La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Je tirai sèchement sur les rênes, et mon destrier se cabra en rugissant. Pendant un moment, je cherchai des yeux les trois choses noires à proximité des flammes, mais elles ne s’y trouvaient pas. Je pensai alors à Jonas, et craignis qu’elles ne l’aient attaqué d’une manière ou d’une autre, me demandant comment elles s’y prenaient.
Elles n’étaient pas non plus auprès de lui, et la direction de son regard m’indiqua sur qui leur choix s’était porté : elles zigzaguaient autour du uhlan, lequel, je le vis, cherchait à se défendre à l’aide de sa lance. Les éclairs fendaient l’air les uns après les autres, si bien qu’ils produisaient un véritable roulement de tonnerre, presque continu. L’éclat du soleil paraissait ternir à chacun de ces éclairs, mais c’est de l’énergie même à l’aide de laquelle il espérait les détruire que se nourrissaient les entités noires, y puisant de plus en plus de force. Bientôt elles ne me parurent plus voler, mais lancer de noirs éclats, comme si des ténèbres pouvaient rayonner ; elles surgissaient tout d’un coup à un endroit, puis à un autre, chaque fois un peu plus près du uhlan, jusqu’à ce que, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, elles se fussent précipitées sur sa tête. Il tomba de sa selle, et la main qui tenait la lance s’ouvrit, laissant l’arme rebondir sur le sol et s’éteindre.
13. La Griffe du Conciliateur
« Est-il mort ? » lançai-je à Jonas, qui d’une inclinaison de tête me répondit affirmativement. Je m’apprêtais à m’éloigner, mais toujours silencieusement il me fit signe de venir le rejoindre, tandis qu’il mettait lui-même pied à terre. Ce n’est qu’une fois auprès du cadavre du uhlan qu’il s’expliqua. « Il est possible de détruire ces saletés. Autant le faire pour que l’on ne puisse plus les lancer à nos trousses ni les utiliser de quelque façon. Pour l’instant elles sont repues, et je crois que nous pouvons les manipuler. Nous avons simplement besoin d’un récipient dans lequel les confiner, quelque chose d’étanche, en métal ou en verre. »
Je ne possédais rien de ce genre et le lui dis.
« Moi non plus. » Il s’agenouilla auprès du uhlan et entrepris de lui retourner les poches. La fumée aromatique dégagée par l’arbre en flammes imprégnait tout comme de l’encens, et j’eus un instant la sensation de me trouver de nouveau dans la cathédrale des pèlerines. La litière où se mêlaient branchettes et feuilles mortes de l’été dernier, et sur laquelle reposait le cadavre du uhlan, aurait pu être son sol couvert de paille ; et les troncs des quelques arbres alentour, les poteaux qui la soutenaient.
« Voilà », dit Jonas, en exhibant un vasculum de cuivre. Il dévissa le couvercle, vida la fiole de ses herbes, puis fit rouler le cadavre sur le dos.
« Où sont-elles passées ? demandai-je. Ont-elles été absorbées par le corps ? »
Jonas secoua la tête, et, l’instant d’après, avec le plus grand soin et la plus extrême attention, il retirait l’une des choses noires de la narine gauche du uhlan. En dehors du fait qu’elle était parfaitement opaque, on aurait dit le plus fin des papiers de chiffon.
Je m’étonnai des précautions qu’il prenait. « Si tu la déchires en deux, est-ce que cela ne revient pas au même ?
