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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Et une � une, de contradiction domin�e en contradiction domin�e, je m'achemine vers le silence des questions et ainsi la b�atitude.

O bavards! Elles ont tellement ab�m� les hommes.

Insens� qui esp�re la r�ponse de Dieu. S'il te re�oit, s'il te gu�rit, c'est en effa�ant tes questions, de Sa main, comme la fi�vre. Cela est.

Engrangeant un jour Ta Cr�ation, Seigneur, ouvre-nous Ton vantail � deux portes et fais-nous p�n�trer l� o� il ne sera plus r�pondu car il n'y aura plus r�ponse, mais b�atitude, qui est clef de vo�te des questions et visage qui satisfait.

Et celui-l� d�couvrira l'�tendue d'eau douce, plus vaste que l'�tendue des mers, et qu'il avait bien devin�e � entendre le chant des fontaines, quand, les jambes pendantes, il s'asseyait contre elle qui cependant n'�tait que gazelle forc�e � la course, et respirant un peu contre son c�ur.

Silence, port du navire. Silence en Dieu, port de tous les navires.

XL

Dieu m'envoya celle qui mentait si joliment, avec cruaut� chantante, simplement. Et je me penchai sur elle comme sur le vent frais de la mer.

�Pourquoi mens-tu?� disais-je.

Elle pleurait alors, tellement enfouie dans ses larmes. Et je r�fl�chissais sur ses larmes:

�Elle pleure, me disais-je, de ne pas �tre crue quand elle ment. Car il n'est point pour moi com�die de la part des hommes. J'ignore le sens de la com�die.

Certes, celle-l� veut se faire passer pour une autre. Mais l� n'est point le drame qui me tourmente. Il y a drame pour elle qui voudrait tant �tre cette autre. Et la vertu, je l'ai vue respect�e bien plus souvent par celles qui la feignent que par celles-l� qui l'exercent et sont vertueuses comme elles sont laides. Tellement d�sireuses, les autres, d'�tre vertueuses et d'�tre aim�es, mais ne sachant point se dominer, ou plut�t domin�es par les autres. Et toujours en r�volte contre. Et mentant pour �tre belles.�

Les raisons qui jouent sur les mots ne sont jamais les raisons v�ritables. Et c'est pourquoi je ne leur reprocherai rien sinon de s'exprimer tout de travers. Et c'est pourquoi je me taisais devant ces mensonges, n'�coutant point le bruit des mots, dans le silence de mon amour, mais l'effort seul. Ce travail du renard pris au pi�ge qui se d�bat contre le pi�ge. Ou de l'oiseau qui s'ensanglante � sa voli�re. Et je me tournais vers Dieu pour Lui dire: �Pourquoi ne lui as-tu point appris � parler un langage communicable, car si je l'�coute, loin de l'aimer, je la ferai pendre. Et cependant il est du path�tique en elle et elle s'ensanglante les ailes dans la nuit de son c�ur, et elle a peur de moi comme ces jeunes renards des sables auxquels je tendais des morceaux de viande et qui tremblaient, mordaient et m'arrachaient la viande pour l'emporter dans leur tani�re.�

�Seigneur, me disait-elle, ils ne savent point que je suis pure.�

Certes je savais bien le remue-m�nage qu'elle faisait dans ma maison. Et cependant je me sentais clou� au c�ur par la cruaut� de Dieu:

�Aidez-la � pleurer. Versez-lui des larmes. Qu'elle soit fatigu�e d'elle-m�me contre mon �paule: il n'est point en elle de lassitude.�

Car on l'avait mal enseign�e dans la perfection de son �tat et me venait le d�sir de la d�livrer. Oui, Seigneur, j'ai manqu� mon r�le� Car il n'est point de petite fille sans importance. Celle-l� qui pleure, elle n'est point le monde mais signe du monde. Et l'angoisse lui vient de ne point devenir. Mais toute br�l�e et dilapid�e en fum�e. Naufrag�e dans un fleuve en route et impossible � retenir. Moi je viens, et je suis votre terre et votre �table et votre signification. Je suis la grande convention du langage, et maison et cadre et armature.

��coutez-moi d'abord�, lui dis-je.

