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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Ceux-l� qui sont nobles, je les prot�ge. Et leur protection c'est l'injustice. Ni t'indigne point � cause des mots. Ces poissons bleus aux longues �toffes, si tu les �tends sur le rivage, il est injuste qu'ils soient laids. Mais la faute vient de toi: ils �taient faits pour le rayonnement sous-marin. Ils �taient beaux l� o� cesse le rivage. Et les capitaines des sables aussi sont beaux l� seulement o� meurt le charroi des villes, l'offre des marchands et la vanit�. Car il n'est point de vanit� dans le d�sert.

Qu'ils se consolent. Ils redeviendront rois s'ils le souhaitent, car je ne les frustrerai point de leur royaume et ne m�nagerai point leur souffrance.

Cette autre vint:

�Je suis l'�pouse fid�le et sage et belle. Je ne respire que pour lui. Je lui couds ses manteaux et soigne ses blessures. Je partage ses mauvais jours. Mais le voil� qui accorde son temps � celle qui le bafoue et qui le pille.�

Et je lui r�ponds:

�Ne te trompe pas ainsi sur l'homme. Qui se conna�t soi-m�me? On marche en soi-m�me vers la v�rit� mais l'esprit de l'homme est semblable � l'ascension des montagnes. Tu vois la cr�te, il te semble l'atteindre et tu d�couvres d'autres cr�tes, d'autres ravins et d'autres pentes. Qui conna�t sa soif? Il en est qui ont soif du bruit des rivi�res, et qui, pour l'entendre, acceptent la mort. Il en est qui ont soif du blottissement contre leur �paule d'un renard, et ils vont � l'aff�t malgr� l'ennemi. Celle-l� dont tu parles �tait peut-�tre n�e de lui. Et c'est pourquoi il en est responsable. Tu te dois � ta cr�ature. Il va la chercher pour qu'elle le pille. Il va la chercher pour qu'elle s'abreuve. Il ne sera point pay� par un mot tendre, mais il ne sera pas non plus frustr� par l'injure. Il ne s'agit point d'entreprise comptable o� un mot tendre ajoute et une injure retranche. Il sera pay� par son sacrifice. Et par ce mot qu'elle dira et qu'il lui aura enseign�. Semblable � celui qui est revenu du d�sert et que les d�corations ne peuvent payer, pour la m�me raison que les ingratitudes ne le peuvent frustrer. Car o� vois-tu qu'il s'agit d'acqu�rir et de poss�der quand il ne s'agit que de devenir, d'�tre enfin, et de mourir dans la pl�nitude de sa substance? Dis-toi que la r�compense d'abord c'est la mort qui largue enfin le navire. Heureux celui qui est lourd de tr�sors!

�Et toi-m�me, qu'as-tu � te plaindre: Tu ne sais donc point le rejoindre?�

C'est alors que je compris l'alliance et � quel point elle diff�re de la communaut�. �Ils s'abordent tous, me disais-je, avec un langage rudimentaire et qui croit transporter lorsqu'� peine il signifie. Et les voil� tous occup�s de man�uvrer leurs balances et leurs instruments de mesure. Ils ont tous raison mais trop raison. Ils n'ont que raison et donc ils se trompent. Et l'un de l'autre, ils se b�tissent des images pour exercice de tir.�

L'alliance nous peut unir quand m�me je te poignarde.

XXXIX

Ne jamais craindre le chantage. Car si tu engages tout sur ce point de d�tail tu l'eusses engag� bient�t sur un autre point de d�tail et le premier e�t �t� accord� sans b�n�fice.

Ainsi de l'empire.

Il faut devenir pour comprendre. Cela explique l'orgueil de celui qui croit. Il �prouve le sentiment que le doute de l'autre ne signifie rien car l'autre ne �peut� pas comprendre.

Sache distinguer la contrainte de l'amour. Celui-l� qui jure par moi et attend que je parle pour parler, celui-l� ne m'int�resse point. Car je vais cherchant ma lumi�re parmi les hommes. Chanter en ch�ur est une chose. Mais autre chose est de fonder le chant. Et qui collabore dans la cr�ation?

