Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Et tous le savent, car ceux qui r�clament la libert� r�clament la morale int�rieure afin que l'homme soit quand m�me gouvern�. Et le gendarme, se disent-ils, est au-dedans. Et ceux qui r�clament la contrainte t'affirment qu'elle est libert� de l'esprit, car tu es libre dans ta maison de traverser les antichambres, d'arpenter les salles, de l'une � l'autre, de pousser les portes, de monter ou de descendre les escaliers. Et ta libert� cro�t du nombre des murs et des entraves et des verrous. Et tu as d'autant plus d'actes possibles, qui se proposent � toi et entre lesquels tu peux choisir, que la duret� de tes pierres t'a impos� d'obligations. Et dans la salle commune o� tu campes dans le d�sordre, il n'est plus pour toi libert� mais dissolution.
Et en fin de compte, tous r�vent d'une ville qui est la m�me. Mais l'un r�clame pour l'homme, tel qu'il est, le droit d'agir. L'autre le droit de p�trir l'homme afin qu'il soit et puisse agir. Et tous c�l�brent le m�me homme.
Mais tous deux se trompent aussi. Le premier le croit �ternel et existant en soi. Sans conna�tre que vingt ann�es d'enseignement, de contraintes et d'exercices ont fond� celui-ci en lui et non un autre. Et que tes facult�s d'amour te viennent d'abord de l'exercice de la pri�re et non de ta libert� int�rieure. Ainsi de l'instrument de musique si tu n'as point appris � en jouer, ou du po�me si tu ne connais aucun langage. Et le second se trompe aussi, car il croit aux murs et non � l'homme. Ainsi au temple mais non � la pri�re. Car, des pierres du temple, c'est le silence qui les domine qui compte seul. Et ce silence dans l'�me des hommes. Et l'�me des hommes o� tient ce silence. Voici le temple devant lequel je me prosterne. Mais l'autre fait son idole de la pierre et se prosterne devant la pierre en tant que pierre�
Il en est de m�me de l'empire. Et je n'ai point fait un dieu de l'empire afin qu'il asserv�t les hommes. Je ne sacrifie point les hommes � l'empire. Mais je fonde l'empire pour en remplir les hommes et les en animer, et l'homme compte plus pour moi que l'empire. C'est pour fonder les hommes que je les ai soumis � l'empire. Ce n'est point pour fonder l'empire que j'ai asservi les hommes. Mais abandonne donc ce langage qui ne m�ne � rien et distingue la cause de l'effet et le ma�tre du serviteur. Car il n'est que relation et structure et d�pendance interne. Moi qui r�gne, je suis plus soumis � mon peuple qu'aucun de mes sujets ne l'est � moi. Moi qui monte sur ma terrasse et re�ois leurs plaintes nocturnes et leurs balbutiements et leurs cris de souffrance et le tumulte de leurs joies pour en faire un cantique � Dieu, je me conduis donc comme leur serviteur. C'est moi le messager qui les rassemble et les emporte. C'est moi l'esclave charg� de leur liti�re. C'est moi leur traducteur.
Ainsi, moi leur clef de vo�te, je suis le n�ud qui les rassemble et les noue en forme de temple. Et comment m'en voudraient-ils? Des pierres s'estimeraient-elles l�s�es d'avoir � soutenir leur clef de vo�te?�
N'accepte point de discussions sur de tels objets car elles sont vaines.
Ni non plus de discussions sur les hommes. Car tu confonds toujours les effets et les causes. Comment veux-tu qu'ils sachent ce qui passe � travers eux quand il n'est point de langage pour le saisir? Comment la goutte d'eau se conna�trait-elle comme fleuve? Et cependant coule le fleuve. Comment chaque cellule de l'arbre se conna�trait-elle en tant qu'arbre? Et cependant grandit cet arbre. Comment chaque pierre aurait-elle conscience du temple? Et cependant ce temple enferme son silence comme un grenier.
Comment les hommes conna�traient-ils leurs actes s'ils n'ont durement gravi la montagne dans la solitude pour essayer de devenir dans le silence? Et sans doute Dieu seul peut conna�tre la forme de l'arbre. Mais eux savent que l'un tire � gauche et l'autre � droite. Et chacun veut massacrer l'autre qui le brime et qui le d�range quand ni l'un ni l'autre ne sait o� il va. Ainsi sont ennemis les arbres des tropiques. Car tous s'�crasent l'un l'autre et se volent leur part de soleil. Et pourtant la for�t grandit et couvre la montagne d'une fourrure noire qui distribue dans l'aube ses oiseaux. Crois-tu que le langage de chacun saisisse la vie?
