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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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Benjamin Cariddi referma la porte derrière lui. Il se servit de la même clef laser pour déverrouiller son bureau et, sur une simple instruction de sa part, l’écran jaillit de son bloc protecteur comme s’ouvrirait une fleur électronique. Il vérifia l’heure à l’horloge de bureau : vingt-trois heures. Il entra un code à préfixe protégé. L’écran sonna trois fois avant que son appel reçût une réponse.

— Ben ? fit une voix sonore de baryton.

L’écran resta sombre mais Benjamin avait déjà vu ce visage tant de fois qu’il pouvait en esquisser les traits.

— Qui tu veux que ce soit ?

— Du nouveau ?

— Deux de quinze ans et une de treize.

— Toutes fertiles ?

— Évidemment.

— Bon, tu connais la procédure.

— Bien sûr. Je suis un peu à court de narcodane.

— Tu recevras un nouvel arrivage au matin… (Un silence. Benjamin devina la question avant même qu’elle fût posée.) Des mutants dans le lot ?

— Non.

— Bon, continue à chercher.

— Je ne fais que ça.

James Ryton avait beau vouloir cesser d’arpenter la pièce, ses jambes s’y refusaient, comme si elles ne lui obéissaient plus. De la cuisine à la porte d’entrée, puis au salon, de l’écran mural à la fenêtre, il en fit le tour complet, foulant la moquette bleue. Sa femme l’observait depuis le canapé, le regard fermé, très pâle. Il alluma sa pipe, la regarda s’éteindre, la ralluma, mais sans la fumer. Devait-il appeler la police ? Halden ?

— James, tu me donnes le vertige, dit Sue Li.

Il se tourna vers elle, avec l’impression d’entendre dans sa tête une centaine de voix criant à l’offense.

— Rien, aucun message. Je ne sais pas quoi faire.

Autant qu’il s’en souvienne, jamais il ne s’était senti aussi désarmé. Aussi impuissant.

— Attendons que Michael rentre. Peut-être saura-t-il quelque chose que nous ignorons.

— Et sinon ?

Ryton avait des élancements dans le crâne. Les crises mentales revenaient, avec la cacophonie qu’entraînait son don d’ultraperception auditive, lui donnant ce violent mal de tête. Ces foutues crises qui se déclenchaient généralement lorsqu’il était inquiet, comme une migraine lui martelant la boîte crânienne. Son père en avait souffert, et le père de son père avant lui.

Une petite voix lui susurrait que c’était là le premier pas de ce lent voyage qui menait à la folie, ce voyage qu’avaient fait tant de ses frères. Finirait-il ses jours à radoter dans une chambre cadenassée, en proie aux échos discordants que lui renverrait son propre don ? Il repoussa cette idée en priant pour que survienne une mort rapide, et reporta son attention sur sa femme.

— On décidera à ce moment-là ce qu’il faut faire, suggéra-t-elle.

— Je te trouve terriblement calme.

Il éprouva une soudaine exaspération devant ce regard impassible, cette attitude détachée. Sue Li et son visage de bouddha.

— En apparence seulement. Bien sûr que je m’inquiète. Mais ça ne sert à rien que nous soyons l’un et l’autre à nous ronger les sangs. (Elle se tut un instant, puis :) Je vais mettre les psaumes. Cela te dégagera la tête.

— Non ! Rien.

Même les chants du clan, il le savait, ne suffiraient pas à l’apaiser, à réduire au silence le chœur grec qui ressassait dans sa tête ses miaulements d’antiennes. Les tranquillisants ? Ils fausseraient ses facultés de discernement. Il avait l’impression d’avancer sur la plaque d’un four à convection dont on aurait monté la puissance. Il déboutonna son col.

La porte d’entrée s’ouvrit dans un sifflement, et Michael entra.

— Maman. Papa. (Il s’arrêta.) Qu’est-ce qui se passe ?

— Michael, est-ce que ta sœur t’a parlé d’un boulot d’été à Washington ? demanda Ryton d’une voix enrouée.

