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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Des songes bizarres, sans queue ni tête, Tancrède en faisait régulièrement, comme tout le monde. Cependant, à la différence des autres, celui-ci était récurrent puisqu’il l’avait déjà eu plusieurs fois depuis le début du voyage. Cela le troublait, le perturbait même. Il s’était toujours considéré comme un rationaliste, totalement hermétique aux superstitions en tous genres, pourtant très répandues dans l’armée. Néanmoins, ce fichu rêve aux allures prémonitoires ne lui plaisait guère. Mais prémonitoire de quoi ? Un désert brûlant où je risque ma vie, ça ressemblerait bien à l’exercice de ce matin, en effet. Mais comme prémonition, ce n’est pas terrible.

Comme il arrivait à destination, Tancrède chassa ces pensées. Il voulait profiter tranquillement de ce bref intermède dans la vie harassante qu’il menait à bord du Saint-Michel. Se promener dans les allées sinueuses des Jardins d’Armide, le soir, lorsque l’on n’y croisait presque plus personne, constituait l’un des plaisirs simples qu’il s’octroyait à bord. L’endroit était l’un des plus grands espaces verts du navire, mais ne souffrait cependant pas la comparaison avec l’énorme jardin Sainte-Marie qui occupait toute la surface du dôme n°26.

À l’image des jardins artificiels que l’on trouvait dans les capitales européennes à la fin du XIXe siècle, ce parc s’étendait sur plusieurs grands tertres herbeux parsemés d’arbres aux essences variées, au milieu desquels serpentaient des chemins dallés de pierre. Un torrent y faisait entendre sa vive musique dans d’innombrables petites cascades que les allées enjambaient d’autant de ponts de bois vieillis artificiellement. L’air était saturé de pollens et de parfums de forêt, profond mélange de terre, de mousse et d’écorce, auquel manquait toutefois un élément important : l’odeur de la pourriture. Tancrède l’avait immédiatement remarqué la première fois qu’il était venu. L’odeur lourde de la décomposition qui règne dans les sous-bois et qui imprègne tout ce qui compose la forêt était ici singulièrement absente, comme pour rappeler que cet endroit était artificiel, nourri aux concentrés chimiques et autres substances inodores.

Un léger souffle de vent venu d’on ne savait où rafraîchissait les quelques coureurs de fond qui préféraient s’entraîner ici plutôt que sur les pistes ennuyeuses des gigantesques salles d’exercice. Depuis presque quatre mois que le voyage avait commencé, la plupart des membres d’équipage et des soldats avaient pris leurs petites habitudes, recréant tant bien que mal dans le Saint-Michel le mode de vie qui avait été le leur sur Terre.

Juste après le départ, Tancrède n’avait guère eu le temps de s’installer dans une routine quelconque tant l’organisation et la coordination de son unité lui avaient demandé de travail.

Dans un premier temps, l’appareillage en soi avait été une épreuve pour tous. L’accélération initiale n’avait duré que six minutes, mais la fatigue induite par la formidable pression qui s’était exercée sur eux, même considérablement réduite grâce aux champs tramés, les avait laissés épuisés pour vingt-quatre heures. Il avait fallu ensuite une bonne semaine pour que les hommes de la 78e ne se perdent plus dans le dédale des couloirs du bâtiment et commencent à s’habituer à leur nouvelle vie.

Au fil des jours, Tancrède avait trouvé ses repères dans la monotone succession des entraînements militaires et des exercices physiques intensifs, ponctués par les repas à l’ordinaire, les messes du dimanche ou les soirées de quartier libre passées dans les tavernes avec les amis.

En peu de temps, une solide amitié s’était nouée entre lui et les frères Tournai, et tout particulièrement avec Liétaud. Cela l’avait même surpris de voir avec quelle rapidité ils étaient devenus presque intimes. Il y avait longtemps que Tancrède ne s’était pas entendu aussi bien avec un autre soldat. Il avait même fini par penser que cela n’arriverait plus. Pourtant, il s’était laissé séduire par ce jeune chien fou flamand, principalement parce que c’était l’une des rares personnes qu’il ait rencontrées à ne pas nourrir d’arrière-pensée sur les autres, à être simple et franc, et surtout, à ne pas se laisser décourager par le mur que Tancrède élevait parfois entre lui et ses congénères.

Par la suite, les entraînements étaient devenus plus techniques et plus difficiles, lui demandant toujours davantage d’investissement personnel, surtout lorsque les instructeurs avaient abordé la phase où les unités combattaient entre elles. Tancrède prenait beaucoup de plaisir à ces affrontements où il pouvait déployer toute l’étendue de ses capacités stratégiques et martiales, faire appel à toute son expérience militaire sans pour autant avoir à ôter des vies humaines. Ces dernières années, ses problèmes de conscience étaient devenus de plus en plus durs à surmonter au cours des batailles et lui avaient totalement fait oublier la satisfaction que l’on pouvait éprouver après un combat bien mené. Avec ces entraînements en sim-mort, il redécouvrait le plaisir des manœuvres complexes, des charges frénétiques ou des actions d’éclat individuelles dans le plus pur style du code d’honneur de la noblesse militaire européenne.

De plus, les dimensions considérables du vaisseau et le nombre de ses passagers permettaient de se fondre dans la masse – même pour quelqu’un de relativement célèbre comme lui – lui épargnant ainsi la corvée des mondanités aristocratiques. Seules les rares réunions de l’Ordre du Temple le replongeaient régulièrement dans ces luttes de pouvoir et d’influence auxquelles il souhaitait tant échapper. Néanmoins, leur fréquence était suffisamment faible pour qu’il parvienne à les oublier le reste du temps. Bizarrement, Guillaume de Séverac ne semblait pas lui tenir rancune de l’accrochage qui les avait opposés le premier jour. Pourtant, Tancrède avait craint qu’il ne profite de sa nouvelle position de force au conseil, après le départ d’Armand de Bures peu avant l’appareillage, pour exercer quelques représailles mesquines à son égard. Peut-être avait-il mal jugé cet homme ?

En se présentant à cette campagne, il pensait au fond de lui sans trop oser se l’avouer qu’il s’agissait de la dernière chance. La dernière qu’il donnait à l’armée pour lui rendre le goût de la vie militaire et du combat, pour l’aider à repousser ses démons. Et à sa grande surprise, c’était bel et bien en train de se produire. L’enchaînement ininterrompu de victoires que son unité connaissait aux entraînements en conditions réelles l’emplissait de fierté, et ses amitiés récentes contribuaient à l’apaiser.

Le seul paramètre qu’il n’arrivait toujours pas à contrôler, c’étaient ses relations avec l’autre sexe. L’armée, mixte, avait vu bon nombre de couples se former depuis quatre mois, souvent suivis de mariages. Toutefois, Tancrède n’arrivait pas à s’intéresser aux femmes. Ou plutôt, il ne parvenait pas à trouver de femme qui l’intéresse.

Depuis toujours, il avait pour habitude de considérer cela comme une question secondaire qui trouverait sa réponse d’elle-même si on lui en laissait le temps. Mais, aujourd’hui âgé de presque trente-quatre ans et toujours célibataire, il ne pouvait continuer à se voiler la face. Si les aventures sans lendemain n’avaient pas manqué dans sa vie, elles s’étaient affadies au fil des années et ne lui procuraient plus que de piètres sensations. Il se rendait parfaitement compte que ce problème ne ferait que s’aggraver avec le temps. À ce rythme, il avait de bonnes chances de finir en vieux guerrier solitaire retiré au fond d’un château humide et froid, sans une femme à aimer et qui l’aime en retour. Et surtout, sans descendance.

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