Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Et il la plaignait d'avoir si peur. Et il disait � Dieu, parlant des hommes: �Tu leur as fait peur une fois pour toutes avec les dents, les �pines, les griffes, les venins, les �cailles pointues, les ronces de ta cr�ation. Il faut bien du temps pour les rassurer et qu'ils reviennent.� Et celle-l� qui mentait, il savait bien qu'elle �tait tellement lointaine, tellement perdue et qu'il lui faudrait tellement marcher pour revenir!
Et il plaignait les hommes � cause en eux de distances consid�rables que l'on ne savait point reconna�tre.
Certains s'�tonnaient de son indulgence apparente pour des licences abominables. Mais il connaissait bien qu'il n'�tait point en lui d'indulgence. Mais, disait-iclass="underline" �Seigneur, je ne suis point ici en tant que juge. Il est des �poques pour juger et des hommes, et moi-m�me je puis �tre appel� � jouer ce r�le envers d'autres. Mais celle-l� que j'ai ramass�e � cause qu'elle avait peur, ce n'est point pour s�vir contre elle. A-t-on jamais vu le sauveteur, jugeant indigne son oblig�, le rejeter � la mer? Tu le sauves d'abord pleinement car ce n'est point celui-l� que tu sauves mais Dieu � travers lui. Une fois sauv�, alors seulement tu peux s�vir. Ainsi le condamn� � mort tu le gu�ris d'abord s'il est malade, car il t'est permis de ch�tier un homme dans son corps, mais non de m�priser le corps d'un homme.�
Et � ceux qui diront: �Dans quel but agis-tu puisqu'il est si peu d'espoir de la sauver?� je r�pondrai qu'une civilisation ne repose point non plus sur l'usage de ses inventions mais sur la seule ferveur � inventer. Et que tu ne demandes point � ton m�decin non plus de justifier son intervention dans la qualit� de son malade. La d�marche compte d'abord car les fins ne sont qu'apparentes et �tapes arbitraires et tu ne sais point o� tu vas. Et au-del� de cette cr�te de montagne il est une autre cr�te de montagne Et au-del� de cet individu il est autre chose que tu sauves, quand il ne s'agirait que de la religion du sauvetage. Et si tu agis pour un but qui paie, et si tu lui demandes d'abord, comme par contrat, de payer, tu es un marchand et non un homme.
Tu ne peux rien conna�tre des �tapes qui ne sont qu'invention du langage. Seule la direction a un sens. Ce qui importe c'est d'aller vers et non d'�tre arriv� car jamais l'on n'arrive nulle part sauf dans la mort.
Donc sa licence je l'ai envisag�e comme angoisse et comme d�sespoir. Car si tu laisses tout fuir d'entre tes mains, c'est que tu as renonc� � saisir. Et la licence n'est que renoncement � �tre. Et tu te d�sesp�res de ces tr�sors qui, l'un apr�s l'autre, meurent us�s. Car la fleur se fane mais elle devient graine pour toi, et toi qui croyais � la fleur autrement qu'en un lieu de passage, tu te d�sesp�res. Car je te le dis, le s�dentaire n'est point celui qui aime d'amour la jeune fille, puis �pouse la femme, puis berce l'enfant, puis instruit l'enfant de l'homme, puis, vieillard, r�pand sa sagesse, et ainsi toujours marche en avant, mais celui-l� qui voudrait s'arr�ter dans la femme et en jouir comme d'un po�me unique ou d'une provision faite, et celui-l� en d�couvre bient�t la vanit�, car rien sur terre n'est r�servoir in�puisable et le paysage entrevu du haut des montagnes n'est que construction de ta victoire.
Alors il r�pudie la femme, ou la femme change d'amant, ayant �t� d��ue. Mais seule en �tait responsable la vanit� de leur d�marche. Car il n'est possible d'aimer qu'� travers la femme et non la femme. A travers le po�me et non le po�me. A travers le paysage entrevu du haut des montagnes. Et la licence na�t de l'angoisse de ne point r�ussir � �tre. Ainsi celui que ronge l'insomnie se tourne et se retourne sur sa couche � la recherche de la fra�che �paule du lit. Mais � peine l'a-t-il touch�e qu'elle devient ti�de et se refuse. Et il cherche ailleurs une source durable de fra�cheur. Mais il n'en est point, car � peine y touche-t-il que la provision est dilapid�e.
Ainsi de celui ou de celle-l� qui ne voyait que le vide des �tres car ils sont vides s'ils ne sont pas fen�tres ou lucarnes sur Dieu. C'est pourquoi dans l'amour vulgaire tu n'aimes que ce qui te fuit car sinon te voil� rassasi� et �c�ur� de ta satisfaction. Et le savent bien les danseuses qui me viennent jouer l'amour.