— Mel ? Non. Je croyais qu’elle était allée voir la cousine Evra.

— Nous aussi, dit Sue Li.

— Et ce n’est pas ce qu’elle a fait ?

— Non, confirma Ryton. Nous avons appelé il y a quelques heures. Evra est partie en visite chez sa sœur au Colorado. Ils n’ont pas vu Mélanie depuis que la fac a fermé pour les vacances. (Le grondement s’installa dans sa tête. Avec précaution, il s’assit dans son fauteuil.) Nous avons fini par trouver le message sur l’écran. Aucune adresse. Juste une note comme quoi elle nous appellerait une fois installée.

— Vous avez regardé dans sa chambre ?

— Naturellement. Elle n’a pris que quelques habits. Tout le reste est là.

— Et son argent ? Ses plaques de crédit ?

Ryton s’en voulut. Il n’avait pas pensé à vérifier. Il se tourna vers sa femme.

— Tu les as cherchés ?

— Non.

— Où les met-elle ?

— Dans le troisième tiroir de son bureau.

Ryton monta les marches deux par deux. Mais il savait, avant même d’avoir atteint la chambre, que le tiroir serait vide. Il revint en secouant la tête.

— Ils n’y sont plus.

— Jimmy a pu les cacher, suggéra Sue Li.

Ryton se retint d’exploser. Jimmy dormait, et n’avait rien à se reprocher, son père en était convaincu. Il n’allait pas le réveiller pour ça. Pas maintenant.

— Bien sûr que non.

— Elle a donc fini par le faire, dit Michael en souriant d’une façon qui ne plut guère à son père. (Il s’appuya contre le mur et croisa les bras.) C’est chouette de la part de Mel, ajouta-t-il.

— Que veux-tu dire ?

— Ce que je veux dire, papa, c’est que tu aurais dû te douter que ça allait arriver. Il y a longtemps qu’elle cherchait à prouver qu’elle peut vivre indépendante.

— Pourquoi ne nous en as-tu pas parlé ?

— Je pensais que tu le savais. D’ailleurs, je n’ai jamais cru qu’elle irait jusqu’à le faire.

Ryton s’approcha de l’écran d’appel.

— Nous devons en informer la police. Et Halden également.

— Il faut attendre vingt-quatre heures avant de pouvoir la signaler comme personne disparue.

— Ça fait tout un week-end qu’elle est absente.

— Est-ce que Kelly aurait une idée de l’endroit où elle a pu aller ? demanda Sue Li d’une voix calme.

— Je n’en sais rien. Elle n’a fait aucune allusion à ce sujet ce soir, dit Michael en regardant son père d’un air de défi.

— C’est donc là que tu étais. (Ryton ressentit un certain dépit. Son fils ne disait rien.) Bon, première chose à faire au matin, appeler cette fille et lui expliquer ce qui se passe, au cas où Mel essaierait de prendre contact avec elle.

— Je veux bien, pour ce à quoi ça servira. Ils partent pour un mois.

Ryton dévisagea Michael, cherchant en vain à retrouver l’ombre de ce fils qu’il avait connu. En grandissant, ses enfants étaient devenus des étrangers aux visages froids. Des étrangers qui fuyaient la maison. Le monde tournait à la folie. Il se pencha sur la console et tapa le code de Halden. Rien ne vint troubler la surface vert sombre de l’écran. Au bout d’un moment, le voyant de la communication audio s’alluma.

— Halden, c’est James.

— Un problème ?

La voix de Halden était épaisse, lourde.

— Oui, j’en ai bien peur. Ma fille a disparu.

L’écran s’emplit de grains fluides, qui se solidifièrent pour dessiner le visage de Halden, tout fripé de sommeil. Il se détourna un instant de l’écran comme s’il répondait à une question posée par quelqu’un hors champ. Zenora, probablement. Quand il revint plein écran, il avait l’air sinistre.

— Une fugue ?

— Il semblerait. Elle nous a fait croire qu’elle allait à une soirée, puis elle a laissé un message à propos d’un boulot à Washington.

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