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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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Ajao fut bientôt contraint de faire entrer de l’air dans ses poumons. Bien qu’il n’eût perçu aucune odeur signalant la présence d’un élément chimique apte à exercer une action corrosive sur l’organisme, il se retrouva brusquement sur les genoux et la réalité lui glissa entre les doigts. Quelque part, très loin, il entendit jurer Leg-Wot quand à son tour elle dut accepter l’inévitable.

CHAPITRE 15

Le jour. Ce fut la première impression que reçut Leg-Wot en reprenant péniblement ses sens : un joyeux éclat doré filtrait sous ses paupières, lui rappelant les matinées de printemps sur Mèreplanète. Mais elle se sentait les doigts gourds et le dos ankylosé par le froid. Où était-elle ? Ouvrant les yeux, elle fut éblouie par la lumière du soleil que diffractaient les piliers et la toiture de glace. Le Palais des Neiges ! Ils en étaient donc toujours prisonniers. Cependant le soleil était haut — assez haut dans le ciel pour que ses rayons tombent directement sur le sol de glace en faisant scintiller les angles et les facettes des piliers soutenant le dôme. Or s’était impossible ! Le soleil ne s’élèverait pas au-dessus du Palais des Neiges avant le printemps.

Quelqu’un gémit à proximité. Avec effort, Yoninne se mit sur son séant et promena ses regards sur le tas de fourrures teintes où elle était assise. Elle découvrit alors la présence de Bjault et de Pelio ; ce dernier paraissait être réveillé depuis quelques instants. Yoninne détourna vivement les yeux. Le gémissement provenait d’Ajao qui reprenait connaissance. Elle le rejoignit en rampant sur la fourrure.

« La lumière. D’où vient toute cette lumière ? » demanda-t-elle.

Pelio fit une moue, mais resta silencieux. Bjault répondit faiblement : « On dirait qu’ils nous ont téléportés au pôle Sud. »

Qui, ils ? Leg-Wot se retourna pour suivre la direction de son regard et aperçut les Hommes des Neiges. Un grand nombre d’individus, qui paraissaient être des serviteurs et des soldats, se tenaient à une certaine distance d’eux, tandis que dix mètres plus loin cinq autres hommes — tous vêtus de chausses surchargées de bijoux — étaient assis autour d’une table recouverte d’une fourrure. Elle reconnut parmi eux l’onctueux personnage qu’elle avait rencontré au Palais de l’Été et qui devait répondre au nom de Bre’en. Bien que les Profanes fussent revenus à eux, leurs ravisseurs continuaient à les observer d’un air impassible, comme si les prisonniers eussent été des insectes exposés sous une vitrine. Elle remarqua près de la table la coque noire de la capsule qu’elle-même et Ajao avaient si soigneusement entreposée dans la cabine du yacht de Pelio. Sur la table voisinaient le maser, les pistolets-mitrailleurs et jusqu’à la machette de leur trousse de secours ! Convaincus que seul un membre de la Guilde ou un haut dignitaire du Royaume de l’Été pouvait être l’auteur du vol perpétré à l’intérieur du Donjon, les Profanes s’étaient jetés sans s’en douter entre les mains de leurs véritables ennemis.

L’individu nommé Bre’en se leva, son torse nu luisant sous l’éclat du soleil. « Vous voilà réveillés. Parfait ! » Un sourire tout aussi affable que celui qu’il arborait au Palais de l’Été plissait son visage. « Ionina, Adgao, je regrette que nous ayons dû user d’un subterfuge pour vous attirer au pôle. Aucune tempête ne souffle sur la Route insulaire. Mais ne reprochez pas à vos hommes de ne pas avoir décelé notre supercherie ; la route est réellement gelée — nous avons donné congé à nos équipes de casseurs durant quelques heures et le froid s’est chargé du reste. Je vous assure que nous n’avons eu recours à ces mensonges qu’en désespoir de cause. Vous étiez à la fois trop bien surveillés et trop ignorants pour que nous vous contactions directement. Afin de vous prouver la pureté de nos intentions, vous aurez le privilège d’une entrevue avec notre roi et ses principaux ministres. »

Bre’en s’inclina devant le petit Homme des Neiges à l’embonpoint exceptionnel qui était assis au haut bout de la table. Le personnage ainsi désigné leva son menton rond d’une fraction de degré comme pour entériner ces présentations. Les gardes debout derrière les cinq dignitaires regardaient dans le vague.

