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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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Ce n’en était pas vraiment une, plutôt un morceau de contreplaqué blanchi avec cette inscription au pochoir orange. Il avait été cloué à ce qui ressemblait à une grange reconvertie, unique construction visible sur tout l’horizon au niveau de la sortie de l’Autoroute fédérale 156 pour une ville appelée Galatea. Ils se garèrent sur de la terre battue jonchée de pièces de moteur rouillées, non loin de la carcasse de ce que Leo affirma être une Packard 1972. Le seul mouvement perceptible était celui d’un carillon éolien en fer-blanc accroché par un support sur le côté du bâtiment en aluminium.

Quand Leo klaxonna, un homme sortit de la pénombre derrière la porte de tôle ondulée en s’essuyant les mains dans un chiffon noir de cambouis, les yeux plissés dans le soleil matinal. La trentaine, grand et maigre, avec juste un début de bedaine sous la salopette. Sa moustache et les longs cheveux châtains qui se balançaient sur son col lui donnaient l’air de sortir d’un daguerréotype de la guerre de Sécession.

Cassie descendit de voiture, Thomas à ses côtés. Elle avait la vessie terriblement pleine, même si elle tremblait rien qu’en imaginant à quoi devaient ressembler les toilettes d’un tel établissement.

L’homme s’arrêta prudemment à quelques pas de l’Equipoise. « Qu’est-ce que je peux faire pour vous, m’sieu-dames ?

— Vous êtes Eugene Dowd ? » demanda Leo.

L’homme cessa de s’essuyer les mains et fourra le chiffon dans la poche revolver de sa salopette. « Faut croire. Et vous ?

— Leo Beck. Je crois que vous connaissez mon père. »

Le visage de Dowd resta neutre. Il y eut une rafale de vent et Cassie entendit le cliquetis du carillon éolien — comme de la musique qui aurait oublié comment en être — ainsi que le grincement produit par le capot mal fermé de la Packard. « C’est votre voiture ? finit par demander Dowd.

— Pas vraiment.

— Ah. C’est ce que je craignais. Je n’aime pas trop avoir un véhicule volé chez moi. Rentrez-la à l’intérieur, qu’elle soit moins visible. Vous pouvez prouver que vous êtes qui vous dites ?

— Je crois.

— Eh bien, on va voir ça. Entrez tous.

— Il y a des toilettes ? » se sentit obligée de demander Cassie.

Eugene Dowd la regarda. « Derrière le bâtiment. Rien de folichon. »

On s’en serait douté, pensa la jeune fille.

Leo leur avait parlé d’Eugene Dowd cette nuit-là dans la voiture. Cassie lui avait demandé s’il avait appris ce nom dans les papiers cachés sous le parquet de son père.

Leo avait hoché la tête. « Le nom et c’est à peu près tout. Il me disait d’apporter la clé à Eugene Dowd, à tel endroit au Kansas. »

Subterfuge typique de la Correspondence Society. Tante Riss avait un jour décrit ce type de raisonnement comme « de la paranoïa… une parano nécessaire, peut-être, mais une espèce de maladie mentale quand même ». Et le père de Leo, Werner Beck, était encore plus rigoureusement paranoïaque que la plupart des membres de la Society.

« Il y avait quoi d’autre, dans ces papiers ?

— Surtout des statistiques qu’il a compilées, plus des photocopies d’articles de presse…

— Quel genre ?

— Un peu de tout. Des statistiques sur les mines chinoises ou le transport maritime dans le Pacifique. Ou l’import-export de minéraux et de terres rares. Des coupures de presse des vingt dernières années, certaines sur des morts inexpliquées. Des articles techniques. Des notes tirées de ses études de la biologie des simulacres. Des cartes.

— Des cartes d’où ?

— Argentine, Chili, Bolivie, Pérou.

— Pourquoi, il y a quoi, là-bas ? »

Leo haussa les épaules. « Je pense que c’est au cas où il lui arrive un truc, peut-être qu’un autre membre de la Society comprendrait de quoi il retourne. »

Beth avait réussi à rassembler le courage ou l’insensibilité nécessaires pour demander : « Tu crois que ton père est mort ? »

Leo garda les yeux sur la chaussée. La nuit sur l’autoroute fédérale, la prairie vide : il n’y avait rien à voir sinon, parfois, les phares des voitures qu’ils croisaient. « Il ne serait pas parti précipitamment sans raison. Mais est-il encore vivant, aucune idée. On n’a rien qui puisse nous le dire.

