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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Et ce n'est point parce que meurt l'efficacit� du po�me qu'il n'est plus de po�me. L'efficacit� du visage qu'il n'est plus d'amour. Et l'efficacit� de Dieu qu'il n'est plus dans le c�ur de l'homme l'�tendue des terres arables, prises dans leur nuit, dont la charrue ferait lever des c�dres et des fleurs.

Car j'ai vraiment �cout� avec attention les relations entre les hommes et j'ai bien d�couvert les p�rils de l'intelligence: celle qui croit que le langage saisit. Et les r�ponses dans les disputes. Car ce n'est point par la voie du langage que je transmettrai ce qui est en moi. Ce qui est en moi, il n'est point de mot pour le dire. Je ne puis que le signifier dans la mesure o� tu l'entends d�j� par d'autres chemins que la parole. Par le miracle de l'amour ou, parce que, n� du m�me dieu, tu me ressembles. Autrement je le tire par les cheveux, ce monde qui, en moi, est englouti. Et, au hasard de ma maladresse, j'en montre cet aspect seul ou cet autre, comme de cette montagne dont j'exprime bien, en la signifiant, qu'elle est haute. Alors qu'elle est bien autre chose, et que je parlais, moi, de la majest� de la nuit quand on a froid dans les �toiles.

XXXVI

Quand tu �cris � l'homme tu charges un navire. Mais bien peu de navires parviennent. Ils sombrent en mer. Il est peu de phrases qui continuent leur retentissement � travers l'histoire. Car j'ai beaucoup signifi� peut-�tre, mais peu saisi.

Et ici encore ce probl�me: il importe d'enseigner � saisir, bien plus qu'� signifier. Il importe d'enseigner � dresser les op�rations de capture. Celui que tu me montres, que m'importe donc ce qu'il sait? Autant le dictionnaire. Mais ce qu'il est. Et celui-l� a �crit son po�me et l'a rempli de sa ferveur, mais il a manqu� sa p�che au large. Il n'a rien ramen� des profondeurs. Il m'a signifi� le printemps mais ne l'a point cr�� en moi dans la mesure o� il e�t pu en nourrir mon c�ur.

Et je les �coutais, les logiciens, les historiens et les critiques s'apercevoir de ce que l'�uvre quand elle est forte, cette force s'exprime par le plan, car devient plan ce qui est fort. Et si un plan m'appara�t d'abord dans la ville, c'est que ma ville s'est exprim�e et

qu'elle est faite. Mais ce n'est point lui qui fonda la ville.

XXXVII

Cependant, je consid�rais mes danseuses, mes chanteuses et les courtisanes de ma ville. Elles se faisaient construire des liti�res d'argent et, quand elles se hasardaient � quelque promenade, elles �taient pr�c�d�es d'�missaires qui se chargeaient d'annoncer leur passage afin que la foule se rassembl�t. Alors elles �cartaient le voile de soie de leur visage, quand les applaudissements les avaient suffisamment exc�d�es et tir�es d'un sommeil fragile, et elles daignaient c�der au d�sir de la foule en inclinant leur blanc visage vers son amour. Elles souriaient modestement, tandis que les crieurs faisaient leur office avec z�le, car ils �taient fouett�s le soir si la foule n'avait point forc� par la tyrannie de son amour la modestie de la danseuse.

Elles se baignaient dans des baignoires d'or massif et la foule �tait invit�e � voir pr�parer le lait pour le bain. Cent �nesses se laissaient traire. Et l'on ajoutait des aromates et du lait de fleurs, lequel �tait d'un grand prix, mais si discret qu'il ne donnait plus de parfum.

Et je ne me scandalisais point car en fin de compte l'activit� de mon territoire �tait peu absorb�e par l'extraction de ce lait de fleurs, et le prix qu'il co�tait �tait illusoire. D'ailleurs, il �tait souhaitable que quelque part on c�l�br�t l'objet pr�cieux. Car ce n'est point l'usage qui compte, mais la ferveur. Et peu importait puisqu'il existait, qu'il embaum�t ou non mes courtisanes.

