La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
J’eus beau protester et faire état de mon appartenance à la guilde, le prétorien prit tout mon argent ; il me laissa cependant le livre brun de Thècle, le fragment de pierre à aiguiser, l’huile et le chiffon, ainsi que les divers objets que contenait ma sabretache. Puis il me débarrassa habilement des cordes qui me ligotaient, et les plaça – du moins à ce qu’il me sembla alors – dans un étui intégré à sa plaque de poitrine, que je n’avais pas remarqué auparavant. Ces liens me rappelèrent l’instrument appelé « chat à neuf queues », car ils étaient attachés ensemble à une extrémité et lestés à l’autre. Depuis, j’ai appris le nom donné à cette arme : un achico.
Mon gardien tira sur le nœud coulant jusqu’à ce que je me lève. J’avais conscience, comme cela m’était déjà arrivé en d’autres circonstances, d’être en train, d’une manière ou d’une autre, de jouer, de faire semblant. Je faisais semblant d’être complètement en son pouvoir, alors qu’en réalité j’aurais pu refuser de me lever jusqu’à ce qu’il m’étrangle ou qu’il demande l’aide d’un de ses camarades pour me transporter. J’aurais pu encore faire plusieurs autres choses – comme saisir le nœud coulant et tenter de le lui arracher des mains, ou le frapper au visage. J’aurais pu m’échapper, être tué, être assommé ou douloureusement blessé. Mais je ne pouvais être forcé, à la lettre, à faire ce que je faisais.
Du moins savais-je que ce n’était qu’un jeu, et je souris lorsque mon gardien remit Terminus Est dans son fourreau et me conduisit à l’endroit où Jonas se trouvait déjà.
« Nous n’avons rien fait de répréhensible, dit ce dernier. Rendez son épée à mon ami, restituez-nous nos montures et nous nous éloignerons. »
Il n’y eut pas de réponse. Deux des prétoriens – quatre moineaux en train de voleter, l’image me revint – s’emparèrent en silence de nos destriers et les entraînèrent à leur suite. Comme ces animaux nous ressemblaient, en se dirigeant passivement ils ne savaient où, leur tête énorme se contentant de suivre deux lanières de cuir toutes fines… Quatre-vingt-dix pour cent de la vie, me sembla-t-il en cet instant, sont constitués de telles redditions.
Nous fûmes contraints de suivre nos gardiens et, quittant les bois, nous débouchâmes sur une prairie en pente douce qui se transforma progressivement en une étendue de gazon. La statue marchait derrière nous ; bientôt, d’autres du même genre la rejoignirent jusqu’à ce qu’il y en ait une bonne douzaine. Elles étaient toutes énormes, différentes et très belles. Je demandai à Jonas qui étaient ces soldats et où ils nous amenaient, mais il ne répondit pas, et je n’y gagnai que d’être à moitié étranglé.
Dans la mesure où je pus m’en rendre compte, leur armure les recouvrait de la tête jusqu’aux pieds ; cependant son poli impeccable conférait au métal une douceur apparente, un aspect presque liquide qui désorientait totalement l’œil et faisait que ce matériau finissait par se confondre avec le ciel et la verdure à une distance de quelques pas seulement. Après avoir marché une demi-lieue sur la pelouse, nous pénétrâmes dans un verger où se trouvaient des pruniers en fleur, et aussitôt, cimiers de casque et épaulettes rutilantes se mirent à flamboyer dans les blancs et les rosés.
Puis nous tombâmes sur un sentier qui n’arrêtait pas de tourner, et finalement fîmes halte au moment où nous étions apparemment sur le point de sortir du verger. Nous fûmes violemment tirés en arrière, Jonas et moi, et je pus entendre crisser sur le gravier les pieds des personnages en pierre, car eux aussi s’étaient arrêtés brutalement, avertis par un cri étrange, une sorte d’onomatopée poussée par l’un des soldats. J’essayai de deviner, à travers les branches fleuries, ce qu’il y avait en avant de notre groupe.
