La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«Les fils de Jacob, étant revenus des champs et ayant appris ce qui était arrivé furent extrêmement fâchés et fort irrités, et dirent que Sichem avait commis une action infâme contre Israël en couchant avec la fille de Jacob, ce qui ne se devait point faire. — Hémor leur parla donc et leur dit: Sichem, mon fils, a beaucoup d’amour pour Dina; accordez, je vous prie, qu’elle soit sa femme. — Et vous-mêmes, alliez-vous avec nous; donnez-nous vos filles et prenez nos filles pour vous. — Et habitez parmi nous; tout le pays sera à votre disposition; cultivez-le, faites-y du commerce, et même possédez-le. — Quant à Sichem, il dit à son tour au père et aux frères de la petite fille: Que je trouve grâce devant vous! et je donnerai tout ce qui vous plaira. — Imposez-moi de fournir une riche dot, demandez-moi de nombreux présents; tout ce que vous voudrez, je vous le donnerai; mais donnez-moi la petite Dina pour femme! — Alors, les fils de Jacob, trompant à dessein Hémor et Sichem, répondirent: — Nous ne pouvons accorder notre sœur à un incirconcis; car ce serait pour nous un opprobre. — Mais nous consentirons à ce que vous voulez, si tous les mâles qui sont parmi vous acceptent de se couper le prépuce. — Alors, oui, nous vous donnerons nos filles, et nous nous marierons avec les vôtres; et nous habiterons parmi vous, et nous ne serons plus qu’un seul peuple; — mais, si vous ne voulez pas vous circoncire tous, nous reprendrons Dina, notre petite sœur, et nous nous en irons. — Et ce discours plut à Hémor et à Sichem. — Et le jeune prince ne différa point de faire ce qui lui était proposé; car son amour pour la fille de Jacob remplissait son cœur.» (34:7-19)
Là-dessus, le roi Hémor et son fils rassemblèrent le peuple et lui répétèrent les propositions qui venaient de leur être faites. L’alliance avec la famille de Jacob fut acceptée à l’unanimité. Il y eut une circoncision générale de tous les mâles de la cité (v. 24).
Mais,
«trois jours après, deux des fils de Jacob, Siméon et Lévi, ayant pris leur épée, entrèrent hardiment dans la ville et tuèrent tous les hommes. — Ils égorgèrent aussi Hémor et Sichem, reprirent Dina et l’emmenèrent. — Puis, tous les enfants de Jacob se jetèrent sur les morts, les dépouillèrent et mirent la ville au pillage, criant qu’ils vengeaient ainsi leur sœur d’avoir été prise. — Et ils s’emparèrent des troupeaux, des bœufs, des ânes et de tout ce que les habitants possédaient à la ville et aux champs. — Et ils emmenèrent prisonniers les enfants et les femmes, après avoir tout saccagé et pris tout ce qui était dans les maisons.» (34:25-29)
Tout ceci est bien horrible. Les fils et les gens de la caravane de Jacob se comportent comme les derniers des gredins à l’égard de cette population qui les avait reçus si fraternellement, qui avait poussé l’amitié jusqu’à accepter leur pratique rituelle la plus absurde, la circoncision. Jamais assassins ne furent ni plus perfides, ni plus voleurs, ni plus sanguinaires. Mais l’horreur du crime s’efface devant l’invraisemblance de telles monstruosités, et là encore le sceptique apprécie en dilettante la mystification du pigeon Saint-Esprit. Ce Siméon et ce Lévi, auteurs de cet effroyable carnage, sont deux gamins ayant cessé à peine d’avoir la morve au nez; Siméon naquit dans la neuvième année du séjour de Jacob chez Laban, et Lévi dans la dixième; ils n’avaient donc que onze et dix ans, d’après la Bible, quand, à eux deux, ils massacrèrent le roi Hémor, le prince Sichem et tous leurs sujets mâles. Il est vrai que Siméon et Lévi, ayant dans les veines le sang d’un pékin qui avait rossé Dieu en personne, devaient être des gosses bien terribles!… On en fait plus, de cette trempe-là!…
