Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Et moi je te le dis, l'occasion manqu�e est celle-l� qui compte. La tendresse � travers les murs de la prison voil� peut-�tre la grande tendresse. La pri�re est fertile autant que Dieu ne r�pond pas. Et ce sont les silex et les ronces qui nourrissent l'amour.
Ne confonds donc point la ferveur avec l'usage de provisions. La ferveur qui exige pour soi n'est point ferveur. La ferveur de l'arbre va dans les fruits qui ne lui rapportent rien en �change. Ainsi de moi, vis-�-vis de mon peuple. Car ma ferveur coule vers des vergers dont je n'ai n'en � attendre.
Ainsi ne t'enferme point non plus dans la femme. Pour y chercher ce que tu y as d�j� trouv�. Tu ne peux que la regagner de temps � autre, comme celui-l� qui habite la montagne descend parfois jusqu'� la mer.
LI
Injuste celui-l� qui disait de sa minuscule maison:
�Je la construis pour qu'elle contienne tous mes vrais amis��
Car que pensait-il donc des hommes, ce podagre! Moi, si je voulais construire ma maison pour mes vrais amis je ne saurais la b�tir assez grande, car je ne connais pas un homme au monde dont une part ne soit mon ami, si maigre soit-elle, si fugitive, et m�me de celui-l� auquel je fais trancher la t�te, comme j'en d�gagerais bien mon ami, si nous savions d�partager les hommes. Et m�me de celui-l� qui me hait dans les apparences et me ferait, s'il le pouvait, trancher la t�te. Et ne va pas croire qu'il s'agisse l� d'attendrissement facile, ni d'indulgence, ni de souhait vulgaire, de sympathie vulgaire, car je demeure rigide, inflexible et silencieux. Mais qu'il est nombreux mon ami �pars, et qu'il remplirait bien ma demeure si je lui apprenais � marcher.
Mais qu'appelle-t-il ami v�ritable, l'autre, sinon celui auquel il pourrait confier de l'argent sans que l'argent risqu�t d'�tre vol� � et l'amiti� alors n'est que loyaut� de domestique � ou demander un service et qu'il lui f�t rendu � et l'amiti� n'est qu'avantage tir� des hommes � ou celui qui au besoin prendrait sa d�fense. Et l'amiti� est hommage rendu. Et je m�prise l'arithm�tique et je dis mon, ami celui-l� que j'ai vu en lui, qui dort peut-�tre enfoui dans sa gangue, mais qui, en face de moi, commence de se d�gager, m'ayant reconnu et me souriant, m�me s'il doit plus loin me trahir.
Mais l'autre, vois-tu, ceux qu'il d�nomme ses amis ce sont ceux qui boiraient la cigu� � sa place � comment veux-tu que tous s'en r�jouissent?
Celui-l�, qui se disait bon, ne comprenait point l'amiti�. Mon p�re, qui �tait cruel, avait des amis et savait les aimer, n'�tant point sensible � la d�ception qui est avarice frustr�e. La d�ception n'est que bassesse, car ce que tu as d'abord aim� dans l'homme en quoi est-ce d�truit s'il y est autre chose aussi que tu n'aimes point? Mais toi, tout de suite, celui que tu aimes ou qui t'aime, tu le transformes en esclave, et s'il n'assume point les charges de cet esclavage tu le condamnes.
Alors l'autre, parce qu'un ami lui faisait cadeau de son amour, a chang� ce cadeau en devoirs. Et don de l'amour devenait devoir de boire la cigu� et esclavage. L'ami n'aimait point la cigu�. L'autre s'est donc jug� d��u, ce qui est ignoble. Il n'est ici, en effet, de d�ception, que vis-�-vis d'un esclave qui a mal servi.
LII
Mais je te parlerai de la ferveur. Car il te faudra surmonter beaucoup de reproches. La femme ainsi toujours te reprochera ce que tu donnes ailleurs qu'en elle. Car selon l'homme, ce qui est donn� quelque part est vol� ailleurs. Ainsi nous ont construits l'oubli de Dieu et l'usage des marchandises. Car ce que tu donnes en r�alit� ne te diminue point mais bien au contraire t'augmente dans tes richesses � distribuer. Ainsi celui-l� qui aime tous les hommes � travers Dieu, aime infiniment plus chacun des hommes que celui qui n'en aime qu'un seul et �tend simplement � son complice le champ mis�rable de sa personne. De m�me que celui qui affronte au loin les p�rils des armes donne plus � la bien-aim�e sans qu'elle le sache car il lui donne quelqu'un qui est, que ne lui donne celui-l� qui nuit et jour la berce, mais n'existe point.
