La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Arrivons à l’histoire de Joseph, dont les débuts font l’objet du chapitre 37 de la Genèse.
De tous ses enfants, celui que Jacob chérissait le plus était Joseph, à qui il avait octroyé une très belle robe à rayures de couleurs vives. Joseph, qui a laissé une réputation de devin de songes et qui aurait rendu des points aux somnambules les plus extra-lucides, entra de bonne heure dans cette carrière; à dix-sept ans, il étonnait déjà sa famille. Par malheur pour lui, il racontait naïvement ses propres songes, et ses songes étaient en général de nature à le rehausser lui-même et à humilier ses onze frères. Un jour, il avait rêvé que, tandis qu’on liait des gerbes dans un champ, sa gerbe s’était levée et tenue debout, et qu’alors les gerbes de ses frères s’étaient prosternées devant la sienne. Un autre jour, c’était le soleil, la lune et onze étoiles qui étaient venus lui faire de profondes révérences pendant son sommeil.
Cette manie ayant fini par agacer neuf de ses frères, ceux-ci prirent Joseph à tic. Or, un matin, Jacob l’ayant envoyé rejoindre ses frères, qui faisaient paître leurs troupeaux dans la campagne de Dothaïn, neuf de ses frères, le voyant venir, conspirèrent de le tuer. Ruben s’opposa au meurtre; mais Joseph, ayant été dépouillé de sa belle robe, fut descendu dans un vieux puits desséché.
Sur ces entrefaites, passèrent des marchands; l’auteur sacré les qualifie tantôt d’ismaëlites et tantôt de madianites, ce qui n’est pas la même chose; mais passons. Alors, Juda, pris de remords à la pensée que le jeune homme risquait fort de mourir de faim au fond du puits, proposa à ses frères une petite opération commerciale dont Joseph serait la marchandise; c’était du même coup faire une affaire et de la philanthropie.
Tope-là! Les ismaélites ou madianites achetèrent l’adolescent pour vingt pièces d’argent; ce qui n’était vraiment pas cher. On retira Joseph de son puits, et les marchands en prirent livraison pour l’emmener avec eux dans des pays lointains.
Or, Ruben et Benjamin étaient les seuls qui n’avaient pas participé à ce trafic; Benjamin qui était encore très jeune, demeurait à la maison. Quant à Ruben, il s’était éloigné de ses frères, — l’auteur sacré ne dit pas pourquoi, — après la descente de Joseph dans le puits, et il s’était trouvé absent, lors de la négociation avec les marchands nomades; selon la Bible, Ruben avait même eu la secrète intention de venir retirer Joseph du puits et de le ramener à leur père. Il fut donc fort chagrin de trouver le puits vide; il courut à ses frères et leur dit: «L’enfant n’est plus dans le puits, et moi, moi, où irai-je?…» Les autres, malins et hypocrites comme de vieux sacristains, teignirent du sang d’un bouc la belle robe bigarrée de l’infortunée, et ils l’envoyèrent à Jacob, avec ce message:
«Voici ce que nous avons trouvé; cela nous parait être la robe de Joseph; reconnais si c’est bien ça.»
Jacob s’écria:
«Hélas! c’est vraiment la robe de mon fils chéri! il aura été rencontré par une bête féroce! il a été dévoré! voilà tout ce qui reste de lui!»
Et il fut dans un grand désespoir. D’abord, il déchira tous ses vêtements; ensuite, il se revêtit d’un cilice et pleura Joseph pendant plusieurs jours. Et il disait, au milieu de ses larmes:
«Je descendrai dans la fosse avec mon fils!» (37:33-35)
D’autre part, les marchands avaient conduit Joseph en Egypte, et là, ils le revendirent à un haut personnage de la cour; l’auteur sacré le nomme et énumère ses titres et qualités: c’était le sire «Putiphar, eunuque du roi Pharaon, prévôt de l’hôtel». Dans un des chapitres suivants, l’impayable Genèse nous apprendra que Putiphar, quoique eunuque, était marié.
Mais n’anticipons pas. Pendant que Joseph est esclave chez Putiphar, une nouvelle série d’épisodes édifiants se déroule dans la famille de Juda, le quatrième fils de Jacob.
«En ce temps-là, Juda se rendit chez un addullamite nommé Hira. — Là, il lia connaissance avec la fille d’un nommé Sçuah, cananéen; il la prit et coucha avec elle.» (38:1-2)
On remarquera que papa Bon Dieu a beau défendre à ses patriarches de prendre pour femmes des idolâtres, et, en particulier, des cananéennes, race maudite, les patriarches ne tiennent guère compte de ces défenses et n’en sont pas moins chéris de Jéhovah. Plus tard, les chrétiens, adoptant les bêtises et les turpitudes de la Bible juive, feront, pour la généalogie de leur Jésus, les choix les plus stupéfiants; ils lui donneront pour aïeules précisément les idolâtres, les adultères et les prostituées.
