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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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Ethan et Nerissa affrontaient les mêmes problèmes et Ethan avait l’impression qu’ils pouvaient s’entraider, mais on pouvait à peine qualifier cela de plan… ce n’était rien de plus qu’une pensée mélancolique. Cela faisait sept ans qu’il n’avait plus vu cette femme avec qui il avait été marié pendant une décennie. Et même si elle restait par bien des côtés celle qu’il avait aimée et épousée, elle avait changé sur d’autres points tout aussi importants. Il ne savait plus à quoi s’attendre de sa part. Leur ancienne intimité naturelle avait disparu. Elle lui était inconnue à quatre-vingt-dix pour cent.

À l’adresse de Winston Bayliss — du moins celle qui figurait sur son permis de conduire —, on trouvait une petite maison très semblable aux autres dans la rue. Avec à l’avant, comme beaucoup d’entre elles, une terrasse couverte en bois un peu délabrée. La pelouse avait jauni et s’était raréfiée durant l’automne. Un grand panier en faux rustique, garni de géraniums ayant succombé au dernier gel, faisait office de jardin.

Nerissa ouvrit la portière avant qu’Ethan puisse dire : « Holà… où tu vas ?

— Apparemment, la maison est toujours habitée. Peut-être par le vrai Winston Bayliss. Je vais frapper à la porte pour voir qui va m’ouvrir.

— Ça servira à quoi ? »

Elle ne lui répondit pas et il dut se dépêcher de la suivre, car elle remontait l’allée à grands pas déterminés. Elle grimpa sur la terrasse, sonna, puis tira la porte-moustiquaire et frappa.

J’aurais dû prendre le pistolet, songea Ethan… et s’il y avait un autre sim à l’intérieur, si la maison était une espèce de fabrique de sims ?… mais la porte s’ouvrit en grinçant sur une vieille femme aux épaules voûtées qui s’appuyait sur un déambulateur. Elle les regarda de derrière ses culs-de-bouteille. « Je me disais que c’était peut-être la thérapie ambulatoire. Sauf que non, hein ?

— Non, m’dame, confirma Nerissa sans broncher.

— Ah, bien sûr. Elle vient le mercredi. Désolée. Qu’est-ce que je peux faire pour vous, m’sieu-dame ?

— On s’est peut-être trompés d’adresse… Nous cherchons Winston Bayliss.

— Oh ! Eh bien, c’est la bonne adresse, mais pas la bonne porte. Winston a la sienne à l’arrière. Il vit au sous-sol. Il y a son propre appartement. Il l’a rénové lui-même.

— Ah… et il est chez lui, en ce moment ?

— J’ai peur que non. Il est parti à un congrès à Boca Rota jusqu’à la semaine prochaine. Un truc pour son travail, il m’a expliqué, mais je n’ai pas tout compris.

— Vous êtes sa propriétaire ? »

Elle eut un grand sourire. « Pardon, mais vous me faites rire. Non ! Je veux dire, d’accord, Winston me verse chaque mois une indemnité pour l’utilisation du sous-sol, mais je ne suis pas sa propriétaire. Je suis sa mère. Amanda Bayliss. Mme Carl Bayliss, même si Carl nous a quittés il y a cinq ans, maintenant. Vous vouliez voir Winston à quel sujet ?

— Nous sommes de la Caisse d’assurance Blue Horizon. M. Bayliss nous a contactés il y a un certain temps parce qu’il envisageait de souscrire une police chez nous. Nous espérions pouvoir lui en reparler.

— Eh bien, voilà qui ne se peut pas. »

Il faut reconnaître à Nerissa, se dit Ethan, qu’elle ne se laisse pas démonter. « Ah bon ? Et pourquoi ça ?

— Excusez-moi, mais ça me fatigue de rester debout… vous voulez entrer une minute ? Même si je ne crois pas que je vous achèterai une assurance.

— Bien sûr », dit Nerissa.

« Je vous proposerais bien du café, mais je n’en bois plus. Mon docteur me le déconseille. » Mme Bayliss fronça les sourcils. « Il y a peut-être de l’instantané dans le placard. Je peux vous mettre de l’eau à bouillir, si vous voulez.