— Si, mais elle est repue, en ce moment. Coupée en deux, elle perdrait de l’énergie et deviendrait impossible à attraper. D’ailleurs, beaucoup de gens sont morts pour avoir cru qu’il suffisait de mettre ces créatures en morceaux ; car en employant cette méthode, ils se sont retrouvés débordés par le nombre, incapables de faire face. »
Un des yeux du uhlan était resté à demi ouvert. J’avais déjà vu bien des cadavres, mais je ne pouvais cependant pas me départir de l’étrange impression que, d’une manière ou d’une autre, il me regardait, moi, l’homme à la place duquel il avait été tué et qui était responsable de sa mort. Afin de penser à autre chose, je m’adressai à Jonas : « Après avoir coupé la première, elle m’a paru voler plus lentement. »
Jonas avait fini de mettre le premier monstre dans le vasculum, et était en train d’en extirper un autre de la narine droite du uhlan. Il répondit à voix basse : « La vitesse d’un objet volant, quel qu’il soit, dépend de son envergure. Si tel n’était pas le cas, les adeptes qui emploient ces créatures les mettraient en morceaux avant de les envoyer, j’imagine.
— Tu parles comme si tu en avais déjà rencontré…
— Nous avons fait une fois escale dans un port où elles servent à certains meurtres rituels. Je suppose qu’il était inévitable qu’un jour ou l’autre, quelqu’un ne finisse par en ramener dans sa patrie ; mais ce sont les premières que je vois ici. » Il ouvrit à nouveau le couvercle de cuivre et posa la deuxième horreur fuligine sur la précédente, qui remua faiblement.
« Elles vont se recombiner là-dedans. C’est comme cela que procèdent les adeptes pour les réunir. Tu n’as sans doute pas dû y faire attention, mais elles se sont plus ou moins déchirées en traversant le bois, puis reconstituées en plein vol.
— Il en reste encore une », dis-je.
Il acquiesça d’un signe de tête, et se servit de sa main d’acier pour ouvrir de force la mâchoire serrée du mort ; mais au lieu de voir apparaître des dents, une langue livide et des gencives, nous ne vîmes qu’une ouverture sans fond, et j’en eus l’estomac soulevé. Jonas retira la troisième créature, striée de salive.
« N’aurait-il pas gardé une narine de libre, ou bien la bouche, si je ne l’avais pas coupée en deux une deuxième fois ?
— De toute façon, ce sont les poumons qu’elles cherchent à atteindre ; et en vérité, nous avons de la chance de l’avoir rejoint si vite. Sinon, il aurait fallu ouvrir le cadavre pour les récupérer. »
Un tourbillon de fumée me rappela le cèdre en train de brûler. « Mais si c’était simplement de la chaleur qu’elles voulaient…
— Elles préfèrent la chaleur qui émane de la vie, même si elles peuvent pendant un certain temps être attirées par un feu de matière végétale vivante. En fait, je crois que c’est plus que de simple chaleur qu’elles ont besoin. Peut-être quelque forme d’énergie rayonnante produite par les cellules vivantes. » Jonas fit entrer la troisième créature dans le vasculum, puis revissa le couvercle à fond. « On les appelle des noctules, parce qu’elles opèrent en général après la tombée de la nuit, quand on ne peut pas les voir, et la seule chose qui avertisse de leur présence est un souffle de chaleur ; j’ignore le nom que les indigènes leur ont donné.
— Où se trouve leur île ? »
Jonas me jeta un regard intrigué.
« Est-elle loin de la côte ? J’ai toujours souhaité voir Ouroboros, même si, comme je le crois, c’est dangereux.
— Extrêmement loin, répondit Jonas d’un ton neutre. Extrêmement loin, vraiment. Attends un instant. »
J’attendis et le regardai se diriger vers le bord du fleuve. Il lança le vasculum de toutes ses forces, au point que celui-ci retomba presque au milieu du courant. Lorsqu’il fut de retour, je lui demandai : « N’aurions-nous pas pu utiliser les noctules à notre profit ? Je vois mal ceux qui nous les ont envoyées abandonner leur poursuite maintenant ; nous pourrions en avoir besoin.
— Elles ne nous obéiraient pas, et de toute façon le monde se porte mieux sans elles – comme disait la femme du boucher à son mari en lui coupant les cervelles basses. Actuellement, le mieux à faire est de nous en aller. Du monde arrive sur le chemin. »