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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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Le soldat acquiesça et fit signe à un subordonné. Celui-ci ouvrit une sacoche en cuir et déroula sur la table une grande carte de la planète. « Voici Grechper. » Le navigateur indiqua un point situé presque à mi-chemin du pôle. « Si nous pouvions continuer par la Route insulaire (il traça une ligne droite jusqu’à la circonférence du disque), nous aurions à peu près quatre-vingts lieues à couvrir pour atteindre le comté de Tsarang — soit moins de dix heures, en forçant l’allure. Au cas où la voie serait coupée, nous pourrions suivre la Route septentrionale. » Il désigna un pointillé rouge reliant l’intérieur au pôle. « Nous devrons toutefois engager un pilote local, puisque je ne suis pas en mesure de sonder cet itinéraire. Les pèlerins de l’Été ne sont pas autorisés à aller beaucoup plus au nord que Grechper. Il faut compter environ quarante sauts pour gagner le pôle Nord. Vous ne vous attendiez peut-être pas à un nombre aussi élevé, mais nous ne supporterions pas à chaque saut la même secousse que sur les routes de l’Été. Les lacs septentrionaux du Royaume des Neiges sont de petite taille et souvent encombrés par des blocs de glace qui risqueraient de percer la coque du yacht si nous heurtions la surface trop brutalement. Une fois au pôle, nous prenons cette route (il l’indiqua du doigt) et mettons cap au sud en direction du comté de Tsarang. Encore soixante-quinze bonds. »

Le prince fit une grimace. « En somme, trente-cinq sauts de plus que par la Route insulaire. Combien de temps mettrons-nous ?

— D’après le traité, ils ne sont tenus de nous fournir qu’un seul pilote ; dans ces conditions, je doute que nous fassions plus de six bonds à l’heure… disons donc vingt heures au total.

— Parfait. Retournons au yacht et préparons-nous à partir. Simultanément, je tiens à ce que vous (Pelio s’adressait maintenant au consul) fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour obtenir la collaboration active des autochtones : il nous faut cette autorisation de circuler sur la Route septentrionale et un pilote qui connaisse le chemin. »

Le vieux diplomate s’inclina. « À vos ordres, Votre Altesse. »

Il fallut près de trois heures aux Hommes des Neiges pour mettre la main sur un pilote qualifié. Pendant la majeure partie de ce temps, Ajao et ses compagnons restèrent serrés les uns contre les autres à proximité des petits poêles du bateau afin de se tenir chaud. Le ciel demeurait clair et les deux lunes avaient fait leur apparition à chaque extrémité du firmament — l’une pleine, l’autre réduite à un quartier. Vers l’occident — au-delà du chaos de l’océan gelé — les étoiles étaient suspendues à quelques degrés au-dessus de l’horizon. Autour du lac, les Hommes des Neiges cassaient avec ardeur la glace fumante qui se formait même dans cette eau pourtant abondamment traitée. De rares nefs utilisaient encore le lac. Au moins cinquante unités, dont plus de la moitié présentaient cette ligne inélégante typique de la contrée, étaient attachées le long des quais. Toutes attendaient l’ouverture de la Route insulaire.

Vers midi, une demi-clarté éclaircit la partie méridionale du ciel à l’instant où le soleil tenta bravement de surgir au-dessus de la ligne d’horizon. Mais, Grechper étant situé au-delà du cercle arctique, sa tentative était vouée à l’échec.

Leur navigateur décida à un certain moment d’envoyer une sphère messagère jusqu’au premier lac de transit de la Route insulaire, qu’en le sondant il avait trouvé recouvert d’une couche de glace. Quelques minutes plus tard, la réponse heurtait la surface de l’eau à proximité du yacht. La sphère de bois, très endommagée, fut hissée à bord et ouverte. Le message qu’elle contenait signalait que la tempête, qui continuait à se déchaîner, allait même en empirant.

