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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Un plan bien bancal. Qui lui paraissait maintenant grotesque. Enfin, peut-être vais-je avoir une idée de génie. Il se fendit d’un rictus sardonique. Opter pour l’action primaire, comme hier mais en plus insensé encore.

Alors qu’il s’avançait en plein soleil, il fut pris d’un léger vertige qui l’éblouit un instant. « Je crois sentir la présence du dieu qui restaure mes forces, déclara-t-il d’une voix lasse. Je suis persuadé d’accomplir sa volonté, grâce à ton aide, Dolon. Tâchons de ne pas dévier du chemin qu’il nous a tracé.

— Non, non. » Le gardien lui recommanda de ne pas souiller le temenos – on avait aménagé des latrines à l’autre bout du bosquet – et se retira dans son logis.

Everard se dirigea vers le coin qu’occupaient les deux femmes. Ce n’était plus la peur qui se lisait sur leur visage, mais un chagrin teinté d’épuisement et de désespoir. Il n’eut pas le cœur à leur lancer un « Réjouissez-vous ! »

« Puis-je me joindre à vous ? s’enquit-il.

— Nous ne pouvons vous en empêcher », marmonna la plus âgée (il lui donna une quarantaine d’années).

Il s’assit à côté de la plus jeune. Sans doute avait-elle été jolie, naguère, avant qu’on ne lui brise l’esprit. « J’attends moi aussi la volonté du dieu, dit-il.

— Nous attendons, c’est tout, répliqua-t-elle d’une voix atone.

— Euh… je m’appelle Androclès et je suis un pèlerin. Vous demeurez dans les environs ?

— Nous y demeurions. »

La vieillarde frémit. Durant une minute, elle retrouva un semblant de vitalité. « Notre ferme se trouve en aval d’ici, trop loin pour que nous ayons été avertis à temps. Mon fils a dit que nous devions charger nos biens sur un chariot à bœufs, de crainte de devoir mendier une fois en ville. Des cavaliers nous ont attaqués sur la route. Ils l’ont tué, ainsi que ses fils. Ils ont violé son épouse. Au moins nous ont-ils épargnées, elle et moi.

Une fois devant la cité, nous avons trouvé porte close. Et nous avons cherché refuge auprès de l’Ébranleur du sol.

— J’aurais préféré qu’ils nous tuent », dit la jeune femme d’une voix blanche. Son bébé se mit à pleurer. Elle se dénuda le torse d’un geste machinal afin de lui donner le sein. De sa main libre, elle tendit un carré d’étoffe pour se protéger du soleil et des mouches.

« Je suis navré. » Ce fut tout ce qu’Everard trouva à dire. C’est ça, la guerre, le passe-temps préféré des gouvernements. « Je vous citerai dans mes prières. »

Elles ne daignèrent pas répondre. Enfin, l’anesthésie est parfois un prélude à la guérison. Il releva sa capuche et s’adossa au mur. Les peupliers n’offraient qu’une ombre fugace. La chaleur de la pierre s’insinua dans ses chairs.

Plusieurs heures s’écoulèrent. Comme à son habitude lorsqu’il était contraint de patienter dans l’attente d’une issue incertaine – ce qui lui était souvent arrivé lors des siècles futurs –, il se réfugia dans ses souvenirs. De temps à autre, il buvait une gorgée d’eau tiède ou faisait un bref somme. Le soleil atteignit son zénith puis descendit vers l’horizon.

… les nuages filant sur les ailes du vent, transpercés par des lances de soleil qui illuminent les vagues, les cordages qui vibrent et se tendent, les embruns qui le giflent lorsque l’étrave du navire fend des eaux d’un gris-vert de tempête, festonnées d’écume blanche, et Bjarni Herjôlfsson qui s’écrie sans lâcher la barre : « Ah ! une mouette », signe que le nouveau monde n’est pas loin…

La fin du jour s’amorça avec lenteur, pour se poursuivre sur un rythme précipité. Everard entendit des bruits : claquement de sabots, éclats de voix, fracas métallique. Sa peau se hérissa. Prêt à tout, il rabattit un peu plus son capuchon sur son visage, releva ses genoux et voûta ses épaules, adoptant une pose aussi apathique que celle de ses voisines.

