La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«Alors, Isaac fit entrer aussitôt Rébecca dans la tente qui avait été celle de Sara, sa mère; et il prit Rébecca pour femme; et il l’aima tant, qu’ainsi il fut consolé de la mort de sa mère.» (24:67)
Dans les premiers temps, Isaac eut beau exécuter des prodiges de bonne volonté, il ne réussissait pas à devenir papa aussi vite qu’il l’aurait voulu. Il n’en faut pas davantage pour que la Genèse accuse Rébecca de stérilité; c’est toujours la faute des femmes, parbleu!
«Et Isaac, voyant sa femme inféconde, pria instamment l’Eternel pour elle; et l’Eternel fut fléchi par ses prières, et Rébecca conçut.» (25:21)
Entre nous, Jéhovah faisait des manières; car, oui ou non avait-il promis à Abraham qu’il aurait une descendance à n’en plus finir? Oui, n’est-ce pas? Or, c’est sa Providence elle-même qui avait choisi Rébecca pour être l’épouse du fils d’Abraham; papa Bon Dieu ne pouvait donc pas, sans faillir à sa parole, avoir donné à Isaac une femme improductive. C’est clair. S’il avait encore fermé cette vulve, c’était donc purement et simplement histoire de se payer le plaisir de la rouvrir, après avoir fait un peu poser l’héritier de son bienaimé Alphonse Abraham.
Mais ici l’histoire se complique.
«Or, Rébecca ayant conçu, deux enfants étaient dans son ventre, et ils s’y battaient. Et Rébecca dit: S’il en est ainsi, pourquoi ai-je conçu? Et elle alla consulter l’Eternel.» (25:22)
On ne voit pas bien comment deux foetus peuvent se battre dans une matrice, surtout au commencement d’une grossesse. Une femme peut sentir des douleurs; mais de là à sentir qu’il y a en elle des séances de boxe et de chausson entre deux jumeaux, il y a loin! d’autant plus que, jusqu’à la délivrance, on ne sait jamais si un seul enfant viendra ou s’il y aura deux jumeaux; le médecin accoucheur lui-même ne saurait prophétiser à ce sujet; même, dans l’accouchement, an moment où l’enfant se présente, nul praticien ne peut affirmer si l’enfantement sera simple ou double.
L’auteur sacré néglige de dire en quel endroit Rébecca se rendit pour consulter papa Bon Dieu. Le tabernacle n’avait pas été encore inventé. C’était Jéhovah qui apparaissait quand il voulait; il n’avait élu aucun domicile sur terre.
Néanmoins, il fut consulté, et il répondit:
«Deux nations sont dans ton ventre, dit l’Eternel à Rébecca, et deux peuples sortiront de ta vulve; ils se diviseront; l’un des deux sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera assujetti au plus petit.» (25:23)
Enfin, le temps de l’accouchement vint; Rébecca eut les douleurs, en punition de la gourmandise d’Ève, «et voilà qu’on trouva deux jumeaux dans sa matrice. Le premier qui sortit était roux et hérissé de poils, comme un manteau; son nom est Ésaü. Et aussitôt après, sortit son frère, tenant avec sa main le talon d’Esaü; et on l’appela Jacob. Or, Isaac avait soixante ans, quand ils naquirent.» (25:24-26) Il est rare qu’un enfant naisse tout velu, si rare qu’Ésaü en est le seul exemple. Il n’est pas moins rare qu’un enfant, en naissant, en tienne un autre par le pied. Mais, de ce que ces choses-là n’arrivent plus aujourd’hui, il ne faudrait pas en conclure qu’elles n’ont pas dû arriver alors. Ces fantaisies de Jéhovah ne sont rien auprès d’autres miracles que nous aurons à rapporter.
Ce fut Esaü qu’on déclara l’aîné. On sait que la question de primogéniture est tranchée, dans diverses jurisprudences, au profit de celui des deux jumeaux qui est venu au monde le second, et, pour décider ainsi, on s’appuie sur ce que, conçu et formé le premier, il a dû occuper le fond de la cavité utérine. A raison de cela, peut-être pensera-t-on que Jacob était plus naturellement l’aîné qu’Ésaü. Mais ces enfants s’étaient tellement battus dans le ventre de leur mère, qu’ils avaient, sans doute, changé fort souvent de place! On ne songea donc pas à tirer à la courte paille à qui revenait le titre d’aîné, et l’on jugea plus simple de le donner à celui qui avait vu la lumière le premier. D’ailleurs, Jacob n’allait pas tarder à se substituer à Ésaü.
