Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
�Tu uses de ton pass� comme du paysage qui est flanqu� ici de sa montagne, l� de son fleuve, et tu y disposes dans la libert� des villes � venir, tenant compte de ce qui est. Et si ce qui est n'�tait pas, tu inventerais des villes de r�ve qui sont faciles, car aux r�ves rien ne r�siste, mais en m�me temps que faciles, perdues et dissoutes dans l'arbitraire. Ne te plains point de ton assise qui est celle-ci et non une autre car la vertu d'une assise d'abord c'est d'�tre. Ainsi de mon palais, de mes portes, de mes murs.
�Et quel conqu�rant a jamais regrett� en prenant possession d'un territoire que l� s'�paul�t la montagne, qu'ici se d�roul�t le fleuve? J'ai besoin d'une trame pour broder, de r�gles pour chanter ou pour danser, et d'un homme fond� pour agir.
�Si tu regrettes la blessure subie, autant regretter de n'�tre point ou de n'�tre point n� � une autre �poque. Car ton pass� tout entier n'est que naissance d'aujourd'hui. Il est ainsi et voil� tout. Prends-le tel qu'il est et n'y d�place point les montagnes. Elles sont comme elles sont.�
XLIX
Seule compte la d�marche. Car c'est elle qui dure et non le but qui n'est qu'illusion du voyageur quand il marche de cr�te en cr�te comme si le but atteint avait un sens. De m�me il n'est point de progr�s sans acceptation de ce qui est. Et dont tu pars perp�tuellement. Et je ne crois pas au repos. Car celui-l�, si tel litige le d�chire, il ne convient pas de sa part de chercher une paix pr�caire et de mauvaise qualit� dans l'acceptation aveugle d'un des deux �l�ments du litige. O� vois-tu que le c�dre gagnerait � �viter le vent? Le vent le d�chire mais le fonde. Bien sage qui saurait d�partager le bien du mal. Tu cherches un sens � la vie quand le sens est d'abord de devenir soi-m�me, et non de gagner la paix mis�rable que verse l'oubli des litiges. Si quelque chose s'oppose � toi et te d�chire, laisse cro�tre, c'est que tu prends racine et que tu mues. Bienheureux ton d�chirement qui te fait t'accoucher de toi-m�me: car aucune v�rit� ne se d�montre et ne s'atteint dans l'�vidence. Et celles que l'on te propose ne sont qu'arrangement commode et semblables aux drogues pour dormir.
Car je m�prise ceux-l� qui s'abrutissent d'eux-m�mes pour oublier ou qui, se simplifiant, �touffent, pour vivre en paix, une des aspirations de leur c�ur. Car sache que toute contradiction sans solution, tout irr�parable litige, t'oblige de grandir pour l'absorber. Et, dans les n�uds de tes racines, tu prends la terre sans visage et ses silex et son humus, et tu b�tis un c�dre � la gloire de Dieu. Seule a abouti � la gloire la colonne de temple qui est n�e � travers vingt g�n�rations de son usure contre les hommes. Et toi-m�me si tu veux grandir, use-toi contre tes litiges: ils conduisent d'abord vers Dieu. C'est la seule route qui soit au monde. Et de l� vient que la souffrance te grandit, quand tu l'acceptes.
Mais il est des arbres d�biles que le vent de sable ne p�trit point. Il est des hommes d�biles qui ne peuvent se surmonter. D'un bonheur m�diocre, ils font leur bonheur apr�s avoir suicid� leur grande part. Ils s'arr�tent dans une auberge pour la vie. Ils se sont avort�s eux-m�mes. Et peu m'importe de ceux-l� ce qu'ils deviennent ni s'ils vivent. Ils nomment bonheur de croupir sur la pauvret� de leurs provisions. Ils se refusent des ennemis en dehors d'eux et en eux-m�mes. La voix de Dieu qui est besoin, recherche et soif inexprimables, ils renoncent � l'entendre. Ils ne cherchent point le soleil comme le cherchent dans l'�paisseur de la for�t les arbres, qui ne l'obtiendront jamais comme provision ni comme r�serve, car l'ombre des autres �touffe chaque arbre, mais le poursuivent dans leur ascension, model�s comme des colonnes glorieuses et lisses, jaillies du sol et devenues puissance de par la poursuite de leur dieu. Dieu ne s'atteint point mais se propose et l'homme se construit dans l'espace comme un branchage.