Avant que l’Homme des Neiges ne reprenne la parole, Ajao intervint. « Comment avez-vous, comment avez-vous…

— Comment nous nous y sommes pris pour vous faire perdre connaissance ? Nous autres, habitants des pôles, savons aussi quelques tours de magie, Adgao, bien qu’ils ne puissent rivaliser avec les vôtres. Dans certains endroits du Nord, il fait si froid au cours de l’hiver qu’une fine couche de neige surnaturelle apparaît sur la glace — c’est un don que la nature réserve à notre royaume. Cette neige enchantée disparaît si on la soumet à l’action de la chaleur ; et si cette opération a lieu à l’intérieur d’un espace clos ceux qui s’y trouvent finissent par s’endormir. »

Foutaises ! pensa Leg-Wot, qui discernait sans mal la véritable cause dissimulée derrière le voile de superstitions dont l’Homme des Neiges entourait son explication. Sans doute faisait-il allusion à du CO2 à l’état solide. Il devait exister sur Giri des endroits suffisamment froids pour que cette pellicule pût se former.

« Nous rappellerons votre équipage à la vie en temps utile. » Il indiqua d’un geste le bassin de transit situé derrière lui. Le yacht de Pelio flottait près du bord opposé et sa coque formait un angle anormal par rapport à la paroi du bassin. Tous les panneaux en étaient scellés. « Mais, pour le moment, il vaut mieux qu’ils dorment. »

Pelio se leva d’un bond. « Espèce de (un mot inconnu) menteur ! Vous avez tué mes hommes ! » Il fixa un regard courroucé sur le Roi des Neiges. « Comment peux-tu tolérer pareille traîtrise, Tru’ud ? Un traité a-t-il si peu de signification pour toi ? »

Le roi Tru’ud réprima un ricanement et se contenta de détourner les yeux. Bre’en se montra cette fois beaucoup moins cordial en répliquant au jeune homme. « Vous êtes un insolent, prince Pelio. Personne n’a été assassiné. Nous avons recouru à la force le moins possible et ne nous y sommes résolus que lorsqu’il est devenu clair que le Royaume de l’Été n’entendait pas partager le savoir de nos visiteurs. À supposer que nous ayons tué votre équipage, pourquoi vous aurions-nous épargné ? Si vous taisiez vos soupçons, ne croyez-vous pas qu’il serait plus facile de se concilier vos deux amis ? »

L’argument ne réussit pas à convaincre Pelio. « J’ignore pour quelle raison vous ne m’avez pas fait subir le même sort qu’aux autres, mais jesais que vous ne pouvez plus nous laisser partir. Votre seule chance d’éviter une guerre avec le Royaume de l’Été est de faire croire à ma famille que mon yacht a péri dans un “funeste accident”. »

Bre’en haussa les épaules et se tourna vers les Novamérikains en affichant un sourire d’excuse. « Quoi qu’il en soit, nous espérons que vous saurez discerner la vérité de nos paroles. Lors du Festival de l’Été, vous prétendiez vouloir accomplir la traversée du Grand Océan. Nous ignorons s’il ne s’agissait pas d’une simple vantardise, mais ce que nous savons c’est que le roi Shozheru ne vous a donné que quelques jours pour préparer votre tentative et qu’il nourrissait le secret dessein de vous berner au cas où le succès vous sourirait. Vous trouverez mon roi mieux disposé à votre égard. Il est prêt à vous accorder sa protection, du temps en suffisance et tout le confort souhaitable… si vous acceptez de partager votre magie avec nous.

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