«Lorsqu’ils furent adultes, Ésaü fut un habile chasseur et homme de campagne; mais Jacob était un homme simple, se tenant à demeure dans les tentes. — Et Isaac aimait Ésaü, parce que la venaison était sa viande préférée; par contre, Rébecca aimait Jacob. — Or, un jour que Jacob faisait cuire un potage de lentilles, Esaü survint des champs, étant très fatigué. — Et il dit à Jacob: Donne-moi, je t’en prie, à manger de ce potage roux, parce que je suis harassé. C’est pour cela qu’on l’appela Edom. — Mais Jacob lui répondit: Vends-moi aujourd’hui ton droit d’aînesse. — Je me meurs de faim, repartit Ésaü; à quoi me servirait mon droit d’aînesse? — Et Jacob insista, disant: Jure-moi donc que tu y renonces. Et Esaü le lui jura, et ainsi il vendit son droit d’aînesse à Jacob. — Alors, Jacob donna à son frère du pain et le potage de lentilles. Et Ésaü mangea et but, puis il se leva et s’en alla, ayant dédaigné ainsi son droit d’aînesse.» (25:27-34)
Nous ne nous arrêterons pas à discuter la bizarrerie de celte chicane, à une époque où il n’y avait pas encore de droit d’aînesse, puisqu’il n’existait aucune loi positive; ce n’est que très longtemps après, dans le Deutéronome, que l’on voit instituer ce droit, le législateur déclarant que l’aîné aura une double portion. Mais il est surtout intéressant de faire remarquer, avec les philosophes, à quel point la conduite de Jacob fut indigne: c’est d’après le texte sacré même qu’Esaü périssait de faim et que Jacob, abusant de l’état où se trouvait son frère, est sans excuse; la Bible n’a pas un mot pour le justifier. D’ailleurs, le nom de Jacob signifie «celui qui supplante». Il semble, en effet, bien mériter ce nom, puisqu’il supplanta toujours Esaü. Il ne se contente pas de lui vendre ses lentilles si chèrement; comme un brigand qui fait signer à sa victime une demande de rançon, il arrache à son frère le serment de renonciation à ses droits; il le ruine pour une écuelle de purée sans aucune valeur; et ce n’est pas le seul tort qu’il lui fera. Eh bien, ce marché où l’affamé est cyniquement exploité et dupé, cette transaction caduque par elle-même, cette renonciation extorquée que n’importe quel tribunal aurait déclaré nulle, le seigneur Jéhovah, prétendu dieu de justice, protecteur des faibles, vengeur des opprimés, a ratifié tout cela, a agréé Jacob comme légitime propriétaire de ces fameux droits de primogéniture, et la dépossession d’Esaü a été reconnue par Dieu régulière et valable à jamais.
Quelque temps après, Isaac se montra le digne fils d’Abraham. Une grande famine étant survenue, Isaac se rendit à Gérare, où régnait toujours Abimélec, que la Genèse appelle tout-à-coup roi des Philistins. Dieu aurait pu donner du pain à Isaac, pour lui et sa famille; mais non, il préféra le favoriser d’une vision, dans laquelle il lui tint un discours exactement semblable à ceux dont il régalait Abraham: Je multiplierai ta semence comme les étoiles du ciel, je donnerai à ta postérité toutes les terres, et toutes les nations de la terre seront bénies en ta semence (air connu). Isaac demeura donc à Gérare, et quand les gens du pays l’interrogeaient sur Rébecca, il répondait: C’est ma sœur (26: 1-7).
«Or, un jour, Abimélec, roi des Philistins, regardait par sa fenêtre, et, à sa grande surprise, il vit qu’Isaac caressait Rébecca. — Alors, il fît venir auprès de lui Isaac, et il lui dit: Il est certain, je l’ai vu, que cette femme est ton épouse; alors, pourquoi as-tu dit à tous qu’elle est ta sœur? Et Isaac répondit: J’ai eu peur qu’on ne me tuât à cause de sa beauté. — Et Abimélec s’écria: Que nous as-tu fait là? Il s’en est fallu de peu que quelqu’un de mon peuple n’ait couché avec ta femme, et tu nous aurais attiré ainsi un grand péché! — Abimélec fit donc une ordonnance, édictée pour tout le peuple et portant ceci: Quiconque touchera Isaac ou sa femme sera puni de mort.» (26:8-11)