C'est pourquoi il te faut m�priser les jugements de la multitude car eux te ram�nent � toi-m�me et t'emp�chent de grandir. Ils disent erreur le contraire de la v�rit� et les litiges leur deviennent simples, et ils refusent comme inacceptables, puisque fruits de l'erreur, les ferments de ton ascension. Ils te souhaitent donc enferm� dans tes provisions et parasite, pillard de toi-m�me et r�volu. Et quel besoin te pousserait alors � chercher Dieu, � te fabriquer ton cantique et � monter encore pour ranger sous tes pieds le paysage de montagne devenu d�sordre, ou sauver en toi le soleil qui ne se gagne point une fois pour toutes mais n'est que poursuite du jour?
Laisse-les parler. Leurs conseils partent d'un c�ur facile qui te d�sire d'abord heureux. Ils souhaitent de te donner trop t�t cette paix qui n'est offerte que par la mort quand tes provisions te servent enfin. Car elles ne sont point provisions pour la vie, mais miel d'abeille pour l'hiver de l'�ternit�.
Et si tu me demandes: �Dois-je r�veiller celui-l� ou le laisser dormir afin qu'il soit heureux?� je te r�pondrai que je ne connais rien du bonheur. Mais s'il est une aurore bor�ale, laisseras-tu dormir ton ami? Nul ne doit dormir s'il peut la conna�tre. Et certes celui-l� aime son sommeil et s'y roule: et cependant arrache-le � son bonheur et jette-le dehors afin qu'il devienne.
L
La femme te pille pour sa maison. Et certes souhaitable est l'amour qui fait l'ar�me de la maison et chant du jet d'eau et musique des aigui�res silencieuses et b�n�diction des enfants quand ils viennent l'un apr�s l'autre, les yeux pleins du silence du soir.
Mais ne cherche pas � d�partager et � pr�f�rer selon des formules, ni le rayonnement du guerrier dans le sable ni les bienfaits de son amour. Car le langage seul ici divise. N'est amour que celui du guerrier plein des �tendues de son d�sert, et n'est offrande de la vie, dans l'embuscade autour des puits, que celle de l'amant qui sut aimer, car autrement la chair offerte n'est point sacrifice ni don de l'amour. Car si celui-l� qui combat n'est point homme mais automate et machine � cogner, o� est donc la grandeur du guerrier: je n'y vois plus qu'�uvre monstrueuse d'insecte. Et si celui-l� qui caresse la femme n'est qu'humble b�tail sur sa liti�re, o� est donc la grandeur de l'amour?
Moi je ne connais rien de grand que dans le guerrier qui d�pose les armes et berce l'enfant, ou dans l'�poux qui fait la guerre.
Il ne s'agit point d'un balancement de l'une � l'autre v�rit�, d'une chose valable un temps puis d'une autre. Mais de deux v�rit�s qui n'ont de sens que jointes. C'est en tant que guerrier que tu fais l'amour et en tant qu'amant que tu fais la guerre.
Mais celle-l� qui t'a gagn� pour ses nuits, ayant connu la douceur de ta couche, elle s'adresse � toi, sa merveille, et te dit: �Mes baisers ne sont-ils pas doux? Notre maison n'est-elle point fra�che? Nos soir�es ne sont-elles point heureuses?� Et tu le lui accordes par ton sourire. �Alors, dit-elle, demeure aupr�s de moi pour m'�pauler. Lorsque viendra le d�sir tu n'auras qu'� tendre les bras et je plierai vers toi sous ta simple pes�e comme le jeune oranger lourd d'oranges. Car tu m�nes au loin une vie avare et qui n'enseigne point de caresses. Et les mouvements de ton c�ur, comme l'eau d'un puits ensabl�, ne disposent point de prairie o� devenir.�
Et en effet, tu as connu autour de tes nuits solitaires ces �lans d�sesp�r�s vers telle ou telle dont te remontait l'image, car toutes embellissent dans le silence.
Et tu crois que la solitude de la guerre t'a fait perdre l'occasion merveilleuse. Et cependant l'apprentissage de l'amour tu ne le fais que dans les vacances de l'amour. Et l'apprentissage du paysage bleu de tes montagnes tu ne le fais que parmi les rocs qui m�nent � la cr�te, et l'apprentissage de Dieu, tu ne le fais que dans l'exercice de pri�res auxquelles il n'est point r�pondu. Car cela seul te comblera sans crainte d'usure, qui te sera accord� hors de l'�coulement des jours quand les temps pour toi seront r�volus et quand il te sera permis d'�tre, ayant achev� de devenir.
Et, certes, tu peux t'y m�prendre et plaindre celui-l� qui jette son appel dans la nuit vaine, et croit que le temps coule inutile en lui d�robant ses tr�sors. Tu peux t'inqui�ter de cette soif d'amour sans amour, ayant oubli� que l'amour n'est par essence que soif d'amour, comme le savent les danseurs et les danseuses, qui font leur po�me de l'approche alors qu'ils pourraient d'abord se joindre.