Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
— Oui, j’imagine qu’il vous reste quelques années à attendre. Et puis ça n’a rien d’automatique, n’est-ce pas ?
— Tout dépend de la qualité de mes rêves. »
Shedemei éclata de rire. « N’est-ce pas vrai de nous toutes ?
— Sans doute », dit Luet en souriant.
Shedemei s’apprêtait à s’en aller quand elle prit conscience de la personnalité avec qui elle conversait. « Dites-moi, en tant que sibylle de l’eau, vous devez avoir des lumières sur la signification des rêves. »
Luet secoua la tête. « Pour l’interprétation des songes, il faut vous adresser aux diseuses de vérité du marché intérieur.
— Non, non, je ne parle pas de ce genre de rêves, ni de ce genre d’explications. C’était très curieux ; je ne me rappelle jamais mes rêves, d’ordinaire, mais cette fois j’ai eu l’impression de… de quelque chose d’irrésistible. Et même… un peu comme les songes que vous devez connaître, j’imagine. »
Luet la regarda, la tête penchée de côté. « S’il y a une chance que votre rêve vous vienne de Surâme, Shedemei, il me faut l’entendre. Mais pas ici. »
Shedemei suivit la jeune fille – deux fois plus jeune qu’elle, songea-t-elle soudain – à l’autre bout de la maison, où elles prirent un escalier dont la savante ignorait presque l’existence, car cette partie du bâtiment servait au rangement des vieux objets, des meubles usagés et du matériel de classe. Deux étages plus haut, elles pénétrèrent dans un grenier étouffant et sombre.
« Mon rêve n’est pas secret au point de devoir me retirer ici pour le raconter, tout de même ! dit Shedemei.
— Non, ce n’est pas ça, répondit Luet. Il y a quelqu’un d’autre qui doit l’entendre, s’il vient vraiment de Surâme. » Là-dessus, Luet retira un treillis du mur à pignons et, se baissant, franchit l’ouverture ainsi dévoilée.
Shedemei, éblouie par le soleil, n’aperçut pas tout de suite le toit plat, semblable à une terrasse, qui s’étendait en dessous du trou ; elle eut l’impression que Luet s’était avancée dans le vide et flottait maintenant en l’air. Puis ses yeux s’adaptèrent peu à peu et, en louchant légèrement, elle put apercevoir le sol sur quoi Luet marchait, et la suivit.
La terrasse était invisible de la rue et du reste de la maison. Une demi-douzaine de toits en pente y convergeaient et un gros trou d’évacuation au centre de la zone plane expliquait sa fonction. Par forte pluie, les eaux de ruissellement pouvaient y monter jusqu’à plus d’un mètre en attendant que le drain fasse son office. En fait, il s’agissait moins d’une terrasse que d’un bassin.
C’était aussi une cachette parfaite, puisque même les résidants de la maison ignoraient son existence – sauf, évidemment, Luet et la personne qui s’y dissimulait.
Les yeux de Shedemei étaient tout à fait habitués à la lumière, et dans l’ombre d’un auvent portatif, elle distingua une jeune fille un peu plus âgée que Luet ; d’après sa ressemblance avec elle, Shedemei ne s’étonna pas de se voir présentée à Hushidh la Déchiffreuse, la sœur aînée de la sibylle. En face d’elle, de l’autre côté d’une table basse, se tenait assis un jeune homme de belle taille, mais pas encore en âge de se raser.
« Tu ne me reconnais pas, Shedemei ? demanda-t-il.
— Si, il me semble.
— J’étais beaucoup plus petit quand tu vivais chez Mère.
— Ah, oui : Nafai. Mais je te croyais parti dans le désert ?
— J’y suis allé et j’en suis revenu, trop souvent je le crains, dit Nafai. Je n’aurais jamais cru voir un jour des soldats gorayni garder les portes de Basilica.
— Ça ne durera pas, répondit Shedemei.
— Je n’ai jamais entendu dire que les Gorayni aient lâché une cité une fois qu’ils l’avaient prise.
— Mais ils n’ont pas pris Basilica, objecta Shedemei. Ils sont simplement venus nous protéger pendant une période de troubles.