Car j'ai toujours eu pour discipline, quand mes logiciens me disputaient, de consid�rer mon territoire dans sa ferveur, pr�t � r�agir si seulement il s'occupait trop de dorures et alors n�gligeait le pain, mais ne s�vissant point contre une dorure mesur�e qui seule faisait la noblesse de son travail, et me pr�occupant peu du destin de cette dorure qui ne servait point dans l'usuel, pensant que son meilleur destin �tait encore d'orner une chevelure de femme plut�t qu'un monument stupide. Car, certes, tu peux dire du monument qu'il est propri�t� de la foule, mais une femme, si elle est belle, peut aussi �tre regard�e et la mis�re du monument, � moins d'�tre un temple pour Dieu, est que, charg� seulement de verser dans les yeux des hommes ses dorures, il n'a rien � recevoir des hommes. Mais la femme, si elle est belle, appelle les dons et les sacrifices et elle t'enivre de ce que tu lui donnes. Non de ce qu'elle te donne.

Donc elles prenaient leurs bains dans ce lait de fleurs. Et, au moins, devenaient images de la beaut�. Puis se nourrissaient de mets rares et ennuyeux, et une ar�te les faisait mourir. Et elles poss�daient des perles qu'elles perdaient. Et ne me choquait point la perte des perles, car il est bon que les perles soient �ph�m�res. Puis elles �coutaient les conteurs et se p�maient, et, se p�mant, n'oubliaient point de choisir pour leur chute un coussin qui s'ajust�t gracieusement aux coloris de leurs �charpes.

De temps � autre aussi, elles s'offraient le luxe de l'amour. Et elles vendaient leurs perles pour quelque jeune soldat qu'elles promenaient par la ville et qu'elles d�siraient le plus beau de tous, le plus �clatant, le plus gracieux, le plus viril�

Et le soldat na�f, le plus souvent, �tait ivre de reconnaissance, croyant recevoir quelque chose alors qu'en v�rit� il servait d'abord leur vanit� et favorisait leur tapage.

XXXVIII

Vint celle-l� qui se plaignait avec violence:

�C'est un brigand, criait-elle, un homme tar�, pourri, couvert de honte. C'est la gale du globe.

Ignominieux et menteur de parole��� Va te laver, lui r�pondis-je. Tu t'es salie.�

Cette autre vint, criant � l'injustice et � la calomnie. Ne cherche point � ce que l'on comprenne tes actes. On ne les comprendra jamais et il n'est point ici d'injustice. Car la justice poursuit une chim�re qui contient le contraire d'elle-m�me. Mes capitaines, dans le d�sert, tu les as vus comme ils sont nobles, nobles et pauvres et tann�s par la soif. Ils dorment, roul�s sur le sable dans la grande nuit de l'empire. Alertes et disponibles et pr�s de s'armer au moindre bruit. Ceux-l� ont r�pondu au souhait de mon p�re: �Qu'ils se l�vent, ceux-l� qui sont pr�ts pour la mort, ayant nou� toute leur fortune dans un baluchon sur l'�paule. Et qui sont disponibles. Et ainsi loyaux dans le combat et g�n�reux de soi. Levez-vous, je vous remettrai les clefs de l'empire. Et ils se tiennent devant l'empire, vigilants comme des archanges. Autrement nobles que les valets de mes ministres ou que mes ministres eux-m�mes. Mais les voil�, s'ils sont rappel�s dans la capitale, qui passent en second dans les banquets et pi�tinent dans les antichambres et se plaignent, eux qui v�ritablement sont grands, d'�tre r�duits ainsi en servitude et humili�s. �Am�re destin�e, disent-ils, de celui qui n'est pas jug酻

Et moi je leur r�ponds: �Am�re destin�e de celui-l� qui est compris et qui est port� en triomphe et remerci� et honor� et enrichi. Il se gonfle bient�t d'une pr�tention vulgaire et troque ses nuits d'�toiles contre des marchandises. Or, il �tait plus riche que les autres, et plus noble et plus merveilleux. Et pourquoi celui-l� qui r�gnait dans sa solitude se soumet-il � l'opinion des s�dentaires? Le vieux charpentier trouve dans le poli de sa planche la r�compense de son travail. L'autre dans la qualit� du silence dans le d�sert. Il est fait pour �tre oubli� une fois rentr�. Et s'il en souffre, c'est qu'il n'�tait point assez pur. Car je te le dis: l'empire est fond� sur la valeur des hommes. Morceau d'empire celui-l�. Et participant du tronc de l'arbre. Si tu r�ves pour celui-l� les avantages du marchand et renvoies, pour les lui donner en �change, le marchand au d�sert, attends quelques ann�es pour jouir du fruit de ton travail. Ton marchand sera grand seigneur et traitant � �galit� avec le vent, l'autre sera marchand vulgaire.

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