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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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– Ensuite?

– Plus tard, Pierre Doisneau a créé Monde Unique puis il a fondé un Club des 1001, composé d'environ mille membres – entreprises, personnalités, etc. -, qui ont versé chacun dix mille dollars. L'ensemble de cette somme (plus de dix millions de dollars) a été placé, afin de rapporter, chaque année, des revenus importants.

– Quel est l'intérêt de la manœuvre?

– Ces intérêts suffisent à financer les bureaux administratifs de Monde Unique. De cette façon, l'organisation peut certifier à ses donateurs que leur argent profite directement aux déshérités et non à quelque siège social luxueux. Cette transparence a joué un grand rôle dans le succès de MU. Aujourd'hui, des centres de soins se répartissent partout sur la planète. Monde Unique gère une véritable armée humanitaire. Dans le domaine, c'est une référence.

Des crépitements encombraient la ligne.

– Pouvez-vous m'obtenir la liste de ces centres dans le monde?

– Bien sûr, mais je ne vois pas…

– Et la liste des membres du Club?

– Vous faites fausse route, Louis. Pierre Doisneau est une célébrité. Il n'est pas passé loin du prix Nobel de la paix l'année dernière et…

– Pouvez-vous l'avoir?

– Je vais essayer.

Nouvelle rafale de crépitements.

– Je compte sur vous, Hervé. Je vous recontacte demain ou après-demain.

– Où puis-je vous joindre?

– Je vous rappelle.

Dumaz semblait dépassé. Je décrochai de nouveau l'appareil et composai le numéro de Wagner. L'Allemand fut heureux de n'entendre:

– Où êtes-vous? s'exclama-t-il.

– En Israël.

– Très bien. Avez-vous vu nos cigognes?

– Je les attends ici. Je suis à la croisée de leur route, à Beit She'an.

– Dans les fishponds?

– Exactement.

– Les avez-vous vues en Bulgarie, sur le détroit du Bosphore?

– Je n'en suis pas certain. J'ai vu quelques vols sur le détroit. C'était fantastique. Ulrich, je ne peux rester longtemps en ligne. Avons-nous des nouvelles localisations?

– Je les ai là, sous la main.

– Allez-y.

– Le plus important est le groupe de tête. Elles ont dépassé Damas hier et s'acheminent vers Beit She'an. Je pense que vous pourrez les voir demain.

Ulrich me donna aussitôt leurs localisations. Je les notai sur ma carte.

– Et celles de l'Ouest?

– Celles de l'Ouest? Un instant… Les plus rapides traversent actuellement le Sahara. Elles seront bientôt au Mali, dans le delta du Niger.

Je notai également ces informations.

– Très bien, conclus-je. Je vous rappellerai dans deux jours.

– Où êtes-vous, Louis? Nous pourrions peut-être vous envoyer un fax: nous avons commencé quelques statistiques et…

– Désolé, Ulrich. Il n'y a pas de fax ici.

– Vous avez une drôle de voix. Tout va bien?

– Tout va bien, Ulrich. J'ai été content de vous parler.

Enfin j'appelai Yossé Lenfeld, le directeur de la Nature Protection Society. Yossé parlait l'anglais avec un accent de rocaille et criait si fort que mon combiné en vibrait. Je pressentis que l'ornithologue était encore un «spécimen». Nous convînmes d'un rendez-vous: le lendemain matin, à l'aéroport Ben-Gourion, à huit heures trente du matin.

Je me levai, grignotai quelques pitas dans la cuisine et partis fouiller le local d'Iddo dans le jardin. Il n'avait laissé aucune note, aucune statistique, aucune information – juste des instruments et des pansements du genre de ceux que j'avais déjà débusqués chez Böhm.

En revanche, je découvris la machine à laver. Pendant que le tambour tournait avec tous mes vêtements, je poursuivis calmement ma petite recherche. Je ne décelai rien de plus, excepté d'autres vieux pansements, collés de plumes. Ce n'était décidément pas une journée fertile. Mais, pour l'heure, je n'avais qu'un désir: revoir Sarah.

Une heure plus tard j'étendais mon linge sous le soleil lorsqu'elle apparut, entre deux chemises.

– Fini, le boulot?

Pour toute réponse, Sarah cligna de l'œil et me prit par le bras.

20

Par la fenêtre, le jour baissait avec lenteur. Sarah s'écarta de moi. La sueur ruisselait sur son torse. Elle regardait fixement le ventilateur, qui tournait au plafond en renâclant. Son corps était long et ferme, sa peau sombre, brûlée, desséchée. A chaque mouvement, on voyait courir ses muscles comme des bêtes traquées, prêtes à l'attaque.

– Tu veux du thé?

– Avec plaisir, répondis-je.

Sarah se leva et partit préparer l'infusion. Ses jambes étaient légèrement arquées. J'en ressentis une nouvelle excitation. Mon désir envers Sarah était inextinguible. Deux heures d'étreintes n'avaient pas suffi à m'apaiser. Il ne s'agissait ni de jouissance ni de plaisir, mais d'une alchimie des corps, attirés, attisés, comme destinés à brûler l'un pour l'autre. Pour l'éternité.

Sarah revint avec un étroit plateau en cuivre qui supportait une théière de métal, des petites tasses et des biscuits secs. Elle s'assit au bord du lit, puis nous servit à l'orientale – en levant très haut la théière au-dessus de chaque tasse.

– Louis, dit-elle, j'ai réfléchi aujourd'hui. Je crois que tu fais fausse route.

– Que veux-tu dire?

– Les oiseaux, la migration, les ornithologues. Il s'agit de meurtres. Et personne ne tue pour quelques oiseaux.

On m'avait déjà dit cela. Je rétorquai:

– Dans cette affaire, Sarah, il n'y a qu'un seul lien: les cigognes. J'ignore où ces oiseaux m'emmènent. J'ignore aussi pourquoi cette route est ponctuée de morts. Mais cette violence sans frontières doit avoir une logique.

– Il y a de l'argent là-dessous. Un trafic entre tous ces pays.

– Certainement, répondis-je. Max Böhm se livrait à un commerce illicite.

– Lequel?

– Je l'ignore encore. Diamants, ivoire, or? Des richesses africaines, en tout cas. Dumaz, l'inspecteur suisse qui travaille sur cette affaire, est persuadé qu'il s'agit de pierres précieuses. Je pense qu'il a raison. Böhm ne pouvait trafiquer de l'ivoire – il s'était violemment insurgé contre le massacre des éléphants en RCA. Quant à l'or, on en trouve peu sur la route des cigognes. Restent les diamants, en Centrafrique, en Afrique du Sud… Max Böhm était ingénieur et avait travaillé dans ce domaine. Mais le mystère reste entier. Le Suisse avait pris sa retraite en 1977. Il n'a plus jamais remis les pieds en Afrique. Il ne s'occupait plus que de cigognes. Vraiment, Sarah, je ne sais pas.

Sarah alluma une cigarette et haussa les épaules:

– Je suis sûr que tu as une idée.

Je souris:

– C'est vrai. Je pense que le trafic continue et que les cigognes sont des courriers. Des messagers, si tu veux. Du genre des pigeons voyageurs. Elles transportent leur message à l'aide des bagues.

– Quelles bagues?

– En Europe, les ornithologues fixent des bagues aux pattes des oiseaux, indiquant leur date de naissance, leur provenance, ou bien la date et le lieu de leur capture dans le cas d'oiseaux sauvages. Je pense que les bagues des cigognes de Böhm racontent autre chose…

– Quoi?

– Quelque chose qui vaut qu'on tue pour ça. Rajko l'avait découvert. Ton frère aussi, je pense. Iddo avait même dû déchiffrer la signification des messages. D'où son excitation et son espoir de fortune.

Une flambée passa dans les yeux de Sarah. Elle cracha une nouvelle bouffée mais ne dit rien. Un court instant, je crus qu'elle m'avait totalement oublié. Puis elle se leva.

– Louis, pour l'instant, tes problèmes ne sont pas dans le ciel. Regarde plutôt sur terre. Si tu continues à rêver ainsi, tu vas te faire descendre comme un chacal.

Elle enfila son jean et son tee-shirt.

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