Le vol des cigognes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2013
- Язык: французский
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
– Viens avec moi.
Dehors, le soleil battait en retraite. Les collines, à l'horizon, frissonnaient dans la douceur de l'air. Sarah traversa le jardin puis s'arrêta, à mi-chemin entre la maison et le réduit. Elle écarta des branches d'olivier et balaya la poussière. Une bâche apparut. Sarah l'empoigna en ordonnant: «Aide-moi.» Nous tirâmes la toile, il y avait une trappe. Dans la journée, j'avais dû marcher ici une dizaine de fois. Sarah souleva la planche et découvrit un véritable arsenal. Fusils d'assaut, armes de poing, caisses de munitions. «La réserve de la famille Gabbor, dit Sarah. Nous avons toujours eu des armes, mais Iddo s'en était procuré d'autres. Des fusils d'assaut munis de silencieux.» Elle s'agenouilla et extirpa un sac de golf poussiéreux. Elle le saisit, l'épousseta et y enfourna armes et munitions. «Allons-y!», fit-elle.
Nous prîmes ma voiture et traversâmes les fishponds. Une demi-heure plus tard, nous parvenions dans un désert hérissé de roches noires et d'arbustes faméliques. Des ordures, des détritus par milliers nous fouettaient les jambes, des effluves écœurants flottaient dans le vent. Nous étions dans la décharge des kibboutzim. Un cliquetis me fit tourner la tête. Sarah était à genoux. Elle vérifiait les armes, déployées devant elle.
Elle sourit et commença:
– Ces deux fusils d'assaut sont des armes israéliennes. Fusil-mitrailleur Uzi, fusil-mitrailleur Galil. Des classiques. Il n'y a pas de meilleur matériel au monde. Ils enterrent les Kalachnikov et autres M 16. (Sarah sortit une boîte de munitions et ouvrit sa main sur plusieurs cartouches, longues et acérées.) Ces fusils tirent du 22, comme les fusils de chasse traditionnels 22 long rifle. Sauf que les balles contiennent davantage de poudre et sont revêtues d'acier. (Sarah glissa un chargeur banane dans le Galil et m'exhiba le flanc de l'arme.) Ici, tu as deux positions: normal et automatique. En position automatique, tu peux balancer cinquante balles en quelques secondes. (Sarah fit mine de balayer l'espace d'une rafale, puis reposa l'Uzi.)
» Passons aux flingues. Les deux monstres que tu vois là sont les plus gros calibres automatiques existants: 357 Magnum et 44 Magnum. (Sarah saisit le pistolet couleur argent et enclencha un chargeur dans la crosse revêtue d'ivoire. L'arme était presque aussi longue que son avant-bras.) Le 44 tire seize coups Magnum. C'est l'arme de poing la plus puissante du monde. Avec ça, tu arrêtes une voiture lancée à cent kilomètres à l'heure. (Sarah déroula son bras et visa un point imaginaire, sans aucune difficulté; sa force physique me stupéfiait.) Le problème est que ça s'enraye tout le temps.
» Les pistolets que tu vois là sont beaucoup plus maniables. Le Beretta 9 mm est le pistolet automatique de la plupart des flics américains. (Sarah éjecta le chargeur d'une arme noire, aux proportions parfaites, qui semblait véritablement épouser la main.) Ce flingue italien a supplanté là-bas le fameux 38 Smith et Wes-son. C'est une référence. Précis, léger, rapide. Le 38 tirait six coups, le Beretta en tire seize. (Elle embrassa la crosse.) Un vrai compagnon d'armes. Mais voici les meilleurs: le Glock 17 et le Glock 21, d'origine autrichienne. Les armes du futur, qui risquent même de surpasser les Beretta. (Elle saisit un pistolet qui ressemblait au Beretta, mais dans une version bâclée, mal finie.) A 70 % en polymères. Un miracle de légèreté. (Elle me le donna à soupeser – pas plus lourd qu'une poignée de plumes.) Un viseur phosphorescent, pour tirer dans la nuit, une gâchette qui fait office de sécurité absolue, un chargeur de seize balles. Les esthètes le critiquent parce qu'il n'est pas très beau. Mais pour moi, ce "jouet" est ce qu'on fait de mieux. Le Glock 17 tire du 9 mm parabellum, le 21 du 45 mm. Le 21 est moins précis, mais avec ce genre de balles tu stoppes ton adversaire – où que tu le touches.
Sarah me tendit une poignée de balles. Lourdes, trapues, menaçantes.
– Ces deux Glock sont les miens, reprit-elle. Je te donne le 21. Fais attention. La gâchette a été spécialement réglée à mon index. Elle sera trop souple pour toi.
Je regardai l'arme, incrédule, puis levai les yeux vers l'Israélienne:
– Comment sais-tu tout cela, Sarah?
Nouveau sourire:
– Nous sommes en guerre, Louis. N'oublie jamais ça. En cas d'alerte, aux fishponds, chacun de nous dispose de vingt minutes pour rejoindre un point de ralliement secret. Tous les ouvriers du kibboutz sont des combattants virtuels. Nous sommes entraînés, conditionnés, toujours prêts à nous battre. Au début de l'année, les Scud sifflaient encore au-dessus de nos têtes. (Sarah prit le 9 mm, colla l'arme à son oreille et fit monter une balle dans le canon.) Mais tu as tort de me regarder avec tes yeux ronds: à l'heure actuelle, tu es sans doute plus en danger qu'Israël tout entier. Je serrai les dents, saisis le Glock, puis demandai:
– Les tueurs qui m'ont attaqué en Bulgarie disposaient d'armes sophistiquées. Un fusil d'assaut, une visée laser, des amplificateurs de lumière… Qu'en penses-tu?
– Rien. Le matériel dont tu parles n'a rien de sophistiqué. Toutes les armées des pays développés disposent de ce genre d'équipement.
– Tu veux dire que les deux tueurs pourraient être des soldats en civil?
– Des soldats. Ou des mercenaires.
Sarah partit au loin, dans la poussière, pour mettre en place des cibles de fortune. Des lambeaux de plastique accrochés à des arbustes, des bidons de ferraille posés sur des racines. Elle revint, courbée dans le vent, et m'expliqua les rudiments du tir.
– Jambes solides, dit-elle, bras tendu, l'index posé latéralement le long du canon. Tu places ton regard dans l'encoche du viseur. A chaque coup tiré, tu épouses le recul avec ton poignet, d'avant en arrière. Et surtout pas de bas en haut, comme tu seras naturellement porté à le faire. Sinon, l'extrémité arrière de ton canon touchera ton poignet. Et à la longue, tu enrayes ton arme. Tu comprends, petit goy?
J'acquiesçai et me mis en place, calquant mes gestes sur ceux de Sarah. «Okay, Sarah. Je suis prêt.» Elle tendit ses deux mains, cramponnées sur son arme, leva le chien, attendit quelques secondes puis hurla: «Vas-y!»
Le fracas commença. Sarah était un tireur hors pair. Moi-même atteignais mes cibles. Le silence revint, chargé d'odeur de cordite. Trente-deux coups avaient brûlé dans l'air du soir.
«Recharge!» cria Sarah. A l'unisson, les chargeurs vides s'éjectèrent et nous recommençâmes. Nouvelle rafale. Nouvelles ferrailles en feu. «Recharge!» répéta Sarah. Tout s'accéléra: les balles poussées dans le ressort du chargeur, le cliquetis de la culasse qu'on arme, le viseur placé dans l'encoche. Un, deux, trois, quatre chargeurs se vidèrent ainsi. Les douilles nous sautaient au visage. Je n'entendais plus rien. Mon Glock fumait et je compris qu'il était brûlant – mais mes mains insensibles me permettaient de tirer à volonté, sans crainte de la chaleur.
«Recharge!» hurlait Sarah. Chaque sensation devenait une sourde jouissance. L'arme qui cogne, saute, rebondit dans la main. Le bruit qui tonne, à la fois court, rond, assourdissant. Le feu, bleuté, compact, empli d'une fumée acre. Et les ravages, terrifiants, irréels, provoqués par nos armes à des dizaines de mètres de là. «Recharge!» Sarah tremblait de tous ses membres. Des balles lui échappaient des mains. Son horizon n'était plus qu'un champ dévasté. J'éprouvai tout à coup un terrible élan de tendresse pour la jeune fille. Je baissai mon arme et marchai vers elle. Elle m'apparut plus seule que jamais, ivre de violence, perdue dans la fumée et les douilles vides.
Alors, tout à coup, trois cigognes passèrent au-dessus de nous. Je les vis, claires et belles dans la fin du jour. Je vis Sarah se retourner, regard brillant, mèches virevoltantes. Et je compris. Elle glissa aussitôt un chargeur, fit monter la balle dans la culasse et braqua son Glock vers le ciel. Trois détonations retentirent, suivies d'un silence parfait. Je vis, comme au ralenti, les oiseaux, déchiquetés, flotter dans l'air, puis s'abattre au loin, avec de petits «ploc», discrets et tristes. Je fixai Sarah, sans pouvoir rien dire. Elle me rendit mon regard, puis éclata de rire, en renversant la tête. D'un rire trop fort, trop grave, trop effrayant.