Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]
Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique. Tandis que la guerre est sur le point de ravager l'Europe, Jacques tente désespérément de sauver la paix, mais l'assassinat de Jaurès précipite le monde dans l'horreur, horreur à laquelle le jeune homme se refuse. Antoine, lui, participe au conflit. En 1918, survivant condamné par les gaz des champs de bataille, il comprend enfin le sens de la vie de son frère et les limites de la sienne.
1 ... 32 33 34 35 36 37 38 39 40 ... 181
Перейти на страницу:

Des applaudissements déchaînés hachaient maintenant chacune de ses phrases. Il rassembla toute son énergie pour dominer le vacarme. Jenny voyait sa figure s’empourprer, sa mâchoire trembler, les muscles et les veines de son cou se gonfler sous l’effort.

— « L’heure est grave, mais tout dépend encore de nous ! L’outil dont nous disposons est si formidable que je ne crois même pas que nous aurions besoin de nous en servir ! La seule menace de la grève — si le gouvernement avait la certitude que le monde des travailleurs sera vraiment unanime à y recourir — suffirait à changer, du jour au lendemain, l’orientation d’une politique qui nous mène à l’abîme !… Notre devoir, mes amis ? Il est simple, il est clair ! Un seul objectif : la paix ! Union par-dessus toutes nos querelles de partis ! Union dans la résistance ! Union dans le refus ! Groupons-nous autour des chefs de l’Internationale ! Exigeons d’eux qu’ils mettent tout en œuvre pour organiser la grève et préparer ce grand assaut des forces prolétariennes, dont dépend le sort du pays, et celui de l’Europe ! ».

Il s’arrêta net. Il se sentait soudain vidé de toute substance.

Jenny le dévorait des yeux. Elle le vit battre des cils, hésiter, lever le bras et agiter la main. Un sourire épuisé crispait ses lèvres. Comme ivre, il tourna sur lui-même, et disparut entre deux portants.

La foule hurlait :

— « Bravo !… Il a raison !… À bas la guerre !… La grève !… Vive la paix !… »

Les ovations continuèrent, plusieurs minutes. Les auditeurs restaient là, debout à battre des mains, à crier, pour rappeler l’orateur.

Enfin, comme l’orateur ne reparaissait pas, ils se ruèrent, en tumulte, vers les sorties.

L’orateur, il était effondré dans la pénombre des coulisses. Assis sur une caisse derrière un entassement de vieux décors, trempé de sueur, fiévreux, brisé, il demeurait là, les cheveux en désordre, les coudes sur les genoux et les poings dans les yeux, n’ayant d’autre désir, dans ce naufrage, que de rester le plus longtemps possible seul, caché de tous.

C’est là que Jenny, conduite par Stefany, le trouva enfin, après plusieurs minutes de recherches.

Il dressa la tête, et, rasséréné soudain, sourit à la jeune fille, arrêtée devant lui. Elle le regardait au visage, les yeux fixes, sans un mot.

— « S’agit maintenant de sortir d’ici », grommela Stefany, derrière eux.

Jacques se leva.

La salle, vide, était plongée dans l’obscurité. Du dehors, on avait fermé les portes. Mais, dans un angle de la scène, une ampoule qui brûlait en veilleuse les guida vers un couloir : il menait à une sortie de service, derrière le théâtre. Ils longèrent une cave à charbon, et débouchèrent dans une courette encombrée de planches, de tréteaux. Elle donnait dans une ruelle qui paraissait déserte.

Mais, à peine y furent-ils engagés, que deux hommes se détachèrent de l’ombre.

— « Police ! » articula l’un d’eux, en tirant, avec un geste de prestidigitateur, un carton de sa poche, et en le fourrant sous le nez de Stefany. « Voulez-vous me faire voir vos papiers, s’il vous plaît ? »

Stefany tendit à l’inspecteur sa carte de presse :

— « Journaliste ! »

Le policier jeta distraitement les yeux sur la carte. C’était l’orateur qui l’intéressait.

Par bonheur, Jacques, dans ses pérégrinations de la journée avec Jenny, était passé chez Mourlan reprendre son portefeuille. Toutefois, il avait imprudemment gardé dans une poche de son pantalon les papiers de l’étudiant genevois, qui lui avaient servi à passer la frontière allemande. « S’ils me fouillent… », songea-t-il.