Car encore ce dilemme qu'il s'agit de lever: il n'est de cr�ation que si tous collaborent et cherchent. Il n'est de cr�ation que quand le tronc de l'arbre est nou� par l'amour. Mais il ne s'agit point de la soumission de chacun � tous, bien au contraire, mais de la direction du courant de s�ve, lequel �tablit les branchages comme un temple dans le ciel. Ici la m�me erreur que celle des logiciens qui remarquent le plan dans l'objet cr�� et croient que la cr�ation est n�e de lui quand c'est par le plan qu'elle s'exprime. Alors que le plan est visage montr�. Il s'agit de la soumission non de chacun � tous, mais de chacun � l'�uvre et chacun force les autres de grandir, peut-�tre m�me par l'acte de s'opposer. Et moi j'oblige � la cr�ation car s'ils re�oivent de moi seul, ils deviennent pauvres et vides. Mais c'est moi qui re�ois d'eux tous, et les voil� ainsi grandis de poss�der comme expression ce moi qu'ils ont tellement grandi d'abord. Et de m�me que je prends dans les bras leurs agneaux, leurs ch�vres, leurs graines et jusqu'aux murs de leurs demeures, pour les faire miens et les leur rendre, devenus don de mon amour, de m�me les basiliques qu'ils fondent�

Mais de m�me que la libert� n'est point la licence, ainsi l'ordre n'est point absence de libert�. (Je reviendrai sur la libert�.)

J'�crirai un hymne au silence. Toi, musicien des fruits. Toi, habitant des caves, des celliers et des granges. Toi, vase de miel de la diligence des abeilles. Toi, repas de la mer sur sa pl�nitude.

Toi, dans lequel, du haut des montagnes, j'enferme la ville. Ses charrois tus, ses cris et la sonorit� de ses enclumes. D�j� toutes ces choses dans le vase du soir sont suspendues. Vigilance de Dieu sur notre fi�vre, manteau de Dieu sur l'agitation des hommes.

Silence des femmes qui ne sont plus que chair o� m�rit le fruit. Silence des femmes sous la r�serve de leurs seins lourds. Silence des femmes qui est silence de toutes les vanit�s du jour et de la vie qui est gerbe de jours. Silence des femmes qui est sanctuaire et perp�-tuement. Silence o� se joue vers demain la seule course qui aille quelque part. Elle entend l'enfant qui lui craque au ventre. Silence, d�positaire o� j'ai tout enferm� de mon honneur et de mon sang.

Silence de l'homme qui s'accoude et qui r�fl�chit et re�oit d�sormais sans d�pense et fabrique le suc des pens�es. Silence qui lui permet de conna�tre et qui lui permet d'ignorer, car il est bon quelquefois qu'il ignore. Silence qui est refus des vers, des parasites, et des herbes contraires. Silence qui te prot�ge dans le d�roulement de tes pens�es.

Silence des pens�es elles-m�mes. Repos des abeilles car le miel est fait et ne doit plus �tre que tr�sor enfoui. Et qui m�rit. Silence des pens�es qui pr�parent leurs ailes car il est mauvais que tu t'agites dans ton esprit ou dans ton c�ur.

Silence du c�ur. Silence des sens. Silence des mots int�rieurs, car il est bon que tu retrouves Dieu qui est silence dans l'�ternel. Tout ayant �t� dit, tout ayant �t� fait.

Silence de Dieu comme le sommeil du berger, car il n'est point de sommeil plus doux, malgr� que semblent menac�s les agneaux des brebis, quand il n'est plus ni berger ni troupeau, car qui saurait les distinguer l'un de l'autre sous les �toiles quand tout est sommeil, quand tout est sommeil de laine?

Ah, Seigneur! qu'un jour, engrangeant Votre cr�ation, vous ouvriez ce grand portail � la race bavarde des hommes et les rangiez dans l'�table �ternelle, quand les temps seront r�volus, et enleviez, comme on gu�rit des maladies, leur sens � nos questions.

Car il m'a �t� donn� de comprendre que tout progr�s de l'homme est de d�couvrir, l'une apr�s l'autre, que ses questions n'ont point de sens, car j'ai consult� mes savants et ce n'est point qu'ils aient trouv� quelques r�ponses aux questions de l'ann�e derni�re, Seigneur! mais qu'aujourd'hui les voil� qui sourient sur eux-m�mes, car la v�rit� leur est venue comme l'effacement d'une question.

Moi qui sais bien, Seigneur, que la sagesse ce n'est point r�ponse, mais gu�rison des vicissitudes du langage je le connais pour ceux-l� m�mes qui s'aiment et s'assoient les jambes pendantes sur le mur bas devant la plantation d'orangers, �paule contre �paule, connaissant bien qu'ils n'ont point re�u de r�ponse aux questions qu'ils posaient hier. Mais je connais l'amour, et c'est que nulle question n'est plus pos�e.

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