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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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Sous la fenêtre, Quentin s’assit sur un banc en rondins et tira son sandwich du sac. Tant qu’à attendre, autant reprendre des forces. En regardant le paysage hivernal, il repensa à madame Verdoux. Est-ce bien ici qu’elle était venue la veille ? Pour quoi faire ? Pour rencontrer qui ? À qui appartenait cette cabane ?

Sur le chemin du retour, il ne croisa personne, à l’exception de quelques écureuils. Il n’avait rien trouvé, mais au moins, il avait fait de l’exercice.

À son arrivée à l’auberge, monsieur Moutiers l’accueillit, tout excité.

— Les gendarmes sont venus. Il faudrait que vous alliez les voir.

— Maintenant ?

— Je crois bien.

— Comment va le commissaire ?

— Un peu mieux, mais à mon avis, il a eu tort de se lever trop tôt.

— Je vais d’abord le saluer.

Gradenne lisait le journal dans son lit.

— Alors, Bruchet, qu’avez-vous trouvé ? Vous avez bonne mine.

— Je vous raconterai cela un peu plus tard, si vous permettez. Il paraît que les gendarmes me cherchent.

— En effet, mais je ne sais pas pourquoi. Vous devriez déjeuner avant d’aller chez eux. Le cerveau ne fonctionne bien que si l’estomac est garni.

À Crampigny, il était attendu avec impatience.

— Alors, la promenade a été bonne ? plaisanta Courtay.

Quentin se trouva embarrassé car, si officiellement il était parti en balade, il ne pouvait pas avouer que le motif de son déplacement avait un rapport direct avec l’enquête.

— Il paraît que vous me cherchez ?

— C’est exact. Figurez-vous que Polybois a été cambriolé cette nuit.

— Que dites-vous ? Polybois ? Qui a découvert le vol ?

— L’ingénieur Chatel. En retournant ce matin à l’usine, il a été surpris de trouver la porte d’entrée ouverte. D’après ce qu’on m’a dit, c’est vous qui seriez sorti le dernier. Vous avez bien la clé ?

Quentin était abasourdi. On ne l’accusait pas directement, mais il comprenait l’état d’esprit du chef. Il avait la clé du bâtiment, il était bien passé là-bas le samedi soir, au moment où il avait rencontré Jantet mais il était absolument certain d’avoir refermé derrière lui. Autre chose était de le prouver ?

— Qu’a-t-on volé ?

— Le contenu du coffre.

— En principe, les entreprises traitent leurs affaires par virements bancaires. Il ne devait pas contenir une fortune.

— Le mieux serait que vous entendiez les explications de Chatel. On va chez lui ou on le fait venir ici ?

— Comme vous voulez…, mais peut-être serait-il plus convenable qu’il vienne. J’ai des scrupules à perturber sa vie de famille.

— Vous avez raison. Je vais le faire appeler.

Courtay proposa une tasse de café.

— Je vous remercie. Ce n’est pas de refus, surtout après ce que je viens d’apprendre.

— Monsieur Chatel nous a alertés sur le coup de dix heures. Il voulait simplement passer prendre un dossier et a trouvé la porte ouverte. Il a d’abord pensé à vous et a cherché à vous joindre. Je tiens à préciser qu’il ne vous accuse de rien. Il a seulement cru que vous aviez oublié de fermer. En faisant une petite ronde, il a vu dans le bureau de la comptable le coffre… ouvert et… vide.

— Même si je vous dis que je suis certain d’avoir refermé derrière moi, je ne peux pas le prouver…

— Ne vous tracassez pas. Il n’y a eu aucune effraction, même pas sur le coffre. Notre cambrioleur était bien renseigné et devait probablement avoir les clés. Parlons d’autre chose… Comment avez-vous trouvé notre campagne ?

— Belle, mais un peu fraîche. Fort heureusement, il faisait grand soleil.

— Vous n’avez pas rencontré de sangliers ?