Donc j'eusse aim� la rassembler, celle-l� qui pillait le monde et se nourrissait de chardons car le fruit v�ritable ne se trouve qu'� travers et nul �tre ne te peut toucher une fois que tu connais son jeu, dans la mesure o� tu le lui demandes.
Il ne te touche qu'� l'instant o� tu cesses d'esp�rer de lui. Ou il n'est plus qu'image, que brebis �gar�e, qu'enfant faible, ou il n'est plus que ce renard �pouvant� qui te mord aux doigts quand tu le nourris, et vas-tu lui en vouloir d'�tre renferm� dans sa terreur et dans sa haine? Envisageras-tu comme affront tel geste ou telle parole, quand il te suffit d'oublier les paroles et le sens vain qu'elles charrient pour retrouver Dieu � travers?
Et je suis le premier � trancher la t�te quand l'a d�cid� ma justice, quand c'est moi que l'on injurie. Mais je domine de trop loin ce renard qui souffre du pi�ge, non pour lui pardonner, car il n'est rien � pardonner � cette altitude o� je me condamne � �tre seul, mais pour ne point entendre � travers les cris de d�sordre son simple d�sespoir.
C'est pourquoi il se peut que celle-l� qui est plus belle, plus achev�e, plus g�n�reuse te montre cependant Dieu de moins pr�s. Tu n'as rien d'elle � rassurer, � rassembler, � r�unir. Et si elle te demande de t'occuper d'elle tout enti�re et de t'enfermer dans son amour elle te sollicite de n'�tre plus qu'�go�sme � deux, lequel, faussement, on nomme lumi�re de l'amour quand il n'est l� qu'incendie st�rile et pillage des granges.
Je n'ai point fait mes provisions pour les enfermer dans une femme et m'y complaire.
C'est pourquoi celle-l�, dans sa d�loyaut� et son mensonge et ses �carts, sollicitait plus de moi, plus de sources du c�ur, et, m'obligeant � vivre dans le silence qui est signe de l'amour v�ritable, me donnait le go�t de l'�ternit�.
Car il est un temps pour juger. Mais il est un temps pour devenir�
Je te parlerai donc de l'audience. Si tu ouvres ta porte au chemineau et qu'il s'asseoie, ne va point lui reprocher de ne pas �tre autre. Ne le juge point. Car ce dont il avait d'abord faim c'�tait d'�tre l� quelque part, chez quelqu'un avec sa lourdeur, son bagage de souvenirs, sa respiration difficile et son b�ton d�pos� dans un coin. C'�tait d'�tre l� dans la chaleur et dans la paix de ton visage, juste avec tout son pass�, qui n'est point en cause et toutes ses tares comme d�v�tues. Sa b�quille qu'il ne sent plus puisque tu ne lui demandes point de danser. Et alors il se rassure, et le lait que tu lui verses il le boit, et le pain que tu romps il le mange et le sourire que tu lui accordes est manteau ti�de come le soleil pour un aveugle.
Et o� vois-tu qu'il soit bas, sous pr�texte qu'il en est indigne, de lui sourire?
Et o� vois-tu que tu lui donnes quelque chose, si tu ne lui donnes pas l'essentiel qui est l'audience, celle-l� m�me qui peut faire si nobles tes relations avec ton ennemi le plus mortel? Quelle reconnaissance escomptes-tu tirer de lui par le fardeau de tes pr�sents? Il ne pourra que te ha�r s'il s'en va de chez toi perdu de dettes.
LV
Ne confonds point l'amour avec le d�lire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l'opinion commune, l'amour ne fait point souffrir. Mais l'instinct de propri�t� fait souffrir, qui est le contraire de l'amour. Car d'aimer Dieu je m'en vais � pied sur la route boitant durement pour le porter d'abord aux autres hommes. Et je ne r�duis point mon Dieu en esclavage. Et je suis nourri de ce qu'il donne � d'autres. Et je sais reconna�tre ainsi celui qui aime v�ritablement � ce qu'il ne peut �tre l�s�. Et celui-l� qui meurt pour l'empire, l'empire ne le peut point l�ser. On peut parler de l'ingratitude de tel ou tel, mais qui te parlerait de l'ingratitude de l'empire? L'empire est b�ti de tes dons et quelle arithm�tique sordide introduis-tu si tu te pr�occupes d'un hommage rendu par lui? Celui qui a donn� sa vie au temple et s'est �chang� contre le temple, celui-l� aimait v�ritablement, mais sous quelle forme se pourrait-il sentir l�s� par le temple? L'amour v�ritable commence l� o� tu n'attends plus rien en retour. Et si se montre tellement important, pour enseigner � l'homme l'amour des hommes, l'exercice de la pri�re, c'est d'abord parce qu'il n'y est point r�pondu.