Ne fais point ici d'�conomies. Car il n'est point de marchandise que l'on �pargne, quand il s'agit des mouvements du c�ur. Car donner est jeter un pont par-dessus l'ab�me de ta solitude.
Et quand tu donnes, ne t'inqui�te point de conna�tre � qui. Car on viendra te dire: �Tel ne m�rite point ce don!� Comme s'il s'agissait l� d'une marchandise que tu userais. Celui-l� m�me qui ne te servirait de rien dans les dons que tu en pourrais solliciter, te peut servir dans les dons que tu lui accorderas, car tu serviras Dieu � travers. Et ceux-l� le savent bien qui n'�prouvent point de piti� basse pour les chances de la valetaille, mais exposent ais�ment leur vie et s'imposent, sans surseoir, cent jours de marche � travers rocs, dans le seul but de soulager d'un chancre le valet de leurs valets. Et ceux-l� seuls se montrent bas et se soumettent � la valetaillerie du valet qui escomptent de lui quelque mouvement de reconnaissance, car il n'a point assez de chair � s'arracher pour payer un regard de toi, mais, � travers le d�positaire, tu as donn� � Dieu, et c'est toi qui te dois prosterner puisqu'il a daign� recevoir.
LIII
J'ai attendu moi-m�me dans ma jeunesse l'arriv�e de cette bien-aim�e que l'on me ramenait pour �pouse au fil d'une caravane issue de fronti�res si lointaines que l'on y avait vieilli. As-tu jamais vu caravane vieillir? Ceux qui se pr�sent�rent aux sentinelles de mon empire n'avaient point connu leur propre patrie. Car �taient morts au cours du voyage ceux qui eussent pu en raconter les souvenirs. Et le long du chemin avaient �t� l'un apr�s l'autre ensevelis. Et ceux qui nous parvinrent n'avaient en patrimoine que des souvenirs de souvenirs. Et les chansons qu'ils avaient apprises de leurs a�n�s n'�taient que l�gendes de l�gendes. As-tu connu miracle plus miraculeux que cette approche d'un navire que l'on e�t b�ti et gr�� en mer? Et la jeune fille que l'on d�barqua d'une ch�sse d'or et d'argent et qui, sachant parler, pouvait dire le mot �fontaine�, savait bien qu'une fontaine il en avait �t� question autrefois, dans les jours heureux, et elle disait ce mot comme une pri�re � laquelle il ne peut �tre r�pondu, car tu pries Dieu ainsi � cause du souvenir des hommes. Plus �tonnant encore �tait qu'elle s�t danser, et cette danse lui avait �t� enseign�e parmi les silex et les ronces, et elle savait bien qu'une danse est une pri�re qui peut s�duire les rois, mais � laquelle, dans la vie du d�sert, il ne peut �tre r�pondu. Ainsi de ta pri�re, jusqu'� ta mort, qui est une danse que tu danses pour toucher un dieu. Mais le plus �tonnant �tait qu'elle apport�t tout ce qui devait ailleurs lui servir. Et ses seins ti�des comme des colombes pour l'allaitement. Et son ventre lisse pour servir des fils � l'empire. Elle �tait venue toute pr�te, comme une graine ail�e � travers la mer, et si bien p�trie, si bien form�e, si purement enchant�e par des provisions qui ne lui avaient jamais servi, comme toi avec tes m�rites successifs, et tes actes, et tes le�ons prises qui ne te serviront qu'� l'heure de la mort, quand enfin tu seras devenu, elle avait si peu us�, non seulement du ventre et des seins qui �taient vierges, mais des danses � s�duire les rois, des fontaines � baigner les l�vres, et de la science des bouquets quand elle n'avait point vu de fleurs, qu'en arrivant � moi dans sa totale perfection, elle ne pouvait plus que mourir.
LIV
Je te l'ai dit de la pri�re qui est exercice de l'amour, gr�ce au silence de Dieu. Si tu avais trouv� Dieu tu te fonderais en Lui, d�sormais accompli. Et pourquoi grandirais-tu pour devenir? Donc quand celui-l� se penchait sur elle, qui �tait mur�e dans son orgueil comme au centre de triples remparts, et tellement impossible � sauver, il plaignait d�sesp�r�ment le sort des hommes: �Seigneur, disait-il, je comprends et j'attends les larmes. Elle sont pluie o� se fond le p�ril de l'orage, d�tente de l'orgueil et pardon permis. Que celle-l� se d�noue et pleure et je pardonne. Mais, comme un animal sauvage et qui se d�fend et de ses dents et de ses griffes contre l'injustice de ta cr�ation, elle ne sait point ne point mentir.