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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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D'autres vérités prenaient naissance dans mon esprit. Compte tenu de leur chargement d'exception – des millions de francs suisses à chaque migration -, il était logique que Böhm ait perdu son sang-froid lorsque les cigognes de l'Est n'étaient pas revenues au printemps dernier. Il avait d'abord envoyé les deux Bulgares sur la voie des oiseaux, qui avaient interrogé Joro Grybinski, jugé inoffensif, puis Iddo, qui constituait un suspect plus solide et qu'ils avaient tué et abandonné le long des marécages.

Selon les révélations de Sarah, il était clair que le jeune ornithologue avait découvert le trafic. Un soir, en soignant une des cigognes de Böhm, il avait dû surprendre le contenu d'une de ses bagues: un diamant. Il avait alors compris le système et rêvé de fortune. Il s'était procuré des fusils d'assaut, puis, chaque soir, dans les marécages, avait abattu les cigognes baguées et récupéré les diamants. Ainsi, au printemps 1991, Iddo était entré en possession du chargement de diamants des oiseaux. Dès lors, il y avait deux hypothèses, soit Iddo avait parlé sous la torture et les Bulgares avaient repris les diamants. Soit il s'était tu, et le «trésor» était caché quelque part. Je penchais pour cette version. Sinon, pourquoi Max Böhm m'aurait-il envoyé sur les traces des cigognes?

Mais la révélation des oiseaux n'éclairait pas tout. Depuis quand ce trafic existait-il? Qui étaient les complices de Max Böhm en Afrique? Quel rôle jouait Monde Unique dans ce réseau? Et, surtout, quelle était la relation entre l'affaire des diamants et l'atroce prélèvement du cœur de Rajko? Les deux Bulgares avaient-ils tué aussi Rajko? Etaient-ils les chirurgiens virtuoses dont avait parlé Milan Djuric? En deçà de ces questions, une interrogation demeurait, qui me concernait au plus près: pourquoi Max Böhm m'avait-il choisi pour mener cette enquête? Pourquoi moi, qui ne connaissais rien aux cigognes, qui n'appartenais pas au réseau et qui, au pire, risquais de découvrir ce trafic?

Je roulais à pleine vitesse vers Beit She'an. Je franchis les déserts des territoires occupés vers dix-neuf heures. Je discernai au loin les camps militaires, dont les lumières clignotaient au sommet des collines. Aux environs de Naplouse, un barrage militaire m'arrêta une nouvelle fois. Le diamant donné par Wilm était caché au fond de ma poche, dans un papier plié. Le Glock 21, à l'abri, sous le tapis de sol. Je répétai, une nouvelle fois, mon discours sur les oiseaux. Enfin on me laissa passer.

A vingt-deux heures, Beit She'an apparut. Les parfums de l'ombre s'étaient levés, nourrissant cette compassion étrange qui règne au creux des crépuscules lorsque le feu du jour s'éteint. Je me garai et m'acheminai vers la maison de Sarah. Les lumières étaient éteintes. Lorsque je frappai, la porte s'ouvrit d'elle-même. Je sortis mon Glock et fis monter une balle dans le canon – les réflexes du feu s'attrapent vite -, pénétrai dans la pièce centrale mais ne trouvai personne. Je me précipitai dans le jardin, soulevai la bâche qui cachait la trappe et tirai la planche: un Galil et le Glock 17 avaient disparu. Sarah était partie. A sa manière. Armée comme un soldat en marche. Légère comme un oiseau de nuit.

23

Je m'éveillai à trois heures, comme la veille. Nous étions le 6 septembre. Je m'étais écroulé sur le lit de Sarah et j'avais dormi tout habillé. Le kibboutz s'animait. Dans la nuit pourpre, je me mêlai aux hommes et aux femmes qui partaient vers les fishponds, tentai de les interroger à propos de Sarah. Mes questions ne me valurent que des coups d'œil hostiles et de vagues réponses.

