La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
La splendeur de ces jardins était telle qu’il me fallut les parcourir pendant un bon moment avant de remarquer qu’ils n’étaient dominés par aucune tour ou construction. Seuls les oiseaux et les nuages, et au-delà, le vieux soleil et son cortège d’étoiles pâlissantes, s’élevaient plus haut qu’eux ; nous aurions pu tout aussi bien progresser dans quelque désert paradisiaque. Puis nous atteignîmes le sommet d’une ondulation de terrain, infiniment plus belle que l’une de ces vagues de cobalt que roule Ouroboros, et soudainement, sans transition, un gouffre s’ouvrit à nos pieds. J’écris « un gouffre », mais cela n’avait rien à voir avec les abîmes ténébreux auxquels on associe généralement ce mot. Il s’agissait bien plutôt d’une sorte de grotte artificielle ; pleine de fontaines et de fleurs nocturnes, parmi lesquelles se promenaient et bavardaient des personnes plus brillantes que toutes les fleurs, sous les ombrages accueillants.
Sur-le-champ, comme si un mur venait de s’effondrer, laissant la lumière du jour pénétrer dans une tombe, toute une foule de souvenirs ayant trait au Manoir Absolu prit corps, souvenirs maintenant devenus miens après que j’eus absorbé la substance de la vie de Thècle. Je compris alors quelque chose qui était resté implicite aussi bien dans le drame mis en scène par le Dr Talos que dans les récits que m’avait faits Thècle, qui n’en avait jamais fait état directement : l’essentiel de cet immense palais se trouvait sous terre – ou plutôt, ses toits et ses murs étaient remblayés de terre, plantés d’arbres et de fleurs, et paysagés. Autrement dit, cela faisait un bon moment que nous marchions sur ce qui était le siège du pouvoir de l’Autarque, alors que je le croyais encore à une certaine distance.
Nous ne descendîmes pas dans cette première grotte, qui, sans aucun doute, devait donner sur des quartiers résidentiels n’ayant rien à voir avec des lieux habituels de détention des prisonniers, non plus que dans aucune des autres, une dizaine environ, qui se trouvèrent sur notre chemin. Nous finîmes cependant par déboucher sur une autre de ces ouvertures dans le sol, d’aspect beaucoup plus sinistre, quoique également d’une très grande beauté. Les marches de l’escalier par lequel on y descendait avaient été taillées de manière à avoir l’air de s’être creusées naturellement dans le rocher, et leur irrégularité les rendait parfois trompeuses. Un filet d’eau courait jusqu’en bas, tandis que, dans les parties hautes de cette caverne artificielle, poussaient des fougères et du lierre sombre, que la lumière du soleil éclairait encore indirectement et faiblement. Dans les parties inférieures, mille marches environ plus bas, des nactylomycètes poussaient sur les murs ; certains d’entre eux étaient phosphorescents, tandis que d’autres dégageaient d’étranges parfums de moisissure ; d’autres encore faisaient tout à fait penser à des fétiches phalliques.
Au milieu de ce jardin obscur, soutenu par tout un échafaudage, pendait une série complète de gongs couverts de vert-de-gris. Leur disposition me fit penser qu’on laissait au vent le soin de les faire résonner ; mais je ne voyais pas comment le moindre souffle d’air aurait pu parvenir jusqu’en cet endroit.
Cette contradiction fut cependant rapidement résolue, lorsque l’un des prétoriens ouvrit une lourde porte de bronze et de bois mangé de vers, découpée dans l’un des murs les plus obscurs. Une bouffée d’air sec et froid franchit aussitôt le seuil, agitant et faisant résonner le jeu de gongs. Il était tellement bien réglé que les tintements s’ordonnaient comme quelque composition préétablie par un musicien, dont les pensées sonores exilées auraient trouvé refuge ici.
En me retournant pour contempler encore les gongs (ce que les prétoriens ne m’empêchèrent pas de faire), j’aperçus les statues qui nous avaient suivis dans notre traversée des jardins, maintenant au moins au nombre de quarante. Elles étaient alignées le long de l’ouverture du gouffre, enfin immobiles, leurs yeux aveugles tournés vers nous, et formaient comme une frise d’immenses cénotaphes.
Je m’attendais à être l’unique occupant d’une minuscule cellule, ayant inconsciemment préjugé que les habitudes carcérales du Manoir Absolu devaient être les mêmes que celles qui régentaient nos cachots. En réalité, on n’aurait rien pu imaginer de plus différent. L’entrée ne donnait nullement sur un corridor étroit bordé de portes de cellules, mais sur un large couloir au sol recouvert d’un tapis, aboutissant à une autre porte en son extrémité opposée. Devant cette dernière, des hastarii armés de lances ardentes montaient la garde. À un ordre donné par l’un des prétoriens, ils l’ouvrirent à deux battants ; au-delà s’étendait une pièce nue et vaste, mais très basse de plafond, où régnait partout la pénombre. Plusieurs douzaines de personnes, des hommes, des femmes et quelques enfants, se tenaient çà et là, au hasard, la plupart seuls, mais quelques-uns réunis en couples ou en petits groupes. Des familles occupaient des alcôves, et à certains endroits se dressaient des paravents de fortune faits de haillons et destinés à créer une certaine intimité.
C’est en cet endroit que nous fûmes poussés. Ou plutôt je fus poussé, et le pauvre Jonas, jeté. Je tentai de le retenir avant qu’il ne tombe, ne réussissant qu’à éviter à sa tête de heurter le sol. Ce faisant, j’entendis le bruit sourd des portes qui se refermaient derrière moi.
15. Le feu des fous
Je me retrouvai entouré de visages. Deux femmes m’enlevèrent Jonas et, me promettant de s’occuper de lui, l’emmenèrent avec elles. Les autres se mirent à me bombarder de questions : quel était mon nom ; de quoi étaient faits les vêtements que je portais ; d’où je venais ; si je connaissais untel, ou untel, ou encore untel ; si j’avais visité telle ou telle ville ; si j’appartenais au Manoir Absolu ; si je venais de Nessus ; de la rive ouest ou de la rive orientale du Gyoll et si oui de quel quartier ; si l’Autarque vivait encore ; ce qu’il en était du père Inire ; qui était archonte de la ville ; quelles étaient les nouvelles de la guerre ; si je n’avais pas d’informations sur telle ou telle personne, commandant, capitaine ou kiliarque ; si je savais chanter, dire des poèmes ou jouer d’un instrument.
On imaginera sans peine que je fus incapable de répondre à un tel flot de questions, sinon à celles me concernant. Lorsque leur débit commença à ralentir, un vieil homme à la barbe grise, et une femme paraissant également très âgée, les firent taire et les obligèrent à se disperser. Leur méthode, qui n’aurait certainement réussi nulle part ailleurs, consistait à les frapper de la main à l’épaule en leur indiquant le coin le plus éloigné de la salle et à dire : « Le temps ne manquera pas. » Le silence se rétablit progressivement, et mes questionneurs s’éloignèrent hors de portée d’oreille ; bientôt, l’endroit eut retrouvé le calme qui y régnait au moment où la porte avait été ouverte.