Elle aussi est � recevoir. Et ainsi les enfants des hommes et ceux surtout qui ne savent point qu'ils peuvent savoir�

�Car je veux vous guider de la main vers vous-m�mes� Je suis la bonne saison des hommes.�

XLI

J'ai vu les hommes heureux et malheureux, non � cause du simple malheur d'un deuil ou du simple bonheur des fian�ailles (par exemple), non pas � cause de la maladie ou de la sant�, car celui-l� qui est malade, je puis le faire se dominer par une nouvelle retentissante et le pousser debout � travers la ville rien qu'en agissant sur son esprit par un certain sens des choses que je nommerai victoire par exemple (le plus simple). Car je gu�ris la ville enti�re par l'�clat � l'aube de mes armes victorieuses, et tu les vois qui se poussent et s'embrassent. Et tu te diras: �Pourquoi ne serait-il pas possible de les maintenir dans un tel climat, comme est le climat d'une grande musique?� Et je te r�ponds: Parce que la victoire n'est point paysage poss�d� du haut des montagnes mais entrevu du haut des montagnes quand tes muscles te l'ont b�ti, mais passage d'un �tat � un autre. Et n'est rien une victoire qui dure. Non plus vivifiante, mais amollissante et ennuyeuse, car il n'est point alors de victoire, mais simple paysage accompli. Alors dois-je vivre dans le perp�tuel balancement de la mis�re et de la richesse? Et tu d�couvres bien que cela aussi est faux car tu peux vivre toute ta vie dans le d�nuement et la mis�re et la lassitude, comme celui qui est poursuivi par les cr�anciers et enfin se pend sans que les petites joies ou les r�missions passag�res l'aient pay� de l'usure des nuits blanches. Ainsi il n'est point d'�tat durable comme la fortune et la victoire, attribu� � l'homme comme du fourrage � un b�tail.

Je veux des gar�ons chauds et g�n�reux et des femmes dont les yeux brillent, et d'o� cela vient-il? Puisque ni de l'int�rieur ni de l'ext�rieur. Et moi je te r�ponds: Cela vient du go�t du retentissement des choses les unes sur les autres, qu'il s'agisse de ta caravane de guerre ou de ta cath�drale ou de ta victoire d'un matin. Mais la victoire n'est d�jeuner que d'un matin. Car ta victoire faite il n'est plus rien � faire qu'� user de ces provisions qui te tuent, et si ta joie a �t� vive c'est que ta communaut� tu l'as sentie avec violence, car dans la tristesse de la veille tu t'�tais retir� chez toi ou chez tes amis dans ton deuil et le deuil de tes fils, mais voici que tu la connais, cette victoire, alors m�me qu'elle se d�noue! Mais qui b�tit sa cath�drale qu'il faudra cent ann�es pour b�tir, alors cent ann�es il peut vivre dans la richesse du c�ur. Car tu t'augmentes de ce que tu donnes et augmentes ton pouvoir m�me de donner. Et si tu marches le long de mon ann�e o� tu b�tis ta vie, te voil� heureux de d�j� pr�parer la f�te sans jamais te constituer des provisions. Car ce que tu donnes avant la f�te pour la f�te t'augmente plus que ce que la f�te une seule fois te rendra. Et ainsi de tes fils qui grandissent. Et de tes navires qui prennent la mer, se trouvent menac�s puis triomphent et abordent le jour naissant avec leurs �quipages. Moi j'augmente la ferveur qui se nourrit de ses r�ussites, comme celle de celui-l� qui n'est point un pillard et qui, plus il �crit, plus il forge son style. Mais je r�pudierai celle qui, bien que vive, se ruine dans ses r�ussites. Car plus je connais, plus je veux conna�tre, plus je suis dispos� pour conna�tre, plus je convoite le bien d'autrui et plus je le pille et plus je m'engraisse � le d�vorer. Plus je me ruine dans mon c�ur.

Car de chaque conqu�te l'homme d�couvre qu'elle l'a tromp� quand il use de l'objet conquis, ayant confondu la chaleur de la cr�ation avec le go�t de l'usage de l'objet qui ne lui apporte plus rien. Et pourtant il est n�cessaire de se soumettre un jour � cet usage, mais alors m'int�resse seul l'usage qui sert � la conqu�te si la conqu�te sert � l'usage. Chacun renfor�ant l'autre. Ainsi de la danse m�me ou du chant ou de l'exercice de la pri�re qui cr�e la ferveur, laquelle alimente ensuite la pri�re, ou de l'amour. Car si je change d'�tat, si je ne suis plus mouvement et action vers, alors me voil� comme mort. Et du sommet de ta montagne tu ne jouiras plus du paysage quand il ne sera plus victoire de tes muscles et satisfaction de ta chair.

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