Je m'orientai vers les birdwatchers. Ils se levaient très tôt, pour surprendre les oiseaux dès leur réveil. A quatre heures, ils vérifiaient déjà leur matériel, se chargeant de films et de vivres pour la journée. Sur les perrons ouverts, je risquai quelques questions en anglais. Après plusieurs tentatives, un jeune Hollandais reconnut ma description de Sarah. Il me certifia qu'il avait vu la jeune femme, la veille, aux environs de huit heures du matin, dans les rues de Newe-Eitan. Elle montait dans un car, le 133, direction l'ouest, Netanya. Un détail l'avait frappé: la fille portait un sac de golf.

Quelques secondes plus tard, je roulais pied au plancher, plein cap vers l'ouest. A cinq heures, la clarté inondait déjà les plaines de Galilée. Je stoppai dans une station-service, près de Césarée, pour effectuer le plein d'essence. En buvant un thé noir, je feuilletai mon guide, en quête d'informations sur Netanya, la destination de Sarah. Ce que je lus faillit me faire lâcher ma tasse brûlante: «Netanya. Population: 107 200 habitants. Cette station balnéaire, célèbre pour ses belles plages de sable et sa tranquillité, est aussi un grand centre industriel spécialisé dans la taille des diamants. Dans le quartier de la rue Herzl, on peut assister aux opérations de taille et de polissage…»

Je redémarrai en faisant crisser les pneus. Sarah avait découvert toute l'affaire. Sans doute même possédait-elle des diamants.

A neuf heures, Netanya apparut à l'horizon, grande cité claire, blottie en bord de mer. Je suivis la route côtière qui consistait en une succession d'hôtels et de cliniques, et compris la vraie nature de Netanya. Derrière ses allures de station balnéaire, la ville était un repaire de riches vieillards qui prenaient du repos en se dorant au soleil. Silhouettes hésitantes, visages desséchés, mains tremblantes. A quoi pouvaient penser tous ces vieillards? A leur jeunesse, aux multiples Yom Kippour qui avaient égrené, année après année, leur destin d'exilés? Aux guerres répétées, aux horreurs des camps de concentration, à cette lutte incoercible pour gagner leur propre terre? Netanya, en Israël, était l'ultime sursis des vivants – le cimetière des souvenirs.

Bientôt la route s'ouvrit, à droite, sur le Atzma'ut Square, d'où partait la rue Herzl, fief des diamantaires. Je garai ma voiture et remontai à pied. Au bout d'une centaine de mètres, je pénétrai dans un quartier plus dense où régnait une atmosphère de souk, grouillante, bruyante et parfumée. Dans l'ombre des ruelles, perçaient çà et là les rayons du jour qui cherchaient à s'insinuer sous les étalages des boutiquiers, sous les volets clos des maisons. Les senteurs de fruits se mêlaient à celles des sueurs et des épices, les épaules se bousculaient dans un va-et-vient incessant et précipité. Les kippas, comme autant de soleils noirs, rebondissaient au fil de la foule.

Trempé de sueur, je ne pouvais ôter ma veste qui cachait mon Glock 21, glissé dans un étui holster à velcro, cédé par Sarah. Je songeai à la jeune juive qui était passée, quelques heures auparavant, portant sur elle des diamants et des armes dernier cri. Au détour de la rue Smilasky, je trouvai ce que je cherchais: les artisans diamantaires.

Les échoppes se chevauchaient, dans une odeur de poussière. Le long bruit vrillé des tours bourdonnait. L'artisanat ici avait conservé tous ses droits. Devant chaque porte, un homme était assis, patient et concentré. Dès la première boutique, je posai mes questions: «Avez-vous vu une jeune et grande femme blonde? Vous a-t-elle proposé des diamants bruts, de grande valeur? A-t-elle cherché à faire évaluer ces pierres ou à les vendre?» A chaque fois, c'était la même dénégation, le même regard incrédule, derrière les lunettes à double foyer ou la loupe monoculaire. L'hostilité du quartier devenait palpable. Les diamantaires n'aiment pas les questions. Ni les histoires. Leur rôle commence avec l'éclat des pierres. Peu importe ce qui s'est passé avant, ou autour de l'objet. A midi et demi, j'avais effectué le tour du quartier et je n'avais pas récolté la moindre information. Quelques échoppes encore et ma visite serait terminée. A une heure moins le quart, je posai une dernière fois mes questions à un vieil homme, qui parlait un français parfait. Il stoppa son tour et me demanda: «Avec un sac de golf, la jeune femme?»

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