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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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« Ces gens à terre appartiennent au Peuple du Désert, dit Pelio. Nous venons de pénétrer sur leur territoire — mais cela ne changera pas grand-chose pour nous. Partout où les possessions du Royaume de l’Été sont contiguës au désert, ces hommes nous harcèlent. Leurs seigneurs sont tous des alliés du Roi des Neiges et le danger ne sera pas diminué. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est que l’armée de Tru’ud se trouve retardée par la nécessité de coordonner l’action de tous ces seigneurs de la guerre. Je crois… »

Yoninne n’avait pas le regard fixé sur Tru’ud quand celui-ci passa à l’action, et la confusion régna pendant un moment. L’Homme des Neiges s’élança sur le pont exigu de la nef, ses liens flottant derrière lui. Il se jeta par la coupée et resta un instant suspendu dans le vide, son énorme ventre coincé dans l’ouverture. Avant que Pelio eût pu le rejoindre, Tru’ud, qui avait réussi à se dégager, tomba lourdement à l’eau.

Yoninne fit volte-face en direction de Bre’en et braqua le maser sur lui. « Les mains en l’air ! » Le diplomate s’était brusquement retourné sur son siège, les mains encore tendues vers un rivet en argent discrètement placé sur une courroie de son harnais. Bon Dieu, un système d’ouverture automatique ! Les contorsions auxquelles s’était livré Tru’ud avaient donc un sens. « Si tu ne lèves pas les bras, tu grilles ! » s’écria Yoninne, et les mains de Bre’en s’écartèrent lentement du bouton de commande. Derrière eux, Samadhom poussait desmip anxieux.

Pelio se pencha afin de scruter la profondeur de l’eau sombre, puis il referma brutalement le panneau et ajusta son harnais. « Sors-nous de là, Bre’en, immédiatement ! »

L’Homme des Neiges dut lire une intention homicide dans le regard du prince, car il se mit aussitôt en devoir d’obéir.

Pelio n’y prêta aucune attention. « Tru’ud a dû être téléporté dans une autre partie du lac de transit dès qu’il a touché l’eau. Nous n’aurions aucune chance de le repêcher. À présent, la situation va devenir sérieuse. D’ici quelques minutes, l’armée se sera aperçue que le roi s’est enfui — et je doute que la présence de Bre’en nous soit d’un grand secours. Tu entends, Bre’en ? Si tu ne veux pas mourir avec nous, tu as intérêt à distancer les autres nefs. »

Bre’en resta silencieux quelques instants, tandis que, sur le lac visible à travers les hublots, les nefs royales se rassemblaient. Puis il finit par dire : « Vous avez sans doute raison, prince Pelio. Vos crimes sont si graves que mon roi est prêt à tout pour vous châtier. » Il tourna ses regards vers Yoninne et Ajao. « Mais, vous deux, vous n’êtes que des complices. Et nous avons autant besoin de vous qu’auparavant. Ne comprenez-vous pas que cette situation vous garantit la vie sauve ? C’est vous qui détenez les armes : donnez donc une leçon à ce gamin. Rendez-vous. »

Pelio se retourna pour observer Yoninne, mais resta muet. Il est probable que les promesses de Bre’en ne sont que des mensonges, se dit Leg-Wot, mais avons-nous le choix… ? « Non ! » fit-elle brutalement, sans même s’assurer si Bjault était d’accord. Elle n’allait pas sacrifier Pelio une fois de plus. « Contentez-vous de téléporter cette nef vers le nord, Homme des Neiges. »

Bre’en lui lança un coup d’œil furieux, mais s’exécuta. Le lac suivant ressemblait beaucoup à celui qu’ils venaient de quitter — une oasis au cœur du désert crépusculaire. Quelques secondes plus tard, les nefs royales heurtaient l’eau dans leurs parages. Pelio la regarda de cette façon qui lui avait tant manqué depuis leur départ de Grechper. « Qu’est-ce que nous allons faire, Ionina ? Les seuls endroits où Bre’en pourrait nous conduire sont sous le contrôle de Tru’ud. Où que nous allions, ils nous couleront. »

Avant qu’elle eût pu répondre, le silence matinal fut rompu par un violent craquement de la coque provenant de tribord. Le coup de tonnerre reflua dans le ciel depuis son point d’impact, tandis que des éclats de bois tombaient à l’intérieur de la nef et que Samadhom se mettait à gémir de douleur. Yoninne tourna la tête vers la gauche : on eût dit qu’un objet contondant venait de heurter le haut de la coque et de pénétrer dans le bois en y ouvrant une brèche de forme irrégulière. À travers les débris de quartz et l’enchevêtrement des poutres, elle aperçut les nefs royales posées sur l’eau à une trentaine de mètres de distance. Les Hommes des Neiges téléportaient de l’air depuis l’autre face de la planète, à une vitesse atteignant plusieurs centaines de mètres à la seconde. En l’espace de deux secondes, les attaquants frappèrent encore trois fois, fracassant la coque jusqu’à la ligne de flottaison. D’un saut, Bre’en mit leur nef hors de portée de ces tirs et le calme matutinal régna de nouveau.

Samadhom ! Leg-Wot tendit le cou pour observer l’ours de plus près. Un éclat de bois de dix centimètres de long dépassait du dos velu de l’animal, dont la fourrure rougissait graduellement. Ses yeux vert foncé montraient leur large cornée blanche tandis qu’il essayait de lécher la plaie. Il ne pouvait pourtant pas être grièvement blessé, sinon Bre’en se fût déjà débarrassé d’eux. Elle cherchait à défaire les attaches de son harnais dans l’intention d’écarter Sam des bordages effondrés quand cinq nefs royales heurtèrent les eaux sombres de leur havre.

Deux gerbes d’eau — accompagnées d’un coup de tonnerre caractéristique — jaillirent de la surface du lac. L’ennemi régla sa hausse et les traits pneumatiques à haute vélocité touchèrent la coque de plein fouet, l’endommageant de plus belle. « Ils nous ménagent ! » cria Bre’en au milieu du vacarme. Ses manières onctueuses étaient loin : il paraissait hagard et terrifié. « Ils pourraient très bien projeter de l’eau ou des rochers.

— Allez-y, bon Dieu, allez-y ! » s’écria Leg-Wot dans sa langue natale, mais l’autre comprit parfaitement le sens de ses paroles. La nef bondit et Leg-Wot se sentit lancée en l’air contre les courroies de sécurité : ils avaient sauté en direction de l’est, non du nord. Ils n’allaient plus nulle part, se bornant seulement à éviter leurs ennemis. En vain, car le nouveau lac était déjà occupé. Les chocs se multipliaient et leur nef donnait de la bande du côté où des trous béaient au niveau de la ligne de flottaison.

« Nous sommes cernés », cria Pelio à la cantonade. « Sur des lieues et des lieues, tous les lacs de transit doivent fourmiller de nefs. Où que nous allions, ils nous tiennent à leur merci. »

Crac ! Des morceaux de bois arrachés au pont volèrent de tous côtés et la nef s’enfonça en biais dans l’eau. Le cercle des nefs ennemies se resserrait à présent, comme s’il se fût agi d’une manœuvre délicate qui réclamait d’être exécutée par étapes ; l’adversaire devait tenir à sauver Bre’en. Elle vit les mains de l’Homme des Neiges se diriger vers la commande d’ouverture automatique de son harnais et agita le maser dans sa direction. S’il réussissait à s’évader, les scrupules de l’ennemi n’auraient plus de raison d’être.

Mais la précarité de leur situation n’était pas un motif suffisant pour que le vieux Bjault se dispensât de poser une de ces questions stupides dont il avait le secret. « Vous disiez bien que vous avez sondé cette partie de la planète quand vous étiez soldat ? » demanda-t-il à Bre’en. Leg-Wot ne savait si elle devait se mettre à rire ou à jurer : Bjault était-il à ce point absent que l’éventualité de leur fin prochaine lui échappât totalement ?

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