Respectueux du lieu saint, les Syriens descendirent de leurs montures avant de pénétrer dans le bosquet. Six soldats armés de pied en cap escortaient l’homme qui entra dans le temenos. Tout comme eux, il portait une cuirasse et des jambières ainsi qu’une épée passée à son ceinturon. Coiffé d’un casque à plumet et revêtu d’une ample cape rouge, il tenait à la main un bâton d’ivoire qu’il maniait comme une cravache et dépassait ses hommes d’une bonne tête. On eût dit que Praxitèle avait sculpté son visage dans l’albâtre.

Dolon dévala les marches du temple et se prosterna. Lorsque Alexandre avait envahi l’Asie, l’Orient avait conquis l’Hellade. Rome connaîtrait la même évolution, à moins que les Exaltationnistes ne fassent avorter sa destinée. Ils n’y arriveront pas. Nous les en empêcherons, d’une façon ou d’une autre. Buleni-Polydore semblait rayonner d’énergie. Mais… Seigneur !… s’ils nous filent encore entre les doigts, forts de l’expérience de ce nouvel affrontement…

« Tu peux te lever », dit l’aide de camp du roi Antiochos. Il jeta un regard aux misérables blottis dans leur coin. « Qui sont ces gens ?

— Des fugitifs, maître, répondit Dolon d’une voix chevrotante. Ils ont demandé asile. »

L’être splendide haussa les épaules. « Eh bien, que le prêtre décide de leur sort. Il est en route. Nous aurons besoin du temple pour y tenir conférence.

— Certainement, maître, certainement. »

Obéissant aux ordres qu’on leur aboyait, les soldats se postèrent au pied des marches et de part et d’autre de la porte. Buleni entra. Dolon rejoignit Everard et les deux femmes sans toutefois s’asseoir à leurs côtés, trouvant sans doute quelque réconfort dans leur compagnie en dépit de leur misérable statut.

Ouais. Nicomaque a parlé aux autorités bactriennes. Peut-être a-t-il reçu un petit coup de main de Zoilus ; Théonis y a veillé. Le prêtre est dans l’obligation de se rendre à son temple. Il serait souhaitable qu’un officier ennemi l’y retrouve afin que tous deux discutent d’un éventuel accord. Aucun des deux camps ne souhaite offenser l’Ébranleur du sol. On a dépêché des hérauts pour préparer la rencontre. Tout s’est passé dans la discrétion. Le roi Antiochos sait que son aide de camp est en contact avec un Bactrien dissident qui est disposé à espionner pour son compte.

De nouveaux bruits, nettement moins martiaux. Dolon se jeta une nouvelle fois sur le sol. Vêtu d’une robe blanche qui, si elle lui conférait une certaine dignité, avait dû le handicaper pour chevaucher sa mule, Nicomaque entra dans le temenos. Un jeune esclave trottinait à ses côtés, porteur d’une ombrelle. Tous deux étaient escortés par un soldat syrien. Ce dernier fit halte, imité par l’adolescent tandis que le prêtre entrait dans l’édifice, après quoi ils s’assirent pour prendre un peu de repos.

A peine si Everard les remarqua. Il restait figé dans sa position, comme aveuglé par l’objet qu’il avait vu reposant sur le torse de Draganizu. Un médaillon de taille modeste, pendant à une chaîne, le revers tourné vers l’extérieur ; quant à l’avers, il le connaissait si bien qu’il l’aurait identifié en le touchant dans l’obscurité : le hibou d’Athéna. Son propre communicateur.

Le monde se remit en ordre autour de lui. Pourquoi pas ? se dit-il. Qu’est-ce que ça a de surprenant ? Pour le moment, ils observent un silence radio absolu, mais ils doivent pouvoir se contacter en cas d’urgence. Buleni a forcément un appareil similaire sur lui. Le matériel de la Patrouille est supérieur à tout ce qu’ils ont pu apporter avec eux, utiliser un communicateur confisqué à l’ennemi est typique de la mentalité exaltationniste et rien n’empêche un prêtre de Poséidon d’honorer la déesse Athéna. En fait, c’est même une preuve de tact, vu l’antagonisme qui les oppose dans l’Odyssée. Bel exemple d’œcuménisme… Il étouffa son rire. Qu’est-ce qui m’a le plus surpris quand j’ai vu ça ?

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