Ils naissent chaque ann�e les chantres qui te disent impossibles les guerres, puisque nul ne d�sire souffrir, quitter sa femme et ses enfants, gagner un territoire dont il n'usera point pour lui-m�me, puis mourir au soleil d'une main ennemie, des pierres cousues dans le ventre. Et certes tu demandes � chacun des hommes son choix. Et chacun refuse. Et cependant, l'ann�e d'apr�s, l'empire de nouveau prend les armes, et tous ceux-l� qui refusaient la guerre, laquelle �tait inacceptable dans les op�rations de leur maigre langage, s'unissent dans une morale informulable pour une d�marche qui n'avait point de sens pour aucun d'entre eux. Un arbre se fonde qui s'ignore. Et celui-l� seul le reconna�t qui se fait proph�te sur la montagne.
Ce qui se fonde et ce qui meurt de plus grand qu'eux, certes, puisqu'il s'agit des hommes, passe � travers les hommes sans qu'ils le sachent formuler: mais leur d�sespoir en est signe. Et si meurt un empire tu d�couvriras cette mort � ce que tel ou tel perd foi dans l'empire. Et c'est faussement que tu le rendras responsable de la mort de l'empire: car il ne faisait que montrer le mal. Mais comment saurais-tu distinguer entre les effets et les causes? Et si la morale se pourrit tu en liras les signes dans la concussion des ministres. Mais tu peux leur trancher la t�te: ils �taient les fruits de la pourriture. Tu ne luttes point contre la mort en ensevelissant les cadavres.
Mais il faut les ensevelir, certes, et tu les ensevelis. Ceux qui sont g�t�s, je les retranche. Mais j'interdis par dignit� que l'on pol�mique sur les hommes. Car les aveugles me d�plaisent s'ils s'injurient sur leurs difformit�s. Et comment perdrais-je mon temps � les �couter former ces injures? Mon arm�e qui l�che pied, le g�n�ral l'accuse et elle accuse son g�n�ral. Et l'ensemble accuse les mauvaises armes. Et l'arm�e accuse les marchands. Et les marchands accusent l'arm�e. Et tous encore ils en accusent d'autres. Et moi je r�ponds: �Il faut trancher les branches mortes � cause du signe de la mort.� Mais il est absurde de les accuser de la mort de l'arbre. C'est l'arbre qui meurt quand meurent ses branches. Et la branche morte n'�tait qu'un signe.
Alors si je les vois pourrir je les tranche sans m'occuper d'eux mais je porte ailleurs mes regards. Ce ne sont point des hommes qui pourrissent, c'est un homme qui pourrit en eux. Et je me penche sur la maladie de l'archange�
Et je sais bien qu'il n'est de rem�de que dans le cantique et non dans les explications. Ont-elles jamais ressuscit� la vie, les explications des m�decins? Car ils disent: �Voil� pourquoi il est mort�� Et certes celui-l� est mort selon une cause connaissable et un d�rangement de ses visc�res. Mais la vie �tait autre chose qu'un arrangement des visc�res. Et quand tu as tout pr�par� dans ta logique, il en est comme d'une lampe � huile que tu as forg�e et sertie et qui ne donne point de lumi�re si d'abord tu ne l'allumes.
Tu aimes parce que tu aimes. Il n'est point de raison pour aimer. Il n'est de rem�de que cr�ateur car tu b�tiras leur unit� dans le seul mouvement de leur c�ur. Et leur raison profonde d'agir sera ce chant dont tu les chargeras.
Et certes demain il deviendra raison, motif, mobile et dogme. Car ils se pencheront, les logiciens, sur ta statue pour d�nombrer les raisons qu'elle a d'�tre belle. Et comment se tromperaient-ils puisqu'elle est belle? Ce qu'ils connaissent par d'autres voies que la logique.
XLVIII
Car je vous apporte la grande consolation, � savoir qu'il n'y a rien � regretter. Ni � rejeter. Ainsi disait mon p�re: