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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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– Je ne savais pas, mais sur le nombre… Vous n'avez pas l'air dans votre assiette, mon vieux. Venez. Nous allons prendre un rafraîchissement.

Je le suivis à travers un dédale de couloirs. La climatisation était glaciale. Nous parvînmes auprès d'un distributeur de boissons. Je choisis une eau minérale gazeuse et la fraîcheur des bulles me procura une sensation bienfaisante. Puis la visite reprit.

Nous pénétrâmes dans un laboratoire biologique, ponctué de paillasses, d'éprouvettes et de microscopes. Les chercheurs portaient ici des blouses blanches et semblaient travailler à quelque guerre bactériologique. Yossé m'expliqua:

– Nous sommes dans le cerveau du programme. Nous étudions dans leurs moindres détails les accidents d'avions et leurs conséquences sur nos équipements militaires. Les débris sont apportés dans cette salle, décryptés au microscope, jusqu'à observer la moindre plume, la moindre trace de sang, déterminer la vitesse de l'impact, la violence du choc. C'est ici que sont évalués les dangers et conçues les véritables mesures de sécurité. Vous ne le croirez pas, mais ce laboratoire est un département à part entière de notre armée. D'un certain point de vue, les oiseaux migrateurs sont les ennemis de la cause israélienne.

– Après la guerre des pierres, la guerre des oiseaux?

Yossé Lenfeld éclata de rire:

– Tout à fait! Je ne peux vous montrer qu'une partie de nos recherches. Le reste est «Secret Défense». Mais j'ai là quelque chose qui va vous intéresser.

Nous passâmes dans un petit studio vidéo, bardé de magnétoscopes 3/4, de moniteurs haute définition. Lenfeld plaça une cassette dans le lecteur. A l'écran apparut un pilote de l'armée israélienne, casque sur la tête, visière baissée. En fait, on ne voyait que la bouche de l'homme. Elle disait, en anglais: «J'ai senti une explosion, quelque chose de très puissant a heurté mon épaule. Après quelques secondes d'absence, j'ai repris conscience. Mais je ne pouvais rien voir. Mon casque était totalement recouvert de sang et de lambeaux de chair…»

Lenfeld commenta:

– C'est un de nos pilotes. Il est entré en collision avec une cigogne, il y a deux ans, en plein vol. C'était en mars, les cigognes retournaient en Europe. Il a eu une chance incroyable: l'oiseau l'a percuté de plein fouet, son cockpit a explosé. Pourtant, il a pu atterrir. Il a fallu plusieurs heures pour ôter de son visage les verres brisés et les plumes d'oiseau.

– Pourquoi garde-t-il son casque à l'écran?

– Parce que l'identité des pilotes de l'IAF doit rester secrète.

– ; Je ne peux donc pas rencontrer cet homme?

– Non, dit Yossé. Mais j'ai mieux à vous proposer.

Nous sortîmes du studio, Lenfeld décrocha un combiné mural, composa un code, puis parla en hébreu. Presque aussitôt, un petit homme au visage de grenouille apparut. Ses paupières étaient lourdes, mais se rabattaient en un déclic sur des yeux proéminents.

– Shalom Wilm, dit Yossé à mon attention, responsable de tous les travaux d'analyse effectués dans ce laboratoire. Il a personnellement mené les recherches sur l'accident que nous venons d'évoquer.

Lenfeld expliqua en anglais à Wilm les raisons de ma visite. L'homme me sourit et m'invita à le suivre dans son bureau. Détail étrange: il demanda à Yossé de nous laisser seuls.

J'emboîtai le pas à Wilm. Nouveaux couloirs. Nouvelles portes. Enfin nous pénétrâmes dans un petit réduit, véritable coffre-fort dont la porte métallique s'ouvrait avec une combinaison.

– Est-ce là votre bureau? dis-je avec étonnement.

– J'ai menti à Yossé. Je voulais vous montrer quelque chose.

Wilm ferma la porte et alluma la lumière. Il m'observa une longue minute, avec gravité.

– Je ne vous voyais pas comme ça.

– Que voulez-vous dire?

– Depuis cet accident, en 1989, je vous attendais.

– Vous m'attendiez?

– Vous ou un autre. J'attendais un visiteur particulièrement intéressé par les cigognes qui retournent vers l'Europe.

Silence. Le sang battait sous mes tempes. Je dis d'une voix sourde:

– Expliquez-vous.

Wilm se mit à fourrager dans le réduit, véritable capharnaum de métal, d'échantillons de fibres synthétiques et d'autres matières. Il dévoila une petite porte à hauteur d'homme puis composa une combinaison.

– En analysant les différentes pièces de l'avion accidenté, j'ai effectué une découverte étrange. J'ai compris que cette trouvaille n'était pas un hasard, qu'elle était liée à une autre histoire, bien plus vaste, dont vous êtes sans doute un des maillons.

Shalom ouvrit la paroi, plongea sa tête dans le coffre mural et continua – sa voix résonnait comme au fond d'une caverne:

– Mon intuition me souffle que je peux vous faire confiance.

Wilm s'extirpa du coffre. Il tenait dans sa main deux petits sachets transparents.

– De plus, j'ai hâte de me débarrasser de ce fardeau, ajouta-t-il.

Je perdis mon sang-froid:

– Je n'y comprends rien. Expliquez-vous!

Wilm répondit avec calme:

– Lorsque nous avons fouillé l'intérieur du cockpit de l'avion accidenté, ainsi que l'équipement de l'aviateur, son casque notamment, nous avons pu récolter, parmi les restes de la collision, différentes particules. Parmi celles-ci, nous avons collecté les débris de verre du cockpit.

Shalom posa sur la table un des sachets, surmonté d'une étiquette écrite en hébreu. Il contenait des morceaux minuscules de verre fumé.

– Nous avons également réuni les vestiges de la visière du casque. (Il posa un nouveau sachet, contenant cette fois des débris plus clairs.) Le pilote a eu une chance extraordinaire de survivre.

Wilm gardait maintenant sa main fermée.

– Mais lorsque j'ai étudié ces derniers débris au microscope, j'ai découvert autre chose. (Wilm maintenait ses doigts fermés.) Quelque chose dont la présence était totalement extraordinaire.

En une secousse d'adrénaline, je compris soudain ce que Wilm allait me dire. Pourtant, je hurlai:

–  Quoi, nom de Dieu?

Shalom ouvrit doucement sa main et murmura:

– Un diamant.

22

Je sortis des laboratoires de Lenfeld totalement exténué. Ainsi, les révélations de Shalom Wilm me conduisaient directement là où mon imagination avait refusé jusqu'alors de s'aventurer.

Max Böhm était un trafiquant de diamants, les cigognes étaient ses courriers.

Sa stratégie était exceptionnelle, stupéfiante, implacable. J'en savais assez pour l'imaginer avec précision. D'après les informations de Dumaz, le vieux Max avait travaillé à deux reprises dans le domaine des diamants – de 1969 à 1972 en Afrique du Sud, de 1972 à 1977 en Centrafrique. Parallèlement, l'ingénieur avait étudié et observé la migration des cigognes qui traçaient un lien aérien avec l'Europe. A quel moment avait-il eu l'idée d'utiliser ces oiseaux comme porteurs? Mystère, mais lorsque Böhm avait quitté la RCA en 1977, son réseau était déjà organisé – du moins côté Ouest. Il lui suffisait de posséder quelques complices en Centrafrique, qui prélevaient, à l'insu des dirigeants des exploitations diamantifères, les plus beaux diamants puis les fixaient aux pattes des cigognes baguées, à la fin de l'hiver. Les pierres se «volatilisaient» et traversaient les frontières.

Ensuite, il était très simple pour Böhm de récupérer les diamants. Il détenait les numéros des bagues, et connaissait le nid de chaque cigogne, à travers la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne ou l'Allemagne. Il partait alors en chasse, sous couvert de baguer les petits, anesthésiait les adultes et s'emparait des pierres précieuses.

Le système comportait quelques failles: les accidents des cigognes provoquaient des pertes mais, vu la quantité – plusieurs centaines d'oiseaux chaque année – les gains demeuraient colossaux, et les risques d'être découvert quasi nuls. L'ornithologie était une couverture parfaite. De plus, au fil des années, Böhm avait sans doute développé ses «troupes» d'oiseaux, sélectionnant les plus solides, les plus expérimentés. Précaution supplémentaire: il avait engagé, sur la route des cigognes, des sentinelles qui s'assuraient que la migration se déroulait comme prévu. Ainsi, pendant plus de dix ans, le trafic s'était déroulé, à l'Est comme à l'Ouest, sans problème.

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