Le chapitre 35 de la Genèse nous apprend que Jacob, étant tout-à-coup navré de ce que ses femmes étaient idolâtres et se disant que cela pouvait lui porter malheur, «dit à sa famille et à tous ceux qui étaient avec lui: Jetez loin de vous tous les dieux étrangers que vous avez; purifiez-vous et changez de vêtements» (v. 2). Aussitôt dit que fait; Rachel, Lia, Zelpha, Béla, etc., etc., livrèrent leurs idoles à Jacob, qui les enterra au pied d’un chêne, aux environs de la ville que l’on venait de dévaster. Jéhovah, charmé de cette belle action, troubla la tête de tous les habitants de la contrée, et ceux-ci «ne songèrent point à poursuivre Jacob et ses enfants» (v. 5). Nous avons aussi dans ce chapitre une nouvelle apparition de papa Bon Dieu, avec discours à Jacob; mais c’est toujours la même rengaine. Puis, vers le printemps, Jacob arrive sur une route qui mène à Ephrata. Là, Rachel eut des couches si douloureuses, qu’elles la mirent à mort. «Son âme étant près de s’exhaler, elle donna à son fils le nom de Benoni, le fils de ma douleur; mais Jacob le nomma Benjamin, le fils de ma cuisse droite» (v. 18). Jacob ensevelit là sa chère Rachel et mit sur sa sépulture une pierre que les musulmans montrent encore aujourd’hui. Or, tandis que Jacob pleurait Rachel, le jeune Ruben, fils aîné qu’il avait eu de Lia, profita de sa douloureuse distraction pour se glisser auprès de l’une des femmes du patriache; il séduisit donc sa belle-mère Béla et coucha avec elle; mais, quand Jacob sut qu’il était cocufié par son fils, il ferma les yeux et ne se fâcha point, du moins pour le moment. Enfin, Jacob, revenu dans la plaine de Mambré, y retrouva son père Isaac: celui-ci mourut quelque temps après; il avait alors cent quatre-vingts ans. Isaac fut enterré par Esaü et Jacob.
Jacob était donc à la tête d’une nombreuse famille, mais Esaü aussi. Le chapitre 36 nous donne un important aperçu de la postérité de ce dernier; c’est une vraie kyrielle de «ducs», aux noms tous plus épatants les uns que les autres.
Dans ce chapitre et dans le précédent, les critiques signalent deux versets, qui permettent de dire que les cinq premiers livres de la Bible sont mensongèrement attribués à Moïse. Ainsi, il est dit au verset 19 du chapitre 35: «Rachel fut ensevelie sur la route qui mène à Ephrata, aujourd’hui Bethléem.» Or, la ville dont il s’agit ne pouvait s’appeler Ephrata, au temps où Moïse est censé écrire, attendu que cette dénomination est indiquée plus loin comme ayant été fixée par un certain Caleb, qui avait pour femme une certaine Ephrata; ce Caleb donna le nom de sa femme à la bourgade alors naissante; et Caleb était contemporain de Josué, successeur de Moïse. A plus forte raison Moïse ne pouvait-il citer le nom de Bethléem, qui remplaça, plusieurs siècles après, le nom d’Ephrata. Au verset 31 du chapitre 36, le véritable écrivain de la Genèse se trahit plus maladroitement encore; ce verset, qui suit une nomenclature de descendants d’Esaü, est ainsi conçu: «Ce sont là les rois qui ont régné au pays d’Edom, avant que les enfants d’Israël eussent un roi.» Il est évident que ces lignes ne peuvent avoir été écrites que postérieurement à la première royauté juive, c’est-à-dire après Saül. Si, dans une histoire d’une nation d’Europe, on trouvait, par exemple ceci: «Ces princes gouvernèrent diverses principautés d’Allemagne, bien avant que la France fût en République, sous le régime d’une assemblée parlementaire nommée Convention», on serait unanime à déclarer que le livre a forcément été écrit pendant ou après la Convention, mais non avant la première République française.