vit sept épis très beaux à une même tige, et sept autres épis desséchés qui mangèrent les autres.

Pharaon se demandait quel était le sens mystérieux de ce double songe; il consulta tous les devins et sages de son royaume; la réponse générale fut que le rêve royal était aussi incompréhensible qu’extraordinaire. L’échanson se souvint alors de son ancien compagnon de prison; il en parla favorablement au monarque, qui le fit comparaître devant lui. Le fils de Jacob avait vieilli durant sa longue captivité; la Bible nous dit qu’il fut présenté au roi, après qu’on l’eût rasé et habillé.

Joseph, interrogé, répondit: — Le double songe de Pharaon n’a qu’un seul et même sens. Les sept vaches grasses et les sept beaux épis signifient sept années d’abondance; les sept vaches maigres et les sept épis desséchés signifient sept années de stérilité. Il faut donc que le roi choisisse un homme sage et habile, qui gouverne tout le royaume d’Egypte et qui établisse des préposés, chargés de garder chaque année la cinquième partie des fruits.

Le conseil plut à Pharaon et à ses ministres.

Et le roi dit à ceux-ci:

— Où pourrions-nous trouver un homme aussi rempli que ce juif de l’esprit de Dieu?

Après quoi, se tournant vers Joseph, il lui dit:

— Puisque Dieu t’a montré tout ce que tu m’as dit, où pourrais-je trouver quelqu’un de plus sage que toi?

Là-dessus, il lui donna son anneau, le revêtit d’une robe de lin fin, lui mit au cou un magnifique collier d’or, et le fit monter sur un char; et un héraut, précédant Joseph, criait au peuple:

— Que tout le monde fléchisse le genou devant le gouverneur de l’Egypte!

Ce n’est pas tout. Sur l’avis du roi, Joseph changea de nom, et il s’appela dès lors Tsaphénath-Pahanéah. Puis, Pharaon le maria, et vous ne devineriez jamais, chers lecteurs, qui Sa Majesté lui donna pour femme. — La Genèse nous avait déjà procuré un étonnement, quand nous y lûmes tout-à coup que l’eunuque Putiphar était marié; eh bien, le divin pigeon nous gardait en réserve une nouvelle surprise. Pendant la longue captivité de Joseph, cet eunuque pourvu d’une femme très inflammable avait changé de fonctions: aux chapitres 37 et 39, nous l’avons vu prévôt de l’hôtel du roi; au chapitre 41, nous le retrouvons prêtre d’Héliopolis. Or, pendant ce temps, Madame Putiphar devint mère; ce qui donne à croire que les dieux des Égyptiens faisaient, eux aussi, des miracles. Avec les livres saints de n’importe quelle mythologie, il faut tout admettre: or, l’on constate qu’au chapitre 41 Putiphar n’est plus qualifié d’eunuque par la surépatante Genèse; une prière au saint Antoine de cette époque-là lui avait donc fait retrouver ce qu’il avait perdu. Et voilà, sans aucun doute, comment Putiphar, devenu prêtre d’Héliopolis, ville sainte d’Égypte, fut papa d’une délicieuse petite fille, nommée Aseneth, laquelle grandit en âge et en beauté et se trouva là bien à point pour être Madame Tsaphénath-Pahanéah, lorsque Joseph fut nommé premier ministre. Et l’on ne saurait trop admirer l’esprit de justice de Pharaon: le vertueux Joseph avait durement souffert par suite de la bêtise de Putiphar et de la coquinerie de son ardente épouse; nulle autre réparation n’eût été aussi équitable. Moralité: Putiphar, n’ayant pas été cocufié par Joseph, lui devait bien de le prendre pour gendre; c’est clair!

Cette partie de l’histoire de Joseph permet d’émettre une réflexion venant à l’appui d’une observation qui a été faite au début de cet ouvrage. Les Juifs, avons-nous remarqué, disent «les dieux» à propos de la création et en de nombreuses circonstances, et cependant ils n’adorent qu’un seul dieu, Jéhovah, divinité suprême, qu’ils ne divisent pas en trois personnes, comme les chrétiens; ils reconnaissaient donc autrefois l’existence d’autres dieux que le leur. En effet, selon eux, les autres peuples avaient aussi leurs dieux propres, et ils croyaient au pouvoir surnaturel de ces dieux-là, sans voir aucunement en eux des diables; seulement, leur amour-propre national leur faisait admettre que Jéhovah, divinité des Juifs, était plus puissant que tous les autres dieux. C’est pourquoi nous voyons ici la Genèse faire ressortir le plus grand pouvoir du dieu de Joseph. Putiphar, l’échanson, Pharaon et ses ministres, en un mot, tous les Égyptiens qui sont mis en scène ont une autre religion que celle du fils de Jacob; mais ils n’abandonnent pas leurs dieux parce que Joseph, inspiré par Jéhovah, est plus clairvoyant que les prêtres de leur cuite. Chacun garde sa croyance, attendu que dans l’esprit de chacun la foi des uns n’est pas en contradiction avec la foi des autres. Joseph demeure fidèle à Jéhovah, même en épousant la fille d’un prêtre d’Apis, le dieu-bœuf, et il fera bon ménage avec Aseneth, sans que celle-ci ait à embrasser la religion juive. A ce point de vue, cet épisode de la Bible est donc très significatif. Joseph ne profite pas de l’autorité presque souveraine qu’il acquiert, pour taire du prosélytisme eu faveur de sa religion personnelle; il lui suffit de savoir que son Jéhovah possède une puissance surnaturelle plus forte et plus étendue que celle des divinités de ses administrés.

Maintenant, si de la Bible hébraïque on rapproche le Coran musulman, on constate que les Arabes et les Juifs avaient un fonds commun de légendes, où ont puisé les auteurs sacrés des deux religions. Avant que la Genèse fût écrite, on se racontait dans ces contrées la merveilleuse histoire de Joseph; mais elle a varié dans ses détails, à travers les générations et en se répétant chez les divers peuples sortis de l’Arabie. Ainsi, selon le Coran, Putiphar n’était pas eunuque, et Aseneth vivait déjà, était une enfant au berceau, lorsque sa mère accusa Joseph d’avoir voulu la violer. Celte petite fille se montra fort judicieuse dès ses premières années. Un jour, son père parlait de l’incident, dont il resta longtemps préoccupé; il avait même gardé le fameux manteau que sa femme avait arraché à Joseph et qui s’était quelque peu déchiré dans la lutte. Un des serviteurs conseilla à Putiphar de demander à la petite Aseneth ce qu’elle pensait de tout cela; la fillette, qui commençait à peine à parler, dit: «Écoutez, mon père; si ma mère a déchiré le manteau de Joseph par devant, c’est une preuve que Joseph voulait la prendre de force; mais si le manteau se trouve déchiré par derrière, c’est une preuve que ma mère courait après Joseph.» De toutes façons, on le voit, Aseneth était prédestinée à devenir Madame Joseph.

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