Les derniers jours du paradis
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11644-9
- Переводчик: Gilles Goullet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:
Thomas dit qu’il avait faim et Cassie dut admettre se trouver dans le même cas : elle avait assez faim pour accepter un sandwich poulet-salade, même refroidi autant qu’en était capable le poussif réfrigérateur de Dowd. Thomas, Leo et Beth prirent la même chose. Dowd leur offrit des Coca et s’ouvrit une bière. « Bon, Leo… j’imagine que tu aurais pu ouvrir la portière de cette camionnette même sans clé, pas vrai ?
— Je ne sais pas. Qu’est-ce que vous voulez dire ?
— Ne fais pas ton timide. Ton papa m’a dit que tu étais passé devant le tribunal pour enfants à cause d’une histoire de tentative de vol de véhicule.
— C’était stupide. Je voulais frimer.
— C’est pour ça que tu n’as récolté qu’une amende et un sermon ?
— J’imagine que mon père vous a raconté ça aussi. Il est là ?
— Ton vieux ? Non.
— Où est-il, alors ?
— Werner Beck ne me tient pas informé de ses allées et venues, du moins pas souvent. Mais comme tu t’es pointé sans lui, ça m’étonnerait que les nouvelles soient bonnes. On m’avait dit que tu ne viendrais pas sans lui, sauf s’il arrivait quelque chose d’inattendu.
— Comment vous connaissez mon père ? Et qu’est-ce qu’elle a de si spécial, cette camionnette ?
— Eh bien, Leo, c’est une assez longue histoire. Que tu dois entendre, je suppose. C’est ton père qui est venu me trouver, à propos, et non l’inverse. Je vivais à Amarillo, c’était il y a presque dix ans. J’avais un petit studio, je joignais les deux bouts grâce au Travail fédéral et aux chèques de l’aide sociale. Ton vieux a tout simplement frappé à ma porte un jour. Il s’est présenté, il m’a dit qu’il avait lu un article sur moi dans le journal local et qu’il voulait savoir si c’était vrai.
— Si quoi était vrai ? »
Dowd caressa du pouce l’étiquette de sa cannette, le regard perdu dans la pénombre du garage. « Il faut que je commence par le commencement. Mais j’imagine que vous avez le temps. On va parler un peu. Ensuite on commencera à s’occuper de la voiture que tu as volée, à la rendre moins facile à identifier. Parce qu’on va bientôt devoir partir et qu’on ne tiendra pas tous dans la camionnette.
— Partir où ?
— Dans un endroit où j’espérais vraiment ne jamais retourner. Mais la vie se fout complètement de ce que vous espérez. » Il but longuement. « Vous ne trouvez pas ? »
14
Montmorency, Pennsylvanie
L’interstate 80 traversait la ville universitaire de Montmorency, en Pennsylvanie. L’Institut fédéral — l’un des établissements d’enseignement supérieur fondés par l’administration Wallace dans les années 1930 — était la plus importante entreprise de la ville, après les deux usines et la carrière de calcaire. L’agglomération était paisible dans la longue lumière de cet après-midi de fin novembre et un grand nombre des jolies maisons à ossature en bois avaient suspendu un drapeau américain à leur véranda. Il semblait faire bon vivre, à cet endroit.
Montmorency avait toutefois une autre caractéristique : c’était là où habitait feu Winston Bayliss, d’après les papiers d’identité trouvés par Ethan dans le portefeuille du sim mort.
Il avait été surpris que Nerissa suggère d’aller à l’adresse indiquée sur le permis de conduire. « Ça va nous faire un détour.
— Un petit.
— Je croyais que tu voulais retrouver Werner Beck le plus vite possible.
— Exact. Mais ça pourrait être important.
— Pourquoi ? Quel intérêt ? »
Elle haussa les épaules et détourna le regard.
« Et puis ça pourrait être dangereux, ajouta-t-il.
— Tout ce qu’on fait est dangereux. »
La veille au soir, plus ou moins pour la première fois, il avait parlé à Nerissa de leurs plans.
Elle avait quitté Buffalo furieuse, mais sans véritablement autre idée en tête qu’enrôler Ethan dans sa recherche de Cassie et de Thomas. Il comprenait cela. Ainsi que la culpabilité qu’elle devait ressentir. Les minutieuses précautions dont elle s’était entourée après les meurtres de 2007 avaient eu l’effet inverse, complètement inverse. Cassie et Thomas avaient pris la fuite en croyant à une nouvelle attaque de grande envergure. Conformément aux protocoles, ils étaient allés trouver le membre de la Society géographiquement le plus proche, qui se trouvait être Leo Beck. Leo avait quitté la ville (avec sa copine, une jeune femme du nom de Beth Vance), a priori pour retrouver son père. Rongée par l’idée que Cassie et Thomas pourraient la croire morte, Nerissa avait de plus raisonnablement peur qu’ils se mettent encore davantage en danger en allant trouver Werner Beck.
Ethan savait aussi qu’elle n’avait jamais apprécié cet homme. Elle l’avait rencontré deux ou trois fois à des réunions de la Society. « Même dans une communauté de paranos, avait-elle dit à l’une de ces occasions, ce type est d’une parano effrayante.
— Il a raison sur de nombreux points, avait répliqué Ethan. Et personne n’a mené de recherches plus utiles que lui.
— Il voit la Society comme l’avant-garde d’une espèce de rébellion humaine. On pourra s’estimer heureux s’il ne nous fait pas tous arrêter.
— Il est peut-être un peu cinglé. Mais il est intelligent et il dispose de gros moyens.
— Et tu crois que c’est une bonne combinaison ? »
Nerissa craignait donc que Cassie et Thomas se laissent influencer par Werner Beck, surtout depuis la sinistre confession du sim. Et Ethan était plus ou moins d’accord avec elle. Retrouver Cassie et Thomas, laisser Nerissa les protéger, abandonner Beck à ses propres guerres… Très bien. Ça ne lui posait aucun problème. Mais ensuite ?
Tout avait changé. On pouvait difficilement considérer le sim mort comme une source d’informations fiable, mais l’attaque de la ferme laissait penser qu’il avait au moins dit la vérité sur un point : l’hypercolonie était en proie à un conflit interne. Et les tentatives des survivants de la Society pour rester cachés avaient manifestement échoué : de toute évidence, les simulacres savaient parfaitement où les trouver. Dénicher une nouvelle cachette n’était donc pas envisageable : ils n’avaient jamais été véritablement cachés.
Par conséquent, même en supposant que Nerissa arrive à retrouver Cassie et Thomas… et ensuite ? Nerissa subvenait à ses besoins grâce à l’héritage laissé par ses parents à leur mort en 1998. Ethan avait liquidé l’ensemble de ses investissements en 2007 et s’était ensuite montré économe dans toutes ses dépenses (à part ses quelques achats d’armes et de coûteux systèmes de sécurité). Même jointes, leurs ressources restaient très modestes. Ils auraient l’un comme l’autre à trouver d’autres moyens de gagner leur vie et de se protéger (de protéger également Cassie, et Thomas) contre de futures attaques.
S’il y en avait un jour. À en croire le sim (ce qui était bien entendu impossible), l’hypercolonie agonisait. Si sa mort occasionnait une panne globale des communications, cela aurait des conséquences catastrophiques, au moins à court terme. Et même si on pouvait se remettre d’un tel désastre, il restait à savoir de quelle manière le monde fonctionnerait quand le bellicisme des humains cesserait d’être subtilement réprimé par l’hypercolonie.