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Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]

Электронная книга - «Le lundi commence le samedi [Понедельник начинается в субботу - fr]». Краткое содержание книги:

Vous êtes un programmeur scientifique et très réaliste.
Mais soudain vous voici propulsé dans un institut de chercheurs passionnés pour qui le lundi commence le samedi et qui ont pour collaborateurs : des Pythies, Merlin l’Enchanteur … et un ex-Grand Inquisiteur !
Alors vous commencez à vous poser quelques questions pratiques sur le bon usage de la science et de la technique. Et les réponses que vous trouvez sont tout à fait fantastiques !
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Une minute plus tard, Roman lui-même accourait.

— Donne-moi les clefs.

Je secouai la tête.

— Non.

— Donne les clefs !

— Va te faire cuire un œuf. Je suis matériellement responsable.

— Sacha, je vais emporter le coffre.

Je souris en disant :

— Je t’en prie.

Roman regarda intensément le coffre, mais celui-ci devait être ou ensorcelé ou vissé au parquet.

— Qu’est-ce qu’il te faut là-dedans ? demandai-je.

— La documentation du RU-16. Allez, donne-les !

Je ris et tendis la main vers le tiroir, mais à ce moment un hurlement aigu se fit entendre. Je bondis.

IV

Malheur ! Je ne suis pas un fort garçon ; Le vampire va me manger …

A. S. Pouchkine.

— Il est sorti de sa coquille, dit tranquillement Roman, les yeux au plafond.

— Qui ? J’étais inquiet car c’était un cri de femme.

— Le monstre de Vybegallo, le troup plus exactement.

— Mais pourquoi était-ce une femme qui criait ?

— Tu vas voir, dit Roman.

Il me saisit par la main, prit son élan et nous fûmes emportés à travers les étages. Perçant les plafonds, nous nous enfoncions dans les lattis comme un couteau dans du beurre durci, puis avec un bruit de clapet nous sortions à l’air libre pour nous enfoncer de nouveau. A notre approche, les gnomes et les souris s’enfuyaient en poussant de petits glapissements d’effroi. Dans les laboratoires et les bureaux que nous traversions, les gens levaient des regards perplexes.

A la « Maternité » nous nous frayâmes un passage dans une foule de curieux et aperçûmes le professeur Vybegallo complètement nu. Sa peau bleuâtre avait un reflet humide, sa barbiche était toute mouillée, ses cheveux trempés collaient à son front bas où flamboyait un bouton vulcanique en éruption. Ses yeux vides et transparents erraient sans but dans la pièce.

Le professeur Vybegallo mangeait. Devant lui, sur la table, était posé un bac à développer rempli jusqu’au bord de son bouilli. Sans accorder à quiconque d’attention spéciale, le professeur plongeait la main dans la pâtée, en formait une petite boulette qu’il expédiait dans son orifice buccal. Sa barbe était souillée de parcelles de nourriture. Il mangeait bruyamment avec des clappements de langue et des sifflements de nez, ses yeux étaient mi-clos de contentement, il tenait la tête penchée sur le côté. De temps en temps, sans cesser d’ingurgiter et de se bourrer de son, comme pris d’inquiétude, il rapprochait de lui le cuveau et les seaux de petit-lait qui se trouvaient par terre. A l’autre bout de la table, Stella, une jeune sorcière stagiaire aux oreilles toutes propres et toutes roses, pâle et les yeux rougis, les lèvres tremblantes, coupait d’énormes tranches de pain qu’elle lui tendait à bout de bras en détournant la tête. L’incubateur central, ouvert, renversé, gisait dans une grande mare verdâtre.

Vybegallo dit brusquement la bouche pleine :

— Hé, la fille, là-bas, donne-moi le lait ! Verse-le directement dans le son, quoi !.. S’il vous plaît, quoi …

Stella attrapa un seau et le vida dans le bac.

— Hé ! s’exclama le professeur Vybegallo. C’est trop petit. Toi, la fille, comment tu t’appelles, verse ça dans le cuveau … Nous mangerons dans le cuveau …

Stella vida les seaux et le professeur, se servant du bac comme d’une cuiller, envoya la pâtée dans sa bouche démesurément ouverte.

