Les traquenards de Giri [The Witling - fr]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Nouvelles
- ISBN: 2-7201-0174-5
- Переводчик: Jacques Schmitt
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
« Nous connaissons la puissance de votre magie, qui surpasse peut-être celle, de la Guilde. Nos hommes se trouvaient dans les collines au nord de Bodgaru lors de votre capture. L’un d’eux a vu le monstre volant venir à votre aide et d’autres étaient sur place quand il a pris feu en plein ciel, à des centaines de kilomètres au nord de votre position. Cette créature paraissait mieux adaptée à cette latitude que nos propres nefs. Nous sommes persuadés que, si vous n’aviez pas tout ignoré de notre Talent, vous auriez réussi à repousser les hommes que le préfet Moragha avait envoyés pour vous intercepter.
« Depuis lors, plusieurs de vos talismans sont tombés en notre possession et ils n’ont fait que confirmer la haute idée que nous nous faisions de vous. » Il désigna d’un geste le maser et les autres objets dérobés au Palais de l’Été.
« À ce propos, fit Pelio, comment vous y êtes-vous pris pour extraire ces choses du Donjon ?
— Ceci, naturellement, doit rester secret », répondit l’Homme des Neiges. Mais sa vanité prit le dessus et il adressa un sourire à Pelio. « Je peux néanmoins vous dire que nous avons agi sous vos yeux. »
Une telle prouesse était-elle réellement possible ? Yoninne se souvenait d’avoir vu Bre’en et ses hommes au Donjon, mais ceux-ci avaient les mains vides. Sans être de grandes dimensions — aucun de ces objets ne mesurait plus de quatre-vingts centimètres sur vingt —, le maser et les pistolets-mitrailleurs n’en étaient pas moins impossibles à dissimuler sous des jambières. À moins… Elle se rappela brusquement l’étrange démarche d’automate des serviteurs de Bre’en et une idée horrible lui traversa l’esprit : se pouvait-il que ces hommes eussent été amputés ? Chacun des objets volés aurait aisément pu tenir entre les contours de la forme ramassée d’une jambe d’Azhiri. Ces hommes demeureraient naturellement infirmes tout le reste de leur vie — car elle était certaine que les autochtones ne pratiquaient pas la greffe des membres —, mais le Roi des Neiges, ignorant visiblement la pitié, ne devait guère s’en soucier.
« Comme je viens de le dire, reprit Bre’en, ces instruments n’ont fait qu’accroître notre respect à votre égard. Nous avons dû sacrifier deux excellents soldats pour apprendre que ceci (il tendit le doigt vers l’un des pistolets-mitrailleurs) lance des cailloux métalliques aussi rapides que tout ce que nos hommes sont capables de téléporter. Grâce à cette arme, une recrue encore novice peut se révéler aussi meurtrière qu’un homme de troupe ayant passé des années en pèlerinage. »Ah, quelle armée vous pourriez lever, hein, Bre’en ? pensa Leg-Wot.
L’Homme des Neiges tendit le bras et toucha le maser. « Quant à cet appareil, il est presque aussi dangereux. Un de nos hommes a regardé par l’extrémité vitrée tout en tournant ces boutons. Il est mort en quelques secondes, comme s’il avait eu les viscères désorganisés ; pourtant, cet homme était valide et en pleine possession de son Talent. »
D’un ton de voix hésitant, Bjault demanda : « Qu’attendez-vous exactement de nous ?
— Le secret de votre magie. À défaut, nous voulons que vous nous fabriquiez d’autres appareils semblables. Nous aimerions aussi attraper quelques-uns de ces monstres aériens. En échange, vous pourrez compter sur toute notre assistance pour vous aider à traverser la mer. À moins que vous ne décidiez de rester définitivement dans notre royaume, auquel cas nous vous attribuerions un rang élevé dans notre hiérarchie nobiliaire. »
Ajao hocha la tête et Leg-Wot se demanda avec irritation si le vieil homme croyait réellement à toutes ces promesses. « Puis-je échanger quelques mots avec Yoninne ? » fit-il.
Pelio grommela un juron à mi-voix.