— Non, c’est aussi bien comme ça ! Ces petites bêtes, je préfère les voir de loin. Au fait, à qui appartiennent les cabanes dans la forêt ?

— Cela dépend. Certaines aux Eaux et Forêts, d’autres à des éleveurs… Vous en avez vues ?

— Oui, et il faut être fou pour habiter là l’hiver. Comment connaître les noms des propriétaires ?

— Sur le cadastre de la commune concernée, après avoir bien repéré les emplacements des cabanes sur la carte.

Le gendarme Ducret entra pour prévenir que Chatel était arrivé.

— Excusez-moi de troubler votre dimanche, intervint Courtay, mais le lieutenant Bruchet a préféré vous faire venir plutôt que de s’incruster chez vous.

— Je vous en sais gré. J’essaye autant que je le peux de tenir ma famille en dehors de mes soucis professionnels.

— Expliquez au lieutenant ce que contenait le coffre.

— Notre industrie consomme beaucoup de bois. Le pin vient des Landes mais, pour le reste, il vient un peu de partout et autant que possible de la région. Cela limite les transports. Une foule de petits fournisseurs nous livrent leur bois, à partir de scieries ou de petites parcelles. Par tradition, ils préfèrent être payés en liquide. C’est l’héritage d’un passé rural. Les paiements ne sont réglés que deux fois par an. Le prochain devait avoir lieu ce mardi avec les fonds reçus vendredi après-midi.

— Ah ! Je comprends mieux, s’exclama Quentin. Et jusqu’ici, vous n’avez jamais eu de problème ?

— Non. L’argent reste dans un coffre pendant quelques jours dont seule la comptable a la combinaison. Moi-même je ne la connais pas.

— Verdoux la connaissait ?

— Oui, le directeur et le comptable étaient les seuls habilités à ouvrir le coffre. Si mon intérim perdure, peut-être me confiera-t-on la combinaison ?

— Ou si vous êtes nommé directeur… intervint Quentin.

Pour toute réponse, Chatel sourit et fit une petite grimace signifiant qu’il avait un doute.

— Combien y avait-il dans le coffre ?

– À peu près soixante mille euros…

— Ah ! Tout de même ! s’écria Quentin.

— Environ cinquante mille pour le seul bois, et dix mille pour faire face à des réparations qui étaient programmées. Vous avez rencontré la comptable vendredi, madame Nortout.

— Je m’en souviens. Est-elle au courant ?

— Bien sûr ! Je l’ai aussitôt prévenue. Elle en est malade. Mettez-vous à sa place. À ce jour, il n’y a qu’elle qui puisse ouvrir le coffre. Elle tenait à faire les comptes séance tenante pour chiffrer le montant du vol, mais elle était si perturbée qu’en accord avec le chef, nous lui laissons jusqu’à demain.

Courtay approuva en hochant la tête.

— Si je n’étais pas retourné là-bas, nous ne l’aurions découvert que demain matin. À moins que vous n’y soyez allé vous-même, dit l’ingénieur en s’adressant à Quentin.

— Non, je n’en avais pas l’intention, mais cela aurait pu se faire.

— Je vous dois des excuses, bredouilla Chatel. En trouvant la porte du bâtiment ouverte, j’ai aussitôt pensé que vous aviez oublié de la refermer. Mais quand j’ai découvert la suite, j’ai compris qu’il ne pouvait s’agir de vous.

— Je peux vous affirmer, sans pouvoir malheureusement le prouver, que j’ai bien fermé la porte du bâtiment administratif en sortant. À ce moment précis, je me suis dit qu’une alarme serait sans doute utile. Je ne pensais pas avoir raison à ce point…

– À quelle heure êtes-vous sorti ? demanda Courtay.

— Difficile de vous préciser l’heure, mais la nuit tombait.

— Je suppose que le — ou les — cambrioleur a dû faire le coup en pleine nuit, dit Courtay.

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