— J’ai vu les cendres de dizaines et de dizaines de grands feux dans le désert, répondit Nafai, mais pas le moindre signe de campement. À ce que j’ai appris, le chef des Gorayni prétendait disposer d’une immense armée menée par le général Mouj le Monstre, alors qu’en fait il n’avait qu’un millier d’hommes.
— Il a expliqué qu’il s’agissait d’une ruse pour écraser psychologiquement les mercenaires palwashantu.
— À moins que ce ne soit pour écraser psychologiquement les gardes municipaux, rétorqua Nafai. Enfin, peu importe. Luet t’a fait monter ici ; tu sais pourquoi ? »
Luet intervint aussitôt : « Non, Nafai ; elle n’a rien à voir avec tout ça. Elle est venue de son plein gré raconter un rêve à ta mère. Et puis elle a songé à m’en parler, et moi, j’ai voulu que vous soyez présents tous les deux, au cas où il s’agirait d’un message de Surâme.
— Mais pourquoi Nafai ? demanda Shedemei.
— Parce que Surâme lui parle autant qu’à moi. Il l’a forcée à communiquer avec lui et maintenant ils sont amis.
— Un homme qui force Surâme à lui parler ? Eh bien, c’est nouveau !
— En effet, c’est tout récent, dit Luet en souriant, il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que n’en rêve toute ta philosophie, Shedemei. »
La savante lui rendit son sourire sans pouvoir se rappeler d’où venait cette citation, ni pourquoi elle devait être plutôt comique en cette occasion.
« Alors, ce rêve ? dit Hushidh.
— Je me sens un peu bête, maintenant, répondit Shedemei. J’ai dû gonfler son importance, pour qu’un public aussi vaste veuille l’entendre ! »
Luet secoua la tête. « Pourtant, tu as fait tout le trajet jusqu’ici depuis… où habites-tu ? Aux Citernes ?
— Non, dans les Puits, mais ce n’est pas très loin du quartier des Citernes.
— Donc, tu as fait tout ce chemin pour le raconter à tante Rasa, reprit Luet. Ce rêve est peut-être plus intéressant que ce que tu en comprends toi-même. Alors, raconte-le nous, s’il te plaît. »
Jetant un nouveau coup d’œil à Nafai, Shedemei ne parvint pas à parler.
« Je t’en prie, dit le jeune homme. Je ne me moquerai pas de ton rêve et je n’en ferai part à personne. Je veux l’entendre au cas où il recèlerait une vérité. »
Shedemei fut prise d’un rire nerveux. « C’est simplement que… je ne me sens pas à l’aise de parler devant un homme. Ne te vexe pas ; tu es le fils de tante Rasa, je te fais naturellement confiance, mais…
— Ce n’est pas un homme, intervint Luet, pas vraiment.
— Merci bien ! dit Nafai entre haut et bas.
— Il ne traite pas les femmes comme le font les hommes en général. Et il n’y a pas très longtemps, Surâme m’a ordonné de l’emmener au lac. Il l’a traversé en barque, il y a flotté avec moi. Surâme l’a ordonné et il n’a pas été tué. »
Shedemei regarda Nafai avec un respect nouveau. « Vivons-nous le temps où toutes les prophéties se réalisent ?
— Raconte-nous ton rêve, dit Hushidh d’une voix douce.
— J’ai rêvé – ça va vous paraître idiot ! – j’ai rêvé que je m’occupais d’un jardin dans les nuages ; pas seulement des plantes et des animaux sur lesquels je travaille habituellement, mais de tous, même ceux dont j’ai seulement entendu parler. Et bizarrement, le jardin n’était pas immense ; il était même plutôt petit. Pourtant, tous ces êtres y tenaient ; ils étaient même bien vivants et visiblement florissants. Et puis je me suis mise à flotter dans les nuages, pendant une éternité, m’a-t-il semblé, pendant la plus longue nuit du monde, une nuit de mille années. Et brusquement la lumière est revenue et j’ai regardé par-dessus le bord du nuage. Alors j’ai vu une nouvelle terre, une terre verte, magnifique, et je me suis dit – dans le rêve, vous comprenez : “Mais ce monde n’a aucun besoin de mon jardin !” Alors, j’ai laissé le jardin où il était et je suis descendue de mon nuage…