« Certainement », répondit Bre’en, sans que les Hommes des Neiges fissent mine de vouloir les laisser seuls.
Leg-Wot tourna les yeux vers l’autre extrémité du tas de fourrures. « Alors ? » demanda-t-elle dans leur langue natale.
« Bon », dit Ajao d’une voix toujours aussi chevrotante et en employant la même langue qu’elle, « il va falloir faire vite. Pelio a raison, ils ont assassiné l’équipage. On n’asphyxie pas les gens avec du CO2 pour les laisser “endormis” jusqu’à ce qu’on en ait besoin. Ou bien on les ranime immédiatement, ou bien ils meurent. »
Samadhom, pauvre Samadhom. Elle se montrait certainement injuste, mais la mort qui lui causait le plus de peine était celle du gros ours.
« Ces gens sont malins, Yoninne. Je pense qu’ils n’ont ranimé Pelio que pour donner plus de poids à leurs arguments. La cour de Tru’ud présente tous les stigmates d’une dictature “moderne” — comme nous en avons connu à la fin de l’Interrègne. Ces serviteurs — non, ne vous retournez pas ; Bre’en et les autres ne comprennent pas notre langue, mais ils pourraient saisir le sens de vos expressions faciales —, ces serviteurs se ressemblent suffisamment pour être tous frères. Je ne serais pas surpris d’apprendre que le Roi des Neiges élève les Profanes comme du bétail.
« Je soupçonne que Tru’ud se débarrassera de nous dès que nous lui aurons procuré un avantage décisif sur ses ennemis, bien que nous risquions de périr par empoisonnement bien avant. »
Peut-être la tour d’ivoire de Bjault se réduisait-elle finalement à une façade ? « Alors, bon Dieu, qu’est-ce que nous allons faire ? » Du coin de l’œil, elle vit que les Hommes des Neiges commençaient à s’impatienter.
« Je… je ne sais pas Yoninne », répondit-il ; et Leg-Wot devina que cette fois du moins l’indécision que trahissait sa voix n’était pas feinte. « J’ai l’impression qu’il va falloir entrer dans leur jeu — pour le moment.
— Hum ! » Yoninne se retourna vers le Roi des Neiges et ses ministres. « Nous acceptons de coopérer à la condition qu’il ne soit fait aucun mal au prince Pelio », dit-elle en azhiri.
Bre’en acquiesça et les trais de Pelio se figèrent dans une expression féroce. Je suis désolée, Pelio : cette phrase se forma inopinément dans l’esprit de Leg-Wot. Elle se servait encore une fois de lui, même si elle pouvait se dire qu’elle lui sauvait — temporairement — la vie.
Bre’en était maintenant tout sourire, et il n’y avait pas jusqu’à la morne face de Tru’ud qui ne reflétât un sentiment de triomphe. « Votre demande ne fait qu’anticiper nos intentions », dit l’onctueux diplomate. « Vos quartiers ont déjà été préparés et chauffés à la température qui agrée aux habitants du Royaume de l’Été. »
Yoninne éprouva un involontaire mouvement de gratitude. Son corps souffrait de ce froid perpétuel et son parka trempé de sueur lui donnait l’impression d’une main moite posée sur sa peau. Une température intérieure avoisinant zéro degré pouvait bien passer pour une douce chaleur dans l’opinion de Bre’en, mais elle se révélait affreusement incommode pour des gens comme Pelio ou Yoninne Leg-Wot — sans parler de Bjault, qui devait être frigorifié.
Douloureusement conscients de leurs muscles contractés, les trois Profanes se mirent debout. Quand Ajao et Yoninne descendirent du tas de fourrures, les soldats les entourèrent, mais Pelio put les suivre sans la moindre escorte, C’est de moi et d’Ajao qu’ils ont peur, se dit Leg-Wot. Les deux Novamérikains n’étaient-ils pas des sorciers qu’il valait mieux surveiller de près, surtout lorsqu’ils s’approchaient de leurs instruments magiques ? En revanche, la personne de Pelio ne faisait peser aucune menace sur les Hommes des Neiges.