Réunis sur le pont glacial, Pelio et Leg-Wot n’échangèrent pratiquement pas une parole durant toute la matinée. La seule fois qu’Ajao vit l’un des deux regarder l’autre, ce fut pour surprendre le regard courroucé que Leg-Wot décochait au dos tourné de Pelio. Ni l’un ni l’autre ne lui demandèrent des nouvelles de sa santé. On eût dit des individus différents ; que s’était-il donc passé pendant qu’il dormait ? Il essaya d’amener Yoninne à lui faire des confidences, mais elle ne se laissa pas manœuvrer.

Leur nouveau pilote — escorté par les deux Hommes des Neiges qui leur avaient précédemment annoncé l’arrivée de la tempête — finit par gravir l’échelle de coupée. Lorsqu’il fut à bord, le répit — si l’on peut dire — cessa. Le chef-navigateur du yacht fit accomplir à l’homme une brève inspection de la coque, en prenant soin de lui indiquer les dimensions et les parties vulnérables des bordages. Cinq minutes plus tard, ils se téléportaient avec persévérance en direction du nord. Au terme de chaque saut, la nef glissait en biais dans l’eau. Au sud, le demi-jour s’éteignit rapidement et les deux lunes les contemplèrent du haut d’un ciel constellé.

Ajao ne voyait plus aucun bateau orné du soleil luisant au-dessus des champs, qui symbolisait le Royaume de l’Été. Les hommes des Neiges assuraient à eux seuls la totalité du trafic le long de cette route : leurs nefs, de forme presque parfaitement sphérique, étaient aisément reconnaissables. Les bâtiments de la rive devenaient plus petits et il était rare qu’on aperçut une ville au-delà. À la vérité, ces édifices se réduisaient à de simples abris construits à l’aide de massifs blocs de glace. La température dépassant rarement zéro à cette latitude, même au plus fort de l’été, la neige et la glace constituaient des matériaux de construction parfaitement adaptés. D’ailleurs, dans ce coin, le sol devait être enfoui sous une couche de glace de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur. Lieue après lieue, le pays déroulait sous leurs yeux un désert glacé et stérile. Ajao se rendait compte à présent que même le mode de vie de ces Hommes des Neiges ne réussissait pas à persister au-delà du quinzième parallèle. Les seuls habitants de la contrée étaient probablement les casseurs de glace chargés de dégager la route.

Le vent tomba subitement. Peut-être se trouvaient-ils à l’abri d’une chaîne de montagnes invisible à cause de la nuit. Pendant que le nouveau pilote se reposait, l’équipage inspecta la coque de la nef et tenta de faire sauter une partie des plaques de glace qui recouvraient les lames inférieures des hublots. Au sein du silence relatif, les poêles crépitaient en fusant. À présent que le vent avait cessé de souffler, leur chaleur allait pouvoir se faire sentir sur le pont et les hommes se massèrent autour d’eux. Ajao s’étonna que cette brusque hausse de température n’eût pas fait sortir Samadhom de la retraite que Pelio lui avait dénichée dans la dunette.

À travers un hublot obstrué par la glace, Ajao dirigea ses regards vers une nef visible à l’autre extrémité du lac. Un spectacle inhabituel s’y déroulait : le bateau se retournait lentement sens dessus dessous, comme une baleine se roulant paresseusement dans les vagues, avant de reprendre sa position initiale et d’être brusquement téléporté hors du lac. Pour quelle mystérieuse raison les Hommes des Neiges avaient-ils fait opérer un demi-tour à leur nef avant d’effectuer leur saut ? Ajao traversa le pont givré pour gagner l’endroit où se tenait Pelio, occupé à se réchauffer. Le prince ne daigna même pas lever les yeux quand Bjault lui demanda des explications au sujet de ce dont il venait d’être le témoin. Pendant une fraction de seconde, Ajao crut que Pelio ne lui répondrait pas mais, avec un haussement d’épaules, l’Azhiri finit par laisser tomber tranquillement : « Je croyais que vous et Ionina connaissiez toutes les réponses, Adgao. Vous oubliez que je ne suis qu’un balourd ignorant dont il vous plaît d’user momentanément. »

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