«Or, la femme de Juda conçut, et elle lui enfanta un fils qui fut nommé Her. — Elle conçut encore, et son second fils fut nommé Onan. — Et elle enfanta un troisième fils, qui reçut le nom de Séla. — Plus tard, Juda fit épouser à Her son premier-né, une fille nommée Thamar. — Mais Her était méchant devant l’Éternel, et Dieu le tua.» (38:3-7)
La sagacité des théologiens s’est exercée au sujet du crime de Her, la Bible n’en disant pas davantage; vu la suite de l’historiette, et en considérant que Dieu avait décidé de faire descendre de Juda son Messie, les commentateurs catholiques ont conclu que ce crime consistait à n’user de sa femme qu’à la mode des Sodomites. Dieu fit mourir Her, disent-ils, parce qu’il agissait ainsi pour ne pas avoir d’enfants; et la preuve, c’est que le texte sacré emploie ici l’expression «méchant devant l’Éternel», qui est exactement celle dont Jéhovah se servit plus haut, quand il se plaignit des mœurs de messieurs les maris de Sodome. Quoi qu’il en soit, on va voir que Thamar n’eut pas de chance avec ses époux.
«Alors, Juda dit à Onan: Entre en la veuve de ton frère, et qu’elle soit ta femme; ainsi tu susciteras la semence de ton frère.» (38:8)
C’est textuel, vous savez! Et ceci veut dire que, selon la coutume juive, les enfants naissant dans ces conditions seraient les héritiers du défunt, et non de leur véritable père.
«Mais Onan, sachant que les enfants qu’il ferait ne seraient pas considérés comme les siens, répandait sa semence par terre chaque fois qu’il s’approchait de sa femme, afin de ne pas donner des enfants à son frère.» (38:9)
Absolument textuel, ça encore! Le nom d’onanisme vient de cet édifiant épisode biblique.
«Et cette conduite déplut à l’Eternel, et Dieu tua aussi Onan.» (38:10)
«C’est pourquoi Juda dit à Thamar sa bru: Va-t’en; reste veuve dans la maison de ton père, jusqu’à ce que Séla, mon dernier fils, soit en âge de devenir ton époux. Elle s’en alla donc et habita chez son père. — Plusieurs jours après, la fille de Sçuah, que Juda avait épousée, mourut. Puis Juda s’en consola, et il monta à Timnath, pour voir tondre ses brebis, en compagnie de Hira son intime ami. — Or, quelqu’un informa Thamar de ce qui se passait, c’est-à-dire que Juda venait dans le pays. — Alors Thamar, qui savait que Séla était devenu grand et voyait avec peine qu’il ne lui avait pas été donné pour mari, quitta ses effets de veuve, se revêtit d’un voile dont elle s’enveloppa, et elle vint s’asseoir dans un carrefour, à l’angle du chemin qui conduisait à Timnath. — Et quand Juda l’aperçut, il la prit pour une prostituée, à cause de sa posture et de son voile. — Il vint à elle sur le chemin et lui dit: Veux-tu bien que je couche avec toi? car il ne soupçonnait pas que c’était sa bru. Et elle lui répondit: Que me donneras-tu pour coucher avec moi? — Juda dit: Je t’enverrai demain un chevreau de mon troupeau. Elle répliqua: Je ferai donc ce que tu voudras; mais d’abord, il me faut un gage pour m’assurer que tu m’enverras le chevreau que tu me promets. — Quel gage exiges-tu? demanda Juda. Et Thamar répondit: Ton anneau, ton mouchoir et ce bâton que tu as à la main. Juda les lui donna, et alors il entra en elle, au bord du chemin, et ainsi elle fut enceinte de ses œuvres. — Après quoi, elle se leva et s’en alla; puis, ayant quitté son voile, elle reprit ses vêtements de veuve. — Cependant. Juda envoya le chevreau promis, l’ayant remis à son ami Mira, afin qu’il se lit rendre les gages donnés à cette femme; mais Hira ne la trouva plus. — Et il interrogea les gens de la localité où elle s’était tenue pour attirer Juda, et il disait à tous: Où est donc cette prostituée qui se tient dans le carrefour et sur le chemin? Ils répondirent: Il n’y a point eu par ici de femme de mauvaise vie. — Hira retourna vers Juda, lui dit qu’il n’avait point trouvé cette femme, et il lui rapporta les paroles des gens de la localité. — Et Juda dit: Soit, qu’elle garde mes gages; elle ne pourra pas m’accuser au moins de n’avoir pas voulu la payer! Ne lui ai-je pas envoyé le chevreau promis? mais tu ne l’as point trouvée. — Or, il arriva qu’environ trois mois après, on fit un rapport à Juda: Thamar, ta bru, vint-on lui dire, est tombée dans la paillardise, et voici même que son ventre commence à s’enfler. Juda répondit: Qu’on aille la chercher au plus vite, et qu’elle soit brûlée! — Comme on la conduisait au supplice, elle envoya à Juda son anneau, son mouchoir et son bâton, disant: Si je suis enceinte, c’est par le fait de l’homme à qui ces choses appartiennent; que l’on fasse donc reconnaître ces objets. — Alors, Juda, les ayant reconnus, s’écria: Ella est plus juste que moi; elle s’est fait engrosser par moi, parce que j’ai oublié de la donner à Séla, mon troisième fils. Et Juda ne coucha plus avec elle. — Or, quand Thamar fut sur le point d’accoucher, on s’aperçut qu’elle avait deux jumeaux dans le ventre. — Et, au moment de la délivrance, un des jumeaux mit la main dehors, et la sage-femme la prit et la lia avec un ruban écarlate, croyant qu’il allait sortir le premier. — Mais aussitôt cet enfant retira sa main et poussa son frère, et celui-ci sortit. Et Thamar lui dit: Quelle énorme brèche tu m’as faite, mon fils! Que la brèche soit sur toi! C’est pourquoi on le nomma Pharès. — Ensuite sortit l’enfant qui avait à la main un ruban écarlate, et on le nomma Zara.» (38:11-30)