— Téléphonez-lui, s’écria Stella d’une voix plaintive. Il aura bientôt tout mangé !

— On lui a téléphoné, fit-on dans la foule. Mais éloigne-toi tout de même. Viens ici.

— Il va venir ? Il a dit qu’il viendrait ?

— Oui. Il met ses caoutchoucs, et il arrive. Recule, voyons.

Je comprenais enfin ce qui se passait. Ce n’était pas le professeur Vybegallo, c’était le bébé troup, c’est-à-dire un prototype d’homme stomacalement non satisfait. Heureusement, car j’avais cru un moment que le professeur avait eu une attaque, conséquence d’efforts trop prolongés.

Stella s’écarta prudemment, des mains secourables la saisirent aux épaules et l’entraînèrent à l’arrière. Cachée derrière mon dos, elle se cramponna à mon coude et je redressai immédiatement les épaules, bien que je n’eusse pas encore compris ce qui se passait et pourquoi elle avait tellement peur. Le troup s’empiffrait toujours. Dans le laboratoire régnait un silence stupéfait qui n’était troublé que par un bruit de mastication et le raclement du bac contre le cuveau. Le troup se leva et plongea la tête dans sa pâtée de son. Les femmes se détournèrent. Liletchka Novosmekhova se trouva mal, on l’emporta dans le corridor. Puis la voix claire d’Edik Ampérian dit :

— Bon. Soyons logiques. Il va manger le son, puis le pain. Et après ?

Les premiers rangs s’agitèrent. Les spectateurs reculèrent vers la porte. Je commençais à comprendre. Stella balbutia d’une toute petite voix :

— Il y a encore les têtes de hareng …

— Beaucoup ?

— Deux tonnes.

— Ouais … dit Edik. Et où sont-elles ?

— Elles devraient arriver sur un convoyeur. Mais j’ai essayé, il ne marche pas.

— A propos, murmura Roman, j’essaie depuis deux minutes de le neutraliser, sans aucun résultat.

— Moi aussi, dit Edik.

— Ce serait très bien, reprit Roman, si quelqu’un essayait de réparer le convoyeur* Comme palliatif. Y a-t-il des spécialistes de magie dans l’assistance ? Je vois Edik. Il n’y a personne d’autre ? Kornéev ! Vitia, tu es ici ?

— Il n’est pas là. Il faudrait peut-être aller chercher Fédor Siméonovitch ?

— Je crois que ce n’est pas la peine de le déranger. On se débrouillera bien. Edik, essayons ensemble, concentrons-nous.

— A quel régime ?

— Régime de freinage. Jusqu’à la catalepsie s’il le faut. Aidez-nous, ceux qui peuvent.

— Une minute, intervint Edik. Et si nous l’abîmons ?

— Oui, oui, oui, dis-je. Il vaut mieux pas. Je préfère encore qu’il me boulotte, moi.

— Ne t’en fais pas, nous ferons attention. Edik, essayons les attouchements. Un seul contact.

Nous retenions notre respiration. Le troup remuait dans sa cuve, on entendait derrière la cloison des coups de marteau et les voix des volontaires qui réparaient le convoyeur. Une minute passa. Le troup sortit de la cuve, s’essuya la barbe, nous jeta un regard endormi, et soudain, étendant le bras à une distance incroyable, il attrapa d’un geste adroit la dernière miche de pain. Puis il lâcha un rot tonitruant et se renversa sur le dossier de sa chaise, les bras croisés sur son ventre ballonné. Un sourire béat s’épanouissait sur sa face, il était sans aucun doute heureux, comme l’est un homme exténué, parvenu enfin au lit de ses rêves.

— On dirait que ça a fait de l’effet, remarqua quelqu’un avec un soupir de soulagement.

Roman pinça les lèvres d’un air dubitatif.

— Je n’ai pas cette impression, dit poliment Edik.

— Il est peut-être au bout de son rouleau, suggérai-je avec espoir.

Stella expliqua d’un ton désolé :

— C’est simplement qu’il se relaxe. Il’ est au plus haut degré de satisfaction. Il va bientôt se réveiller.

— Vous n’êtes pas fortiches, messieurs les mages, dit une voix courageuse. Laissez-moi passer, je vais aller téléphoner à Fédor Siméonovitch.

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