Devant nous se trouvait une allée beaucoup plus large que celle que nous avions empruntée. En réalité elle était devenue – alors qu’à l’origine elle devait simplement desservir le verger – une véritable avenue processionnaire. Elle était pavée de pierres blanches et flanquée, de chaque côté, de balustrades de marbre. La compagnie qui s’avançait sur cette allée était pour le moins bigarrée ; la plupart des personnes qui la composaient allaient à pied, mais certaines d’entre elles étaient juchées sur des animaux des plus bizarres. L’une montait un arctothère velu ; une autre était accrochée au cou d’un loris-paresseux plus vert que le gazon. Ce groupe était à peine passé que d’autres se présentèrent. Les individus qui les composaient étaient encore trop loin pour que je pusse distinguer les traits de leur visage, mais j’en remarquai cependant un, la tête penchée en avant, qui dominait tout le monde de trois bonnes coudées. Un instant plus tard je réussis à identifier le Dr Talos, s’avançant majestueusement, la poitrine bombée et la tête rejetée en arrière. Il était suivi de près par ma chère Dorcas, qui, plus que jamais, avait l’air d’une enfant perdue, descendue de quelque sphère supérieure. Entourée de voiles flottants et couverte de bijoux étincelants, Jolenta venait ensuite, protégée par une ombrelle et montée en amazone sur un genet minuscule. Fermant la marche se trouvait enfin celui que j’avais reconnu en premier, le géant Baldanders, tirant patiemment le charreton où étaient empilées les affaires qu’il ne pouvait pas porter sur son dos, et avançant de son pas traînant.
S’il me fut pénible de les voir tous passer sans pouvoir les appeler, Jonas dut être au supplice. Lorsque Jolenta se trouva pratiquement à notre hauteur, elle tourna la tête dans notre direction. J’eus l’impression, à cet instant, qu’elle avait humé son désir, à la manière dont on dit que certains esprits malsains des montagnes sont attirés par l’odeur de la viande grillée que l’on a jetée dans le feu à leur intention. Nul doute, cependant, que son regard avait tout simplement été sollicité par les arbres en fleurs au milieu desquels nous nous tenions. J’entendis la profonde inspiration prise par Jonas. Mais il ne put émettre que la première syllabe du nom de Jolenta, interrompu net par le coup qui le projeta à mes pieds dans un bruit sourd. Lorsque j’évoque cette scène, maintenant, j’entends le raclement de sa main de métal sur les graviers avec autant de précision que je sens à nouveau le parfum des fleurs de pruniers.
Une fois la troupe d’acteurs passée, deux des prétoriens soulevèrent le pauvre Jonas, inanimé, pour le transporter. Ils ne semblaient pas faire plus d’efforts que s’ils avaient porté un enfant ; à ce moment-là, j’attribuai cette aisance à leur vigueur. Nous traversâmes la route sur laquelle venaient de passer les différents groupes et pénétrâmes, de l’autre côté, dans une roseraie en charmille s’élevant bien plus haut qu’un homme adulte, débordante de fleurs blanches ouvertes ou en boutons, et qui abritait de nombreux nids d’oiseaux.
Au-delà s’étendaient les jardins proprement dits. Pour pouvoir arriver à les décrire correctement, il me faudrait presque employer les délirantes fleurs de rhétorique que bégayait Héthor. La moindre hauteur, l’arbre le plus modeste, la fleur la plus discrète, tout semblait avoir été disposé par une intelligence supérieure – j’appris d’ailleurs plus tard qu’il s’agissait de celle du père Inire – dans le but de produire un effet saisissant, à couper le souffle. Le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver l’impression qu’il est au centre de tout, que chaque chose a été orientée vers le point où il se tient. Mais qu’il se déplace de cent pas ou d’une lieue, il retrouve toujours cette impression d’être au centre, et chacun des points de vue qui lui sont offerts semble contenir quelque vérité indicible, comme ces visions béatifiques propres aux érémites, que les mots ne peuvent rendre.