— Merci beaucoup, m’dame, mais ce n’est pas la peine. »

Le salon de Mme Bayliss était une capsule temporelle dans laquelle aucun meuble ni objet ne semblait avoir moins de trente ans. Les photos sur les petites tables basses qui flanquaient le canapé représentaient un homme, peut-être feu Carl, et un enfant qui pourrait avoir été Winston (si celui-ci avait véritablement été enfant un jour). Les fenêtres à double vitrage avaient été fermées et les rideaux tirés, enfermant un silence dans lequel le tic-tac d’une pendule semblait ridiculement fort.

Rien ne laissait penser qu’ils ne se trouvaient pas bel et bien dans une maison habitée depuis longtemps par une vieille femme devenue veuve quelques années plus tôt. Mme Bayliss n’était pas forcément pour autant plus humaine que la créature qu’elle appelait son fils.

« Vous disiez douter que Winston envisage de s’assurer chez nous, reprit Nerissa. Puis-je vous demander pourquoi ? »

Mme Bayliss regarda Ethan. « Il vous arrive de parler, monsieur, ou vous êtes là juste pour décorer ?

— Je… suis en formation, parvint à répondre Ethan. J’interviendrai si nécessaire.

— Je me demandais juste. Bref, non. Non, je n’imagine pas Winston vouloir prendre une assurance. J’imagine que c’est une assurance-décès que vous vendez ? Ça nécessite en général un examen médical et Winston ne verrait pas un médecin pour tout l’or du monde. Heureusement qu’il a une santé de fer.

— Eh bien, tant mieux, dit Nerissa. J’espère que c’est aussi votre cas, madame Bayliss, même si je vois…

— Que je porte un appareil orthopédique ? C’est pour ça que la thérapie ambulatoire passe chaque semaine. Je me suis fait remplacer un genou en septembre. Arthrite. C’est merveilleux, je trouve, ce qu’on peut faire de nos jours. Ça n’a pas été une partie de plaisir pour autant, l’opération, je veux dire. La rééducation n’est pas marrante non plus. Même si j’aime beaucoup l’infirmière qui m’aide à la faire. Elle joue au dur, mais c’est un amour.

— Ce n’est donc pas de vous que Winston tient sa peur des médecins.

— Ni de son père. Mais il a toujours été comme ça. Vous comprenez pourquoi je ne l’imagine pas accepter de se faire examiner. Même petit, à l’époque où il allait à l’école… mais ça m’étonnerait que vous vouliez écouter mes histoires.

— Pas de problème. Franchement, c’est sympa de ne plus être dehors dans le froid et de bavarder un peu. Tant que vous n’en dites rien à mon superviseur. » Elle gloussa et Mme Bayliss rit aimablement. « De temps en temps, on tire un nom de la mauvaise liste et on se retrouve à devoir rendre visite à quelqu’un qui a décliné notre proposition. C’est sans doute ce qui s’est passé avec Winston. J’en toucherai un mot à mon patron. On n’a rien à gagner à déranger des gens qui ne sont pas intéressés par ce qu’on a à vendre. Même si je dois dire que, pour son prix, notre contrat offre de très bonnes prestations.

— Je n’en doute pas. »

La facilité avec laquelle Nerissa proférait ces mensonges surprit Ethan. Il supposa que c’était un des talents qu’elle avait acquis depuis 2007, tout comme il avait appris à tirer.

« Les gens qui ont peur des médecins sont plus nombreux qu’on croit, dit-elle.

— Winston a dû naître comme ça. Par chance, c’était un enfant qui avait la santé. Il était peut-être un peu trop prudent. Il n’a jamais aimé faire du sport, ni quoi que ce soit d’un peu mouvementé. Mais il n’attrapait presque jamais de rhume et n’a jamais rien eu de plus grave, même s’il refusait toujours qu’on le vaccine. La seule fois où il s’est vraiment fait mal… eh bien, Carl et moi avons dû en souffrir davantage que lui.

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