À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Elle disait vrai et ils repartirent, l’échine courbée, la fourrure ruisselante. Et la pluie finit par cesser.
Puis les jours commencèrent à raccourcir. Depuis qu’ils avaient quitté le cocon, chaque jour avait été un peu plus long que le précédent, mais maintenant ils voyaient le soleil disparaître à l’horizon un peu plus tôt à la fin de chaque après-midi.
— Et Vengiboneeza ? recommencèrent à murmurer plusieurs voix dans les rangs.
— Koshmar se contenta de hocher la tête en tendant le bras vers l’occident.
— Je crois que nous entrons dans un pays plongé dans une nuit éternelle, dit Staip, le guerrier jovial à qui le doute et le pessimisme avaient toujours été étrangers. Et un pays de ténèbres ne peut être qu’un pays froid.
— Et un pays mort, ajouta Konya d’un ton lugubre.
Il avait cessé de rire et de chanter. Sa réserve naturelle était revenue depuis déjà plusieurs semaines et s’était même singulièrement accentuée, de sorte que cet être distant et solitaire semblait maintenant reclus dans un univers intérieur sinistre et terrifiant.
— Rien ne peut survivre dans cet endroit, ajouta-t-il. Il faut faire demi-tour.
— Non, déclara Koshmar, il faut continuer. Ce qui vous effraie tant est normal, naturel. Là où nous sommes maintenant, les ténèbres sont plus fortes que la lumière, mais, plus loin, tout s’arrangera.
— Le crois-tu vraiment ? demanda Staip.
— Garde confiance, répondit Koshmar. Yissou nous protégera. Emakkis pourvoira à nos besoins. Dawinno nous guidera.
Et ils poursuivirent leur route.
En son for intérieur, Koshmar n’avait pas la même certitude que sa confiance fût justifiée. Dans le cocon le jour et la nuit étaient d’égale longueur, mais, à l’évidence, il en allait autrement dans le monde de l’extérieur. Quelle pouvait être la véritable signification de cette diminution de la durée du jour ? Peut-être Staip était-il dans le vrai, peut-être pénétraient-ils dans une contrée où le soleil ne se levait jamais et où le froid aurait raison de leur vaillance.
Elle regrettait de ne pouvoir consulter Thaggoran qui aurait pu lui fournir une explication ou au moins inventer quelque chose de rassurant. Mais Thaggoran n’était plus à ses côtés et l’ancien de la tribu n’était qu’un enfant. Koshmar envoya quand même chercher Hresh et prit soin de ne pas lui montrer l’incertitude qui l’assaillait.
— J’ai besoin de connaître un mot de l’ancien temps, dit-elle.
— Quel mot ? demanda Hresh.
— Le nom que nos ancêtres donnaient aux changements de durée du jour et de la nuit. On doit pouvoir trouver cela dans les chroniques. Le nom est celui du dieu. Il faut s’adresser au dieu dans nos prières en lui donnant son vrai nom, sinon le soleil ne reviendra jamais.
Hresh partit fouiller dans les archives. Il chercha dans le Livre de la Voie, dans le Livre des Heures et des Jours, dans le Livre du Réveil Glacé, dans le Livre de l’Éclat mensonger et dans bien d’autres volumes dont certains étaient si anciens qu’ils n’avaient même pas de nom. Il découvrit la réponse par fragments, dans différents ouvrages, et, au bout de trois jours, il revint trouver Koshmar.
— On appelle cela les saisons, dit-il. Il y a la saison du jour qui est suivie par la saison de la nuit, puis revient la saison du jour.
— Bien sûr, dit Koshmar. Les saisons ! Comment ai-je pu oublier cela ?
Elle fit venir Torlyri et lui ordonna d’adresser ses prières au dieu des saisons.
— Lequel est-ce ? demanda doucement la femme-offrande.
— Celui qui nous amène le temps de la lumière et le temps de l’obscurité, répondit Koshmar.
— Est-ce Friit, à ton avis ? dit Torlyri en hésitant. Friit est le Guérisseur. Il apporte assurément la lumière après l’obscurité.