— Peut-être qu’Eugene Dowd saura, alors », conclut Beth.

« Avant tout, dit Dowd à Leo, je dois m’assurer que vous êtes bien qui vous dites. Vous ressemblez assez à votre vieux, d’accord, mais ce n’est pas vraiment une preuve. Vous pourriez même ne pas être humain. »

L’intérieur du garage consistait en une dalle de béton au complexe semis de taches surmonté d’un grand toit cintré. Une espèce de mezzanine courait le long d’un des murs, grossièrement divisée en pièces… peut-être Dowd vit-il là-haut, se dit Cassie en trouvant cette pensée déprimante. L’espace de travail était équipé d’outils manuels et électriques de tailles diverses, tous inconnus d’elle, ainsi que d’une table sur tréteaux, assemblage de planches épaisses à la coupe grossière. Un moteur partiellement démonté était posé dessus. Des chaînes et des poulies se balançaient depuis des poutres en hauteur. Cela sentait l’essence, mais aussi les toilettes chimiques que Beth et elle s’étaient dépêchées d’utiliser derrière le bâtiment.

Elle s’assit à côté de Leo sur un canapé déchiré en cuir qui semblait provenir d’une décharge. Beth et Thomas se glissèrent près d’eux. Eugene Dowd tira une chaise en bois qu’il enfourcha.

Il n’est pas membre de la Society, pensa Cassie. Du moins ne ressemblait-il à aucun des membres de la Society qu’elle avait croisés dans sa vie. De toute évidence, ce n’était ni un savant ni un érudit. Rien dans sa manière de parler ne laissait penser qu’il n’était pas ce dont il avait l’air : d’un mécanicien auto susceptible qui ne se laissait pas impressionner par quatre jeunes citadins arrivés sans prévenir dans son garage de campagne.

« Comment suis-je censé prouver que je suis humain ?

— Eh bien, vous pourriez vous enfoncer un couteau dans le corps histoire de voir quelle couleur en sort. Ça marche, en général.

— Très drôle.

— Ou vous pourriez me montrer une certaine clé. »

Leo se leva, fouilla dans sa poche — Et s’il l’a perdue ? se demanda Cassie pendant un instant terrifiant — et brandit la clé trouvée dans le coffre de son père.

« D’accord, voyons ça », dit Dowd.

Leo déposa non sans réticence l’objet dans sa paume aux plis incrustés de cambouis. Le mécanicien avait des cals sur le pouce et les ongles taillés très court.

« C’est bon ? demanda Leo.

— Pas tout à fait. On va voir si elle ouvre ce qu’elle est censée ouvrir. Suivez-moi. »

Il les conduisit au fond du garage, tira une bâche recouvrant une camionnette blanche vieille de quelques années et dépourvue de tout signe distinctif. La poussière soulevée par son geste flotta dans l’air et Cassie sentit sa gorge la chatouiller.

Dowd n’eut aucune difficulté à insérer, puis à tourner la clé dans la serrure côté conducteur. Il ouvrit la portière en grand. « Eh bien ça. Eh bien ça. »

La camionnette n’avait pas été ouverte depuis un certain temps : une odeur de renfermé et de garniture en vinyle s’en échappa. « Elle ressemble à une vieille camionnette ordinaire, dit Cassie.

— L’important, c’est ce qu’il y a à l’arrière

— Et il y a quoi, à l’arrière ? »

Eugene Dowd mit la clé dans sa poche. « On en parlera plus tard. »

Il leur fit monter une volée de marches jusqu’au loft qui lui servait à la fois de bureau et de chambre — quelques chaises, une table, un vieux réfrigérateur, un évier, une plaque de cuisson, un matelas par terre —, où il leur demanda s’ils voulaient déjeuner. Cassie regarda l’empilement de vaisselle sale. « Ne t’inquiète pas, jeune fille, dit Dowd. Je n’ai à vous proposer que du chili en boîte et des sandwiches industriels achetés au 7-11 de Galatea. Assez récents pour que vous ne vous intoxiquiez pas, si c’est ce qui te cause souci. »

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