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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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La main de Pelio s’écarta brusquement des siennes et le prince se leva d’un bond, non sans trébucher contre le corps du pauvre Samadhom endormi. L’ours émit un jappement plaintif et se recula davantage. Pendant un instant, Pelio resta les yeux fixés sur elle, le visage aussi pâle que celui d’un Homme des Neiges. « Vous voulez dire que tous trois m’avez manipulé ? »

Yoninne se sentit glacée ; le rêve tournait au cauchemar. « Mais… mais ne venez-vous pas de dire que cela valait mieux que votre ancienne existence ? »

Pelio se pencha par-dessus la table, approchant son visage rond et lisse jusqu’à quelques centimètres du sien. Il parla, mais elle ne comprit rien ; sans doute l’avait-il maudite. « Oui, je l’ai dit — et peut-être est-ce vrai. Mais j’ignorais que vous aviez comploté en vue de m’entraîner avec vous — comme si vous me preniez pour un enfant ou un animal stupide. » Son débit était devenu haché et Yoninne crut pendant un instant qu’il allait la frapper. « Je n’ai plus le choix. Nous rallierons le comté de Tsarang comme vous l’avez projeté. Mais je sais à présent ce que je représente pour vous ; et, si nous en sortons vivants, je… je… » Sa voix se brisa de honte et de colère, et il quitta la pièce d’un pas pesant.

Après son départ, Yoninne garda longtemps les yeux fixés sur le bois éraflé de la table. Comme pour effacer la vision de ce qui venait de se passer, les détails de son environnement affluèrent à sa conscience : le feu crépitant dans le poêle, les voix assourdies provenant du rez-de-chaussée, l’atmosphère poussiéreuse de l’endroit. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et s’efforça de les retenir. Elle n’avait pas pleuré depuis quinze ans et s’en serait voulu de faiblir à présent, mais elle fut incapable de se contenir plus longtemps. Après tout, elle avait d’autres raisons de s’en vouloir…

CHAPITRE 14

Bjault contempla le plafond pendant plusieurs minutes avant de se rendre compte qu’il était réveillé et que les tiraillements d’estomac qu’il ressentait, loin d’être des crampes, constituaient simplement les symptômes de la faim. Il rejeta la couverture et se mit sur son séant. Le vent hurlait à travers la petite cheminée de la pièce et la flamme de la torche brûlant dans le corridor vacillait continuellement. Il ne se sentait plus nauséeux ni étourdi comme… la nuit précédente ? Il consulta son chronomètre et s’aperçut qu’il avait en effet dormi plus de dix heures. La douleur avait disparu et il s’estimait capable de vivre encore un siècle… s’il ne mourait pas de faim durant les dix prochaines minutes.

Bjault se leva et écarta le rideau de communication. Dans le miroir en argent surmontant le lavabo, son visage brun lui apparut hâve et décomposé. Il se rapprocha de la glace et, écartant les lèvres, il examina ses gencives. Il observa pendant un long moment la tramée bleu vif qui courait à la lisière de la racine des dents. Saturnisme : cette teinte bleue était un des rares symptômes de l’intoxication par le plomb dont il se souvînt encore. La teneur en substances toxiques de la nourriture azhirie devait être infiniment plus élevée qu’il ne se l’était figuré. L’amélioration de son état ne pouvait donc être que passagère. Pour combien de temps en avons-nous encore ? Quelques semaines ? Ou quelques jours ? Et dans ce dernier cas, devons-nous cesser de nous alimenter ? Ou bien l’inanition ne ferait-elle qu’accélérer les effets du poison déjà ingéré ?

Mais, une fois habillé, dès qu’il eut mis le pied dans le couloir menant à la salle à manger, Bjault recouvra en partie son optimisme. Avec de la chance, ils pouvaient être rentrés à Novamérika avant qu’il ne soit victime d’une nouvelle « crise ». Après tout, Yoninne n’avait encore donné aucun signe de malaise. Cette planète paraissait d’ailleurs lui réussir à maints égards : n’avait-elle pas fait preuve la veille d’une réelle sollicitude envers lui ?