— Mais Friit n’apporterait pas l’obscurité, dit Koshmar. Non, ce n’est pas lui.
— Alors, dis-moi lequel c’est, poursuivit Torlyri, car je ne sais pas à qui faire mes offrandes.
Koshmar espérait que Torlyri trouverait la réponse, mais, de toute évidence, la prêtresse attendait que le chef se prononce.
— C’est Dawinno, déclara Koshmar d’une voix ferme.
— Bien sûr, dit Torlyri en souriant. Le Destructeur. L’obscurité, puis la lumière : c’est bien dans sa manière d’agir. Il tient tout en équilibre dans ses mains et c’est pour notre plus grand bien.
Tous les jours à midi, quand le soleil était au zénith, Torlyri commença donc à faire une offrande à Dawinno le Destructeur, dieu des saisons. Elle brûlait de vieux fragments de fourrure et un morceau de bois sec dans une belle coupe ancienne de pierre verte polie et veinée d’or. La fumée qui s’élevait vers le soleil était son message de gratitude au dieu dont la sagacité dépassait l’entendement humain.
Les jours continuaient inexorablement de raccourcir, mais Koshmar refusait toute discussion sur ce phénomène.
— Ce sont les saisons, disait-elle avec un geste impérieux de la main. Tout le monde sait cela ! Qu’y a-t-il à craindre ? Les saisons sont dans la nature des choses. C’est un phénomène normal, c’est le don que nous fait Dawinno !
— Oui, grommela Harruel, suffisamment fort pour que Koshmar puisse l’entendre. Les étoiles de mort aussi.
Le paysage changeait à mesure qu’ils avançaient. Il était demeuré très plat pendant longtemps, puis était devenu beaucoup plus accidenté et sauvage et ils durent traverser des montagnes d’un rouge éclatant dont la crête était aiguisée comme la lame d’un couteau. De l’autre côté ils découvrirent quelque chose de tout à fait curieux sur une pente dénudée : une masse inerte de métal, deux fois large comme un homme mais moitié moins haute. Sa tête formait un large dôme muni d’un seul œil et ses jambes étaient articulées d’une manière très complexe. Sa peau métallique, jadis épaisse et luisante, n’était plus maintenant que rouille piquetée depuis des siècles par les précipitations.
— C’est un mécanique, annonça Hresh après avoir vérifié dans les chroniques. Nous devons être à l’endroit où ils sont venus mourir.
Et, de fait, dans les plaines qui s’étendaient au pied des montagnes, ils découvrirent plusieurs centaines, voire des milliers de ces créatures métalliques trapues, une véritable forêt, un océan de carcasses recouvrant le sol dans toutes les directions, occupant chacune une petite parcelle du terrain dans une solitude éternelle. Elles étaient toutes mortes et tellement rongées par la rouille qu’elles s’effritaient au moindre contact et tombaient aussitôt en poussière.
— A l’époque de la Grande Planète, dit Hresh en prenant un ton solennel, ces créatures habitaient dans les puissantes cités de royaumes uniquement peuplés de machines. Mais elles ont refusé de continuer à vivre quand les premières étoiles de mort sont tombées.
— Qu’est-ce qu’une machine ? demanda Haniman.
— Une machine, répondit Hresh, est un objet qui fournit un travail. C’est un objet métallique doté d’un esprit, d’une force, d’une utilité et d’une sorte de vie qui n’est pas semblable à la nôtre.
Il n’avait pu trouver meilleure définition et tout le monde l’accepta. Mais quand quelqu’un demanda pourquoi quelque chose de vivant avait accepté de son plein gré de renoncer à la vie, même si elle n’était pas semblable à la leur, Hresh ne sut que répondre. Cela le dépassait lui aussi.
Koshmar parcourut le cimetière de carcasses corrodées dans l’espoir de découvrir un mécanique ayant encore assez de vie en lui pour lui indiquer la route de Vengiboneeza, mais leurs têtes rongées par la rouille lui opposaient un silence moqueur. La mort les avait frappés depuis trop longtemps et plus rien ne pouvait les tirer de leur sommeil éternel.