Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Je ne suis point enferm� dans mon corps qui craque comme une vieille �corce. Au cours de ma lente descente sur le versant de ma montagne, il me semble tra�ner, comme un vaste manteau toutes les pentes et toutes les plaines et, �a et l� piqu�es, les lumi�res de mes demeures � la fa�on d'�toiles d'or. Je plie, lourd de mes dons, comme un arbre.
Mon peuple endormi: je vous b�nis, dormez encore.
Que le soleil tarde de vous tirer hors de la nuit tendre! Que ma cit� ait le droit de reposer encore avant d'essayer dans le petit jour ses �lytres pour le travail. Que ceux que le mal a frapp�s hier, et qui usent du sursis de Dieu, attendent encore avant de reprendre en charge le deuil ou la mis�re ou la condamnation ou la l�pre qui vient d'�clore. Qu'ils demeurent encore dans le sein de Dieu, tous pardonnes, tous accueillis.
C'est moi qui vous prendrai en charge.
Je vous veille, mon peuple: dormez encore.
XLVI
Pesa sur mon c�ur le poids du monde comme si j'en avais la charge. Dans la solitude, m'appuyant contre un arbre et croisant les bras sur ma poitrine dans le vent du soir, je re�us en otage ceux qui avaient besoin de trouver en moi leur signification, l'ayant perdue. Ainsi a perdu sa signification la simple m�re dont l'enfant meurt. Elle se tient l� devant le trou comme un pass� d�sormais inutile. Elle �tait devenue for�t de lianes autour d'un arbre florissant qui soudain n'est plus qu'arbre mort. �Et que ferai-je, se dit-elle, de mes lianes? Et que ferai-je de mon lait quand il monte?�
Et celui-l� que touche la l�pre comme un feu lent et qui se trouve tranch� d'avec la communaut� des hommes et qui ne sait quoi faire des �lans de son c�ur, lesquels furent en lui lentement exerc�s. Ou bien tel que tu connais et qui habite son propre cancer et qui avait commenc� mille travaux qui exigeaient de lui qu'il v�c�t longtemps, semblable � un arbre qui e�t patiemment install� tout le r�seau de ses racines et se d�couvre soudain le centre de prolongements inutiles, comme en porte � faux sur le monde. Ou celui-l� dont la grange a br�l�, ou le ciseleur qui perd sa main droite. Ou tout homme dont s'�teignent les yeux.
Pesa sur mon c�ur le poids de tous ceux qui ne savent point trouver d'�paule. Refus�s par les leurs ou tranch�s d'avec eux. Et celui-l� qui sur son grabat, n�ud de souffrances, tourne et retourne un corps plus inutile d�sormais qu'un chariot bris�, et appelant la mort peut-�tre, mais refus� par la mort. Et criant: �A quoi bon, Seigneur! A quoi bon!�
Et ce sont l� soldats d'une arm�e d�faite. Mais moi je les rassemblerai et les m�nerai vers leur victoire. Car il est pour toutes les arm�es des victoires, bien que diff�rentes. Car voici qu'ils ne sont, parmi d'autres, qu'une d�marche de la vie. La fleur qui se fane l�che sa graine, la graine qui pourrit fonde sa tige, et de toute chrysalide qui se brise sortent des ailes.
Ah! vous �tes terreau et nourriture et v�hicule pour la superbe ascension de Dieu!
XLVII
�N'avez-vous point honte, leur ai-je donc dit, de vos haines, de vos divisions, de vos col�res? Ne tendez pas le poing � cause du sang vers� hier, car si vous sortez renouvel�s de l'aventure, comme l'enfant du sein d�chir� ou l'animal ail� et embelli des d�chirements de sa chrysalide, qu'allez-vous saisir � cause d'hier au nom de v�rit�s qui se sont vid�es de leur substance? Car ceux qui en viennent aux mains et se d�chirent, je les ai toujours compar�s, instruit par l'exp�rience, � l'�preuve sanglante de l'amour. Et le fruit qui na�tra n'est ni de l'un ni de l'autre mais des deux. Et il domine ces deux-l�. Et ils se r�concilieront en lui, jusqu'au jour o� eux-m�mes, � la g�n�ration nouvelle subiront l'�preuve sanglante de l'amour.
�Ils souffrent certes des horreurs de l'enfantement. Mais l'horreur pass�e, vient l'heure de la f�te. Et l'on se retrouve dans le nouveau-n�. Et voyez-vous, lorsque la nuit vous prend et vous endort, vous �tes tous semblables les uns aux autres. Et je l'ai dit de ceux-l� m�mes dans les prisons qui portent leur collier de condamn�s � mort: ils ne diff�rent point des autres. Il importe simplement qu'ils se retrouvent dans leur amour. Je pardonnerai � tous d'avoir tu� car je refuse de distinguer selon les artifices de langage. Celui-ci a tu� par amour des siens, car on ne joue sa vie que pour l'amour. Et l'autre aussi avait tu� par amour des siens. Sachez le reconna�tre et renoncez � d�nommer erreur le contraire de vos v�rit�s, et v�rit� le contraire de l'erreur. Car l'�vidence qui saisit et vous contraint de gravir votre montagne, sachez qu'elle aussi a saisi l'autre qui gravit �galement sa montagne. Et qu'il est gouvern� par la m�me �vidence que celle qui vous a fait lever dans la nuit. Non la m�me peut-�tre, mais aussi forte.
�Mais vous ne savez voir de cet homme que ce qui nie l'homme que vous �tes. Et lui, de m�me, ne sait lire en vous que ce qui le nie. Et chacun sait bien qu'il est autre chose en soi-m�me que n�gation glaciale, ou haineuse, mais d�couverte d'un visage si �vident, simple et pur, qu'il vous fait, pour lui accepter la mort. Ainsi vous ha�ssez-vous l'un et l'autre d'inventer un adversaire menteur et vide. Mais moi qui vous domine, je vous dis que vous aimez le m�me visage quoique mal reconnu et mal d�couvert.
�Lavez-vous donc de votre sang: on ne b�tit rien sur l'esclavage sinon les r�voltes d'esclaves. On ne tire rien de la rigueur s'il n'est point de pentes vers la conversion. Si la foi offerte ne vaut rien, et s'il est pente vers la conversion, alors � quoi bon la rigueur?
�Pourquoi, le jour venu, userez-vous donc de vos armes? Que gagnerez-vous � ces �gorgements o� vous ignorez qui vous tuez? Je m�prise la foi rudimentaire qui ne concilie que les ge�liers.�
Je te d�conseille donc la pol�mique. Car elle ne m�ne � rien. Et ceux qui se trompent en refusant tes v�rit�s au nom de leur propre �vidence, dis-toi qu'ainsi, au nom de ta propre �vidence, si tu pol�miques contre eux, tu refuses leur v�rit�.
Acceptes-les. Prends-les par la main et guide-les. Disleur: �Vous avez raison, gravissons cependant la montagne� et tu �tablis l'ordre dans le monde et ils respirent sur l'�tendue qu'ils ont conquise.
Car il ne s'agit point de dire: �Cette ville est de trente mille habitants� � quoi l'autre te r�pondrait: �Elle n'est que de vingt-cinq mille�, car en effet tous s'accordaient sur un nombre. Et il en est donc un qui se tromperait. Mais: �Cette ville est op�ration d'architecte et stable. Navire qui emporte les hommes.� Et l'autre: �Cette ville est cantique des hommes dans le m�me travail��
Car il s'agit de dire: �Est fertile la libert� qui permet la naissance de l'homme et les contradictions nourrissantes.� Ou: �Pourrissante est la libert� mais fertile la contrainte qui est n�cessit� int�rieure et principe du c�dre.� Et les voil� qui versent leur sang l'un contre l'autre. Ne le regrette point car voici douleur de l'accouchement et torsion contre soi-m�me et appel � Dieu. Dis-leur donc � chacun: �Tu as raison.� Car ils ont raison. Mais m�ne-les plus haut sur leur montagne, car l'effort de gravir, qu'ils refuseraient par eux-m�mes tant il exige de la part des muscles et du c�ur, voil� que leur souffrance les y oblige et leur en donne le courage. Car tu fuis en hauteur si les �perviers te menacent. Car tu cherches en hauteur le soleil si tu es arbre. Et tes ennemis collaborent avec toi car il n'est point d'ennemi dans le monde. L'ennemi te limite donc, te donne ta forme et te fonde. Et tu leur dis: �Libert� et contrainte sont deux aspects de la m�me n�cessit� qui est d'�tre celui-l� et non un autre.� Libre d'�tre celui-l�, non libre d'�tre un autre. Libre dans un langage. Mais non libre d'y m�langer un autre. Libre dans les r�gles de tel jeu de d�s. Mais non libre de les pourrir en en rompant les r�gles par celles d'un autre jeu. Libre de b�tir mais non de piller et de d�truire par leur usage mal dirig� la r�serve m�me de tes biens, comme celui-l� qui �crit mal et tire ses effets de ses licences, d�truisant ainsi son propre pouvoir d'expression, car nul ne ressentira plus rien � le lire quand il aura d�truit le sens du style chez les hommes. Ainsi de l'�ne que je compare au roi et qui fait rire tant que le roi est respectable et respect�. Puis vient le jour o� il s'identifie � l'�ne. Et je ne prononce plus qu'une �vidence.