L’inspecteur ne poussa pas le zèle jusque-là. Il se contenta d’examiner à la lueur d’un réverbère le passeport de Jacques, et de vérifier, d’un coup d’œil professionnel, la ressemblance de la photo d’identité. Puis il griffonna quelques indications sur son carnet, en mouillant plusieurs fois son crayon.

— « Où êtes-vous domicilié ? »

— « À Genève. »

— « Où habitez-vous, à Paris ? »

Jacques eut une seconde d’hésitation. Il avait appris chez Mourlan que la chambre de la rue du Jour, où il avait logé avant son voyage et qui lui offrait toute sécurité, n’était plus libre. Il ne s’était pas encore mis en quête d’un nouveau gîte. Il pensait aller coucher ce soir dans le garni de la rue des Bernardins, au coin du quai de la Tournelle. Ce fut l’adresse qu’il donna, et dont le policier prit note.

Puis l’homme se tourna vers Jenny, qui se tenait tout près de Jacques. Elle n’avait sur elle que des cartes de visite, et, par hasard, une enveloppe de Daniel, qui était restée dans son sac à main. L’agent ne souleva aucune difficulté, et n’inscrivit même pas le nom de la jeune fille sur son carnet.

— « Merci », dit-il poliment.

Il toucha le bord de son chapeau, et s’éloigna, suivi de son acolyte.

— « La société se défend », constata Stefany, moqueur.

Jacques, maintenant, souriait :

— « Me voilà repéré… »

Jenny avait saisi son bras et s’y agrippait. Ses traits étaient décomposés :

— « Qu’est-ce qu’ils vont vous faire ? » demanda-t-elle, d’une voix blanche.

— « Mais rien, voyons ! »

Stefany se mit à rire :

— « Que voulez-vous qu’ils nous fassent ? Nous sommes parfaitement en règle. »

— « La seule chose qui m’embête un peu », avoua Jacques, « c’est d’avoir donné mon adresse à l’hôtel Liebaert. »

— « Tu en seras quitte, demain, pour aller loger ailleurs. »

La nuit était chaude. La ruelle exhalait un relent fétide. Jenny se serrait contre Jacques. Elle n’en pouvait plus d’émotion. Elle trébucha sur les pavés inégaux, se tordit la cheville, et serait tombée, s’il ne lui avait pas donné le bras. Elle s’arrêta un instant, et s’appuya de l’épaule au mur d’un hangar. Son pied lui faisait mal.

— « Oh ! Jacques… », murmura-t-elle. « Je me sens si fatiguée… »

— « Appuyez-vous sur moi. »

Elle lui devenait plus chère encore, à cause de sa lassitude.

La ruelle aboutissait à un boulevard, où des groupes bruyants achevaient de se disperser.

— « Asseyez-vous tous les deux sur ce banc », dit Stefany, avec autorité. « Moi, je file devant, pour ne pas manquer le dernier tram. Il y a une station de taxis devant l’Hôtel de Ville. Je vais vous en envoyer un. »

Lorsque, trois minutes plus tard, l’auto vint se ranger contre le trottoir, Jenny eut honte de sa faiblesse :

— « C’est stupide : j’aurais très bien pu marcher jusqu’au tramway… » Elle s’en voulait de l’entrave qu’elle était dans la vie de Jacques, elle qui, de tout temps, avait mis un point d’honneur à écarter les attentions.

Mais, à peine fut-elle dans la voiture, qu’elle se débarrassa de son chapeau et de son voile, pour mieux se pelotonner contre lui. Elle sentait, le long de sa joue, se soulever cette poitrine d’homme, sonore et chaude. Sans bouger la tête, elle leva la main, et, à tâtons, chercha la figure de Jacques. Il sourit, et elle s’en aperçut en touchant la bouche. Alors, comme si elle avait seulement voulu s’assurer qu’il était vraiment là, elle retira sa main, et, de nouveau, se blottit entre ses bras.

1 ... 32 33 34 35 36 37 38 39 40 ... 181
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)