Il écarta la tenture pour pénétrer dans la salle à manger, où il aperçut un groupe de personnes à la mine sévère, debout autour de la table. Deux autochtones faisaient face à ses compagnons. Les Hommes des Neiges, ayant ôté leurs parkas, étaient torse nu et leur épiderme luisait à la lumière des torches. L’un d’eux retira une feuille de papier triangulaire de ses jambières molletonnées et dit : « Nous avons reçu un nouveau rapport en provenance de la Route insulaire, messeigneurs, depuis que nous vous avons avertis de l’imminence de la tempête. La voie demeure libre sur près de sept lieues, mais la tempête se rapproche et les lacs de transit situés sur son trajet gèlent trop vite pour que nos ouvriers puissent les maintenir ouverts. Il faudra peut-être attendre une nouvenne avant que le trafic ne reprenne. »

Le ton de la réponse de Pelio trahissait la colère. « Mais nousdevons continuer. Et notre droit de passage est garanti par traité. »

Le large visage de l’Homme des Neiges s’assombrit fugitivement, avant que son possesseur ne prenne le parti de rire. « Vous avez conclu ce traité avec nous, pas avec le temps qu’il fait ici. Circulez à votre guise sur la Route insulaire : au bout de cinq ou six sauts vers l’aval, vous vous écraserez sur une couche de glace de un mètre d’épaisseur. » Son humeur prit un tour agressif. « Vous tenez tellement à vous défiler ? » La nouvelle de l’entrevue de Pelio avec son père lors du Festival de l’Été avait dû se répandre jusqu’au Royaume des Neiges. Un silence pesant succéda à cette remarque insolente de l’Homme des Neiges, remarque que les gardes et les officiers du prince affectaient de ne pas avoir entendue. La plainte du vent leur parvint faiblement à travers la muraille.

Pelio se dispensa de relever la raillerie. « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Le traité stipule que les habitants de l’Été possèdent un droit de passage au nord — même si cela doit revenir à emprunter une route différente.

— Hum ! Je suppose que, si vous insistez, nous devrons vous laisser utiliser la Route septentrionale, encore que vos compatriotes préfèrent rester à Grechper en attendant que la tempête s’apaise.

— Nous insistons, fit Pelio.

— Très bien. » L’autre haussa les épaules. « Je vous procurerai une autorisation. » Les Hommes des Neiges enfilèrent leurs parkas, qu’ils boutonnèrent, puis tournèrent les talons et s’engagèrent dans l’escalier sans témoigner la moindre marque de civilité.

Pendant un moment, personne ne parla. Ajao fit le tour de la table jusqu’à l’endroit où une pile de sandwiches était posée sur une assiette en bois. Il avait si faim qu’à ses yeux l’incident passait au second plan. Quand il eut achevé son deuxième casse-croûte, le silence régnait toujours. Ajao promenait ses regards d’une extrémité à l’autre de la pièce avec le sentiment que quelque chose lui échappait : Pelio et Leg-Wot se tenaient en effet de part et d’autre de la table en évitant soigneusement de se regarder.

Le prince finit par se tourner vers leur pilote-navigateur. « Eh bien ? »

Le soldat se mit brièvement au garde-à-vous avant de répondre. « Ils sont aussi arrogants que d’habitude, Votre Altesse, mais j’ai bien peur qu’ils aient raison. J’ai sondé la couche de glace superficielle des lacs de transit le long de l’itinéraire. Si nous laissons passer la tempête, nous risquons d’être bloqués ici trois ou quatre jours.

— Vous n’ignorez pas, capitaine, que nous ne pouvons attendre dix-huit heures ni, à plus forte raison, trois jours. » Les conseillers de Shozheru s’étaient montrés intransigeants : les Profanes ne disposaient que de neuf jours pour réaliser leur projet. Sur ces neuf jours, il leur restait à peine plus d’une journée. « Et la Route septentrionale ? Les Hommes des Neiges disent que nous pourrions obtenir l